Le tennis professionnel avant l’ère Open (1/5)

By  | 26 août 2009 | Filed under: Histoire

En 1968, les tour­nois du Grand chelem « ouv­rirent » leurs por­tes aux joueurs pro­fes­sion­nels et le ten­nis entra alors dans l’ère que l’on con­tinue à ap­pel­er « Open » pour cette raison. Les joueurs qui étaient passés pro­fes­sion­nels furent alors à nouveau admis dans les prin­cipaux tour­nois dont ils s’étaient eux-mêmes ex­clus en cédant aux sirènes des pro­moteurs du ten­nis dit « pro », par­fois longtemps auparavant. Le ten­nis pro­fes­sion­nel n’est pas, en effet, né dans les années 1960 mais dans les années 1920… Les in­for­ma­tions con­tenues dans l’ouv­rage es­sentiel de Bud Col­lins His­to­ry of Ten­nis : An Aut­horitative En­cyc­lopedia and Re­cord Book per­met­tent de re­constitu­er cette his­toire tumul­tueuse. Tel est l’objet de l’ar­ticle qui suit et dont voici la première par­tie.

Par­tie I : Suzan­ne Lengl­en ou les débuts du pro­fes­sion­nalis­me

A pro­pre­ment parl­er, les pre­mi­ers joueurs pro­fes­sion­nels furent les pro­fes­seurs de ten­nis rémunérés par leurs élèves et qui se voyaient de ce fait frappés de l’in­terdic­tion de dis­put­er les tour­nois, réservés aux amateurs, hor­mis quel­ques épre­uves qui leur étaient réservées.

Les débuts du ten­nis ‘pro’ tel qu’on l’en­tend aujourd’hui furent le fait de quel­ques en­trep­reneurs ou im­presarios de spec­tacles, décidés à tent­er de gagn­er de l’ar­gent en or­ganisant des re­ncontres de ten­nis, comme l’on or­gan­ise des matches de boxe…Cette as­socia­tion n’est pas for­tuite : la première salle ou furent dis­putés réguliè­re­ment des matchs de ten­nis entre pro­fes­sion­nels n’est autre que le Madison Square Gard­en à New York.

Le pre­mi­er joueur de ten­nis pro­fes­sion­nel n’est pas un homme mais bien une im­men­se cham­pion­ne, la meil­leure joueuse de son époque, une star révolution­naire qui drainait les foules comme aucune autre ne l’a fait et qui a établi plusieurs re­cords, cer­tains toujours inégalés. Suzan­ne Lengl­en re­mpor­ta le sim­ple dames de Wimbledon de 1919 à 1925, sauf en 1924 ou elle déclara for­fait après le 4e tour, étant tombée mal­ade. Elle re­mpor­ta ainsi 32 matchs à Wimbledon sans jamais avoir été bat­tue. Elle s’im­posa égale­ment deux fois aux In­ter­nationaux de Fran­ce en 1925 et 1926, totalisant dix vic­toires. Elle fut bat­tue une fois à Forest Hills en 1921 par Molla Mal­lo­ry et ne per­dit plus un seul match jusqu’en 1926. Cette année-là, au prin­temps, elle dis­puta con­tre la gran­de cham­pion­ne américaine Helen Wills la fin­ale du tour­noi du Carlton Club de Can­nes. Ce tour­noi, or­dinaire­ment peu im­por­tant, fût le théâtre de l’unique con­fron­ta­tion entre les deux cham­pion­nes.

Ce fût le match de l’année et l’un des évène­ments spor­tifs les plus médiatisés de l’époque qui fit, avant et après le match, la Une des jour­naux du monde en­ti­er. De nombreux spec­tateurs s’installèrent dans les arbres avoisinants, sur des échel­les ou dans les ap­parte­ments dis­posant d’une vue sur le court. Le prix des places at­teig­nit 60 $, une somme con­sidér­able pour l’époque, cor­res­pondant à en­viron 750 $ aujourd’hui. De­vant 3 000 per­son­nes, et face à Wills qui déclara avoir joué l’un de ses plus grands matchs, Suzan­ne l’em­porta 6-3 8-6 après avoir été poussée dans ses re­tranche­ments comme jamais elle ne l’avait été de­puis sa fin­ale vic­torieuse de Wimbledon en 1919… et comme jamais elle ne le fut par la suite. Il faud­ra en­suite at­tendre près de cin­quan­te ans et la « batail­le des sexes » entre Bobby Riggs et Bi­llie Jean King en 1973 pour as­sist­er à un évène­ment aussi con­sidér­able. Trois mois plus tard, à la suite d’une con­trover­se mémor­able à Wimbledon, laquel­le entraîna son re­trait, elle mit un terme à sa carrière amateur.

