Les finalistes uniques en Grand chelem

By  | 15 mai 2014 | Filed under: Regards

Chris Lewis, Wimbledon 1983Coup de chan­ce, forme ex­cep­tion­nelle, le Capitole avant la roche Tarpéienne ?

Guil­laume nous a magistrale­ment présenté il y a quel­ques jours les plus « mauvais » vain­queurs d’un tour­noi du Grand chelem.

Cet ar­ticle m’a per­mis de me remémorer les noms de cer­tains joueurs ob­scurs, en­fouis au fin fond de ma mémoire, à l’époque loin­taine où je con­nais­sais par cœur le clas­se­ment ATP des 100 meil­leurs joueurs…

Je me suis dit que ces pires vain­queurs avaient par­fois bénéficié de tab­leaux très favor­ables, et notam­ment de fin­alis­tes im­prob­ables. J’ai donc décidé de me pench­er sur cette catégorie des fin­alis­tes uni­ques en Grand chelem, qui ont connu leur apothéose un jour avant de dis­paraître du feu des pro­jec­teurs aussi rapide­ment qu’ils étaient ap­paru en pleine lumière, et je me suis dit que ces in­con­nus qui ont eu leur quart d’heure de célébrité méritaient d’être de nouveau présentés à tous.

Après re­cen­se­ment de ces différents joueurs cap­ables d’exploits, mais qui n’ont pas con­firmé, j’ai décidé, totale­ment ar­bitraire­ment, de les répar­tir en quat­re cat­égo­ries, en fonc­tion de ce que leur uni­que fin­ale de Grand chelem a représenté pour eux. Il s’agis­sait donc :

1/ du tour­noi de leur vie

2/ de l’année de leur vie

3/ du tour­nant de leur carrière

4/ de l’aboutis­se­ment de leur carrière

Petit tour d’horizon de ces fin­alis­tes uni­ques qui m’ont le plus marqué, sans volonté d’ex­haus­tivité. J’ai mis notam­ment de côté les fin­alis­tes uni­ques avant 1977 et j’ai délibérément zappé l’Open d’Australie avant 1983 (on a vu dans l’ar­ticle de Guil­laume sur les pires vain­queurs d’un Grand chelem que be­aucoup avaient gagné en Australie avant 1983).

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Le tour­noi de leur vie

Il s’agit de joueurs in­con­nus, qui, au hasard d’un tab­leau favor­able ou d’une forme ex­cep­tion­nelle, ont su brill­er le temps d’un tour­noi, sor­tant du brouil­lard de l’anonymat pour y re­tourn­er aussi vite qu’ils en étaient sor­tis.

Cer­tains d’entre eux ont réalisé un tour­noi extra­or­dinaire avec des per­for­mances de haut niveau, d’aut­res ont bénéficié de cir­constan­ces favor­ables et de l’alig­ne­ment de toutes les planètes pour par­venir en fin­ale.

A/ Les super per­for­meurs

  • Mikael Per­nfors, Suédois, fin­alis­te à Roland-Garros en 1986.

Un an après ses débuts pro­fes­sion­nels, le Suédois à tête de lutin et par­ticuliè­re­ment souriant va réalis­er un Roland-Garros ex­cep­tion­nel. Il bat Ed­berg dès le deuxième tour (tête de