Elle décida d’ac­cept­er l’offre du pro­moteur américain Char­les C. « Cash & Carry » Pyle qui or­ganisa la première « tournée » pro­fes­sion­nelle, une série de 38 matchs itinérants aux Etats-Unis et au Canada qui de­vaient l’op­pos­er à Mary Ken­dall Brow­ne, première pro­fes­sion­nelle américaine, em­bauchée pour la cir­constan­ce par Pyle, de même que d’aut­res joueurs (Vin­nie Ric­hards, Howard Kin­sey, Har­vet Snodgrass et Paul Feret). Mary Brow­ne avait alors 35 ans et avait connu son heure de gloire en re­mpor­tant un tri­ple triplé (sim­ple, doub­le, doub­le mixte) au cham­pion­nat des Etats-Unis, à Forest Hills, en 1912, 1913 et 1914. En 1926, elle était en­core classée n° 6 mon­diale. La star du groupe était bien sûr Lengl­en. Chez les hom­mes, Ric­hards était égale­ment n°6 en 1926 et Kin­sey n°9 au mo­ment où ils re­noncèrent à leur statut d’amateurs.

La première re­ncontre eut lieu le 9 oc­tob­re 1926 au Madison Square Gard­en de­vant plus de 13 000 spec­tateurs et généra en­viron 40 000 $ de re­venus. La tournée qui suivit dura quat­re mois, au cours de­squels Suzan­ne re­mpor­ta les 38 re­ncontres qui l’opposèrent à Brow­ne, en­cais­sant au pas­sage un bonus de 25 000 $ qui s’ajoutait aux 50 000 $ garan­tis par Pyle, soit près d’un mill­ion de dol­lars ac­tuels au total : une somme qui lui aurait per­mis d’acquérir plus de 250 Ford T ! A titre de com­paraison, le spor­tif le mieux payé des Etats-Unis à cette époque était le joueur de baseball Babe Rutt qui, en 1930, signa un contra­t de deux ans avec l’équipe de New York, les « Yan­kees », moyen­nant le mon­tant re­cord de 80 000 $ par an. La tournée fût un grand succès et l’on es­time que Pyle gagna – lui aussi - 80 000 $ à cette oc­cas­ion. Lengl­en voyageait telle une star de cinéma dans un train spéciale­ment aménagé pour elle avec cuisini­er, camériste, agent de pre­sse et son amant de l’époque, un riche Américain répon­dant au curieux nom de Baldwin Baldwin. Lengl­en ne fit pas de deuxième tournée, se con­ten­tant par la suite de faire un peu de co­ach­ing, jusqu’à sa mort en 1938.

Les grands tour­nois pro­fes­sion­nels

Peu après cette première « tournée » pro­fes­sion­nelle, le nombre de joueurs ‘pros’ fut suf­fisant pour que puis­se être or­ganisé en 1927 le pre­mi­er tour­noi pro­fes­sion­nel, l’US Pro, dis­puté à Brook­lyn et re­mporté par Vin­nie Ric­hards aux dépends d’Howard Kin­sey sur le score de 11-9 6-4 6-3. Ric­hards em­poc­ha 1 000 $ (un peu plus de 12 000 $ ac­tuels) sur les 2 000 $ dis­tribués à l’oc­cas­ion du tour­noi. Il re­mpor­ta égale­ment l’édi­tion de 1928, dis­put­ée cette fois à Forest Hills dans le Queens, dans le lieu même où se tenait le Cham­pion­nat des Etats-Unis, bat­tant en fin­ale Karel Kozeluh, classé n°10 mon­di­al cette année-là ; un joueur con­sidéré comme un maître bien que n’ayant jamais par­ticipé aux tour­nois amateurs. A par­tir de cette année, outre son ac­tivité de joueur, Vin­nie Ric­hards as­sur­ra le rôle de pro­moteur, succédant ainsi à Char­les C. Pyle. Il fût ainsi le pre­mi­er joueur-promoteur, un doub­le rôle que Jack Kram­er as­sumera par la suite, après la Secon­de guer­re mon­diale. Ric­hards, qui avait été n° 3 mon­di­al en 1921 derrière Bill Tild­en et Bill Johnson, gagna égale­ment par la suite l’US Pro en 1930 et 1933.

Jusqu’en 1930, l’US Pro fût le seul grand tour­noi pro­fes­sion­nel. Il fut dis­puté chaque année non seule­ment jusqu’en 1968, mais égale­ment au-delà puis­que Marat Safin en re­mpor­ta la dernière édi­tion en 1999 (il se jouait alors à Bos­ton). Il fût non seule­ment l’un des trois tour­nois Pros majeurs jusqu’au bas­cule­ment dans l’ère Open, mais aussi souvent le pre­mi­er d’entre eux. Il de­meura un tour­noi im­por­tant jus­que dans les années 1970. Le deuxième tour­noi Pro majeur à voir le jour fût le French Pro Cham­pionships dont la première édi­tion eut lieu en 1930 au stade Roland-Garros. En fin­ale de cette première édi­tion, Karel Kozeluh bat­tit Al­bert Burke sur le score de 6-1 6-2 6-1. Les édi­tions suivan­tes furent égale­ment dis­put­ées à Roland-Garros sauf de 1963 à 1967, où le tour­noi migra au stade Pier­re de Co­uber­tin. Contra­ire­ment à l’US Pro, le tour­noi fût dis­puté pour la dernière fois en 1968 : Rod Laver bat­tit John New­combe en fin­ale 6-2 6-2 6-3. Enfin, en 1934 fut or­ganis­ée la première édi­tion du Lon­don In­door Pro Cham­pionships, plus connu sous le nom de Wembley Pro, re­mportée par Ellsworth Vines qui bat­tit en fin­ale Hans Nüssllein en cinq sets (6-1 6-3 5-7 3-6 6-3). En tant qu’amateur, et déjà doté d’un ser­vice de plomb, Vines avait re­mporté Wimbledon en 1932 et égale­ment re­mporté le cham­pion­nat des Etats-Unis à Forest Hills en 1931 et 1932. Par suite, il avait été classé numéro un mon­di­al en 1932. Comme le French Pro, le Wembley ne survécut pas à l’ère Open et Ken Rosewall en fut le de­rni­er vain­queur en 1968, bat­tant John New­combe en fin­ale (6-4 4-6 7-5 6-4).

Comme Wimbledon, le Wembley Pro fut souvent con­sidéré comme le tour­noi le plus im­por­tant des trois mais cette ob­ser­va­tion mérite d’être lar­ge­ment nuancée selon les années en fonc­tion des par­ticipants, et ce titre semble fin­ale­ment de­voir re­venir à l’US Pro. De manière générale, le niveau de ces trois tour­nois fût très vari­able selon les années. En 1954 et 1955, il n’y eut d’ail­leurs ni French Pro, ni Wembley Pro. Il n’y eut pas davan­tage de Wembley Pro entre 1940 et 1948, et pas de French Pro entre 1940 et 1952, de sorte que le seul tour­noi dis­puté con­tinuel­le­ment jusqu’en 1968 fût l’US Pro, à la seule ex­cep­tion de 1944. Ces tour­nois étaient re­lative­ment peu dotés en com­paraison de ce que les meil­leurs pouvaient gagn­er en tournée, de sorte qu’ils n’at­tiraient pas néces­saire­ment tous ces de­rni­ers. En 1936 et 1937 par ex­em­ple, l’US Pro fut déserté par les meil­leurs joueurs. Ces tour­nois furent néan­moins les « Grand chelems » des joueurs pro­fes­sion­nels au cours de la période où la majorité des tout meil­leurs joueurs du monde étaient pro­fes­sion­nels, c’est-à-dire entre 1948 et 1967.

Deuxième par­tie : De Bill Tild­en à Donald Budge, ou le dévelop­pe­ment des tournées.

About

Né l'année ou Rod Laver réalise son pre­mi­er grand chelem, suit le cir­cuit de­puis 1974, abuse par­fois de statis­tiques, af­fiche rare­ment ses préfér­ences per­son­nelles, aime les fos­siles et a par­fois la dent un peu dure...

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25 Responses to Le tennis professionnel avant l’ère Open (1/5)

  1. Duong 26 août 2009 at 09:28

    Merci beaucoup pour ces infos !

    Moi, j’avoue que je suis toujours stupéfait et ai du mal à comprendre le succès populaire qu’ont pu avoir certains de ces événements.

    A l’époque, pas de télé, et le potentiel populaire me semble être beaucoup plus facilement draîné par les compétitions par équipes dans les villes, voire les nations pour les plus grands sports (football notamment).

    13000 spectateurs en 1926 pour Lenglen, ça laisse rêveur !

    Le tennis ancien, je vais être honnête, a pour moi une image élitiste : quand j’ai commencé à jouer au tennis, petit, fin des années 70, le tennis me semblait clairement encore un sport de « classe », presque comme le golf aujourd’hui.

    Alors en 1926 !!

    Comment draîner un tel public pour des compétitions individuelles, dans un sport un peu élitiste (et qui plus est qui a toujours été un peu long à suivre en comparaison de bcp de sports) ? … et qui plus est pour une compétition féminine pour ce qui concerne Lenglen ?

    Pour ce qui concerne Lenglen, il me semble qu’elle doit aussi beaucoup son succès « médiatique » à ses tenues et à son caractère de « personnage de mode ».

    Mais sinon, de manière générale, je vois certains des matches des grands joueurs anciens avec un public énorme !!

    Certes, il me semble que l’événement populaire le plus considérable de l’époque en tennis était une compétition par équipes : la coupe Davis … avec ce que ça implique de rivalités nationales et d’identification.

    Mais quand même, si quelqu’un pouvait un peu m’éclairer sur la dimension populaire du tennis pré-ère open (et surtout pré-télévision), pourquoi et comment il pouvait en être ainsi, je serais très intéressé.

  2. Guillaume 26 août 2009 at 11:19

    L’irruption en force d’Antoine dans le cercle des auteurs du site. Pour avoir déjà eu l’honneur de tout lire, je suis admiratif de la somme de travail abattu. Dire que tu étais en vacances, Antoine ! C’est con, mais je dois bien avouer que je suis un peu fier de lire ça sur ce site.

    Cette saga me conforte d’ailleurs dans ma pensée – j’aurai occasion d’y revenir sur les articles suivants – que ce sont les GC qui ont clairement fait la légende du tennis, et non les joueurs. Comme dit Christian Prud’homme, « C’est le Tour qui fait les coureurs, et non l’inverse ». Je transpose volontiers ça au tennis. Un Karel Kazeluh, kézako ? Il avait beau être l’un voire le meilleur des pros, j’avais jamais entendu parler.. Et bien oui, il n’a pas joué en amateurs, et donc pas joué les GC. Alors que Norman Brookes ou John Bromwich sont des noms qui, s’ils ne me sont pas familiers, me sont au moins connus.

    C’est là je trouve que l’on verra la supériorité des Grands Chelems… et sans doute l’intelligence de Roy Emerson de n’être pas passé pro ! Au moins, à défaut d’avoir été le plus fort, lui est passé à la postérité ;) Pendant que des Segura ou Gonzalez en sont réduits à être réhabilités tant le professionnalisme les a un peu plongé, le temps passant, dans un relatif anonymat.

  3. Alex 26 août 2009 at 11:50

    Énorme travail on s’en doute,bravo et merci de nous éclairer sur cet aspect des choses peu connu.

    Le Wembley pro disparu à l’ère open ? Le tournoi de Wembley,disputé jusqu’en 89 (victoire de Chang) n’était donc pas sa survivance dans l’ère open,à l’instar de Boston pour l’us pro ?

    Autre question : tu parles de Vinnie Richards numéro 3 mondial et de deux autres numéro 6 et 9,comment le savait-on et comment cela se mesurait-il à l’époque en l’absence de classement officiel et d’ordinateur ?

    • Franck-V 26 août 2009 at 13:38

      Us pro à Boston et US pro indoor à Philadelphie.

      De même que Wembley, ces tournois étaient intégrés au circuit jusquà la fin des 80′s mais comme pour ..l’US Open (dont Open n’est plus justifié), le qualificatif « pro » est resté associé à ces tournois.

  4. MarieJo 26 août 2009 at 12:11

    pour avoir eu l’occasion de trainer à RG assez souvent les jours de pluie, il y a une biblio très fournie au tennis muséum, et je crois bien qu’on y trouve la fameuse encyclo de bud collins, et aussi de nombreuses bio et autres… les mag tennis us, portugais, espgnols, anglais etc… bref on peu y retourner gratos avec un billet de l’édition de l’année en cours.

    ce cher antoine pourait y passer des heures ;)

    c’est sûr qu’avec la série historique qu’antoine nous porpose pour les prochaisnes semaines, on va apprendre des choses surement surprenantes.
    si emerson avait été pro, i’l n’y aurait eu que laver au top des GOAT avec finalement sampras en fin de carrière. C’est sûr que la manière d’apprécier ces champions aurait été différente.
    mais on aura l’occasion de revenir sur le sujet :)

  5. Antoine 26 août 2009 at 13:29

    Merci pour vos commentaires sympathiques et quelques éléments en complément, en réagissant à ceux-ci.

    Duong se demande comment le tennis pouvait avoir autant de succès, et particulièrement Lenglen. Je m’était fit la même remarque et j’ai été surpris d’apprendre que peu de temps après la création du jeu en 1874, ce sport a connu un développement très rapide, s’établissant un peu partout ou se trouvait des britanniques dès 1880. Le championnat des Etats Unis date ainsi de 1881, quatre ans après Wimbeldon. Ceux qui l’ont rendu populaire étaient les frères Renslaw dans les années 1880 et il y avait pas mal de monde dans les tribunes dès avant la première guerre mondiale au point d’ailleurs qu’il a fallu contruire de nouveaux stades beaucoup plus grands: Forest Hills en 1915, l’actuel stade de Wimbledon en 1922. Mais c’est dans les années 20 que le tennis, comme d’autres sports est vraiment devenu populaire.

    Lenglen est certainement responsable du fait que l’on suivait tout aussi assidument les matchs de ces dames que ceux des hommes. Contrairement à aujourd’hui, les doubles étaient également très prisés, en particulier le double mixte. Il y a énormément de choses à dire sur Lenglen et j’écrirais peut être un article sur elle mais il faut bien comprendre que c’était une véritable star, controversée en raison de sa tenue (robe qui découvrait la partie inférieure des jambes et les bras, un objet de scandale absolu pour les prudes anglaises, un très vif intérêt pour les hommes..La photo que Guillaume a mise a je crois été prise lors du match de Cannes en 1926 cité dans l’article), de ses opinions féministes, de ses moeurs (elle buvait du brandy entre le sets, ne se cachait pas d’avoir des amants) et de son jeu très « masculin » (elle jouait souvent service volées. On dit que l’actuel stade de Wimbledon a été construit pour elle ce qui est sans doute un peu exagéré mais toujours est il que pour son premier match à Wimbledon en 1922 (son premier tour), la file de gens qui faisaient la queue pour pouvoir entrer commençait à la station de métro: 1,5 mile ! Il faut dire qu’elle a dominé comme personne ne l’a fait avant ou après elle: un match perdu à Forest Hills en 1921, une unique défaite en huit ans (1919-1926); 116 victoires de rang avant cette défaite, 182 après celle-ci….250 tournois gagnés dont 83 en simple dont 7 sans perdre un seul jeu..Qui dit mieux ? Même si je partage l’opinion de Guillaume et qu’effectivement les tournois du GC (et la Coupe Davis) ont fait la légende, certains joueurs et joueuses y ont contribué assez largement…

    Pour répondre à Alex sur les classements, chacun sait que l’ATP édite un classement informatique depuis 1973 mais nombreux étaient ceux qui établissait leur classement avant cette date. D’ailleurs, les différentes fédérations nationales continuent toujours à établir leur propre classement national. Mais au plan international, la fédération internationale ne l’a jamais fait à ma connaissance et ces classements étaient établis par des journalistes spécialisés. Le classement qui fait le plus autorité avant 73 est celui du « Daily Telegraph » publié continuellement depuis 1913 sauf pendant les guerres. ce n’est pas la Bible mais le classement de l’ATP non plus, du moins s’agissant des deux ou trois premières places..

    Il faudrait réhabiliter Roy Emerson qui est passé pro au début de 68 juste avant qu’apparaissent les premiers tournois « open ». Ce n’est qu’après avoir gagné ses 12 GC que ce dernier a appris qu’il détenait le record. Comme il le disait modestement « on ne s’intéressait pas à ce genre de truc comme on le fait maintenant ». Il a continué à jouer jusqu’en 1978 et a gagné 3 tournois pro après 68 mais ses belles années étaient passées (il avait 32 ans). Il a gagné 100 tournois amateurs en simple dont ses 12 GC. En 1967, année ou il gagne 3 tournois du GC, il gagne 109 matchs sur 115. Ce n’était pas un mauvais, loin de là…

    Enfin, pour répondre à Alex, il est exact que le tournoi de Wembley a existé jusqu’il y a qq années mais si j’en crois Collins, ce n’est pas le successeur du London Indoor Pro Championnships…J’essaierai de vérifier cela au Tenniseum un de ces jours, un endroit fort agréable comme le souligne Marie JO…

    • Duong 26 août 2009 at 15:33

      Merci, oui je suis sidéré par cette queue d’1,5 mile pour voir Lenglen au premier tour de Wimbledon !

      Sinon, pour les classements, et pour ceux qui ne connaissent pas (je sais que ce n’est pas le cas d’Antoine), moi j’ai une référence simple :

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Joueurs_de_tennis_num%C3%A9ros_1_mondiaux

      • Antoine 26 août 2009 at 15:42

        C’est une très bonne synthèse qui s’appuie d’ailleurs assez largement sur les mêmes sources que Bud Collins.

    • MarieJo 26 août 2009 at 15:44

      dis mois ça représente combien de pages lu dans l’encyclo ton petit résumé ici ? car j’ai apperçu le fameux bouquin et c’est un sacré pavé !

      lenglen la grande star du tennis avant tout le monde… finalement mis à part le gigantisme des US et de l’oz pour les nouveau stades, je suis bien contente que wimb et RG n’aient pas cédé dans ce domaine, même si Rg prend le chemin :(
      rien que l’idée de devoir sortir de l’enceinte de RG me déplait… et ça ruine évidement mes combines !

      • Antoine 26 août 2009 at 15:57

        C’est un gros pavé de 750 pages. J’ai tout lu et repris à peu près tout ce qui concernait le tennis pro avant 68. Au total mon article fait 15 pages en word et Guillaume l’a scindé en cinq qu’il souhaite faire paraître chaque semaine. J’ai fait aussi un autre article sur un autre sujet qui paraitra la semaine prochaine.

        Le bouquin est remarquable: il y a un résumé de quatre ou cinq pages de chaque année depuis 1919, les bio de chaque joueur significatif, les stats, scores et records de chaque GC ainsi que de la Coupe Davis, de la Fed Cup etc..Bref, il y a pratiquement tout et cela ne coûte que 25 € chez Amazon…

  6. Franck-V 26 août 2009 at 14:27

    Humm, du lourd (en info.. je précise), bravo Antoine.

    Bien sûr, je n’ai qu’à lire en savourant et apprendre de cette genèse du professionnalisme , n’ayant rien à rajouter en anecdotes de ma connaissance… quand même pas le précambrien, ça fait trop loin pour moi… ;-)

    Sauf que… d’après la légende les 2 tourelles de façade du Carlton à Cannes auraient été inspirées à l’architecte du palace …par la poitrine de sa maîtresse, eh oui, ça peut meubler la rubrique rétro :-)

    Pas de doute, « La » Lenglen était une vraie star, bien dans le ton de l’émancipation féminine des années folles. Elle mérite à elle seule un article..comme le géant de ton prochain opus, Big Bill.

  7. Cedric 26 août 2009 at 14:50

    Très intéressant, et écrit dans un style limpide, sans fioriture très propice à ce qu’on lise tout d’un trait. Super boulot
    J’en redemmande !!

    Après pour l’engouement qu’a suscité Lenglen, est il possible de voir dans ce qu’elle représenta à un moment donné, dans une époque au clivage homme/ femme très marqué, un « espèce » de monstre de foire, trimballé de ville en ville ?
    Peut être même une icône sexuelle, genre femme fatale. A comparer la miss à la plupart de nos arrières grand mères, pétrifiées par le poids des traditions de l’époque : pas ou peu de travail, souvent pas glorifiant, pas vraiment de liberté, pas de droit de vote, …. A voir sur nos photos de familles, si sévères dans leur costume sombre.

    , … » venez voir l’invicible Lenglen aussi jolie que redoutable et diantre qu’elle est redoutable, et peut être serez vous présent pour sa seule et unique défaite, … »

    évènement qui dépasse les classes et le fait que le tennis reste essentiellement pour les riches.

    De plus, ce spectacle de dames qui bougent dans tous les sens et qui ont les gambettes nues ne devait pas déplaire aux messieurs ….

  8. Duong 26 août 2009 at 16:03

    Tiens, j’avais déjà signalé ce lien, mais à défaut de se taper le bouquin de Bud Collins, j’ai adoré lire ce site :

    http://bmarcore.club.fr/tennis/index.html

    notamment la partie « MESSIEURS : 42 EPISODES »

    Franchement ça m’a passionné !

    • Antoine 26 août 2009 at 17:00

      Je ne connaissais pas..Il est très bien ce site…

  9. Fabien 26 août 2009 at 20:50

    Wouah, j’ai appris plein de trucs merci!
    ça fait plaisir de se plonger un peu dans la préhistoire du tennis. Quelqu’un sait si on peut trouver quelque part des vidéos de vieux matchs de tennis? Bon j’imagine que 1920 faut pas rêver mais les années 40 ou 50?

    En tous cas vivement la suite.
    Et après on s’étonne qu’il n’y ait pas plus de rédacteurs, mais allez passer après des articles pareils…

  10. Kristian 26 août 2009 at 21:08

    Tres interessant tout ca. Ca me rappelle un auteur qui avait entame sur un site defunt une trilogie sur les grands joueurs de l’ere pro en la commencant par un passionnant article sur Pancho Gonzales. La trilogie s’est malheureusement arretee au premier volet, l’auteur ayant commis un hara-kiri virtuel. Mais je ne desespere pas d’en lire la suite.. un jour..

    • Antoine 26 août 2009 at 22:06

      ..En fait Kristian, j’avais commencé par Laver, puis Gonzalez et m’étais arrêté là..Ces articles sont en cours de récriture avec d’autres d’ailleurs..

  11. karim 26 août 2009 at 23:11

    Et tu en as fait cinq comme ça? Je suis admiratif, quand tu lis un truc comme ça ou les articles de Mus sur Ali (il est mort Mus ou quoi?) ou ceux d’un poisson devenu grand sur l’athlé, tu te dis qu’on ne vient pas sur ces sites avec les mêmes armes. y’a d’authentiques journalistes d’investigation et des vrais passionnés planqués parmi les glandeurs que nous sommes pour la majorité.

    Je n’ai aucun commentaire à faire sur l’article, j’attends juste la suite pour m’enrichir culturellement. Tout est dit dans cette phrase. Merci Antoine. Ah juste pour l’anecdote, vu que les visages de la plulpart d’entre nous restent inconnus, j’ai cette manie de vous en inventer. Et Antoine c’est Jean Réno dans Nikita, Victor le nettoyeur.

  12. Jean 27 août 2009 at 16:26

    Très bel article, qui aurait à mon sens supporté un peu plus de longueur. Lenglen en Piaf/Holiday du tennis, si bien sûr les évènements survivent aux personnes, celles-ci lorsqu’elles ont une personnalité exceptionnelle peuvent faire faire des bonds à leur discipline. J’attends la suite.

    • Antoine 27 août 2009 at 18:32

      Pour la longueur tu vas être servi. Il ne s’agit que des trois premières pages à peine d’un article qui en fait 15 ! Sinon les news côté fossile c’est que pour le quarantième anniversaire de son chelem de 69, Rod Laver sort son bouquin écrit avec Collins..Je crois que je vais commander..

      • fieldog38 27 août 2009 at 23:33

        Bravo pour ce travail journalistique! On sent que tu es un vrai passionné du jeu et ta passion est communicative car la lecture de ton article m’a donné envie d’acheter ce bouquin ;)

      • Franck-V 27 août 2009 at 23:45

         » Rod Laver sort son bouquin écrit avec Collin »

        Avec Colin?

        NONNNNNNNNNNNNNNNN ???????????

        J’aurais dû m’en douter….  » pour le quarantième anniversaire …. »

        On a le Bud Colin de 15LT :-)

      • colin 29 août 2009 at 10:41

        Hé oui je l’avoue, c’est pour ça que je poste beaucoup moins sur 15love ces dernières semaines: mon travail avec mon vieux pote Rod L. occupe tout mon temps!!!

  13. Lionel 28 août 2009 at 12:56

    Une bien belle saga que l ami Antoine propose.

    Baldwin Baldwin, ça me rappelle le Humbert Humbert de Lolita. Difficile de se rendre compte aujourd hui de l importance de Lenglen.

  14. colin 31 août 2009 at 20:48

    Super travail, très bien écrit. J’ai attendu d’avoir assez de temps pour le lire et le déguster.

    J’attends la suite avec impatience.

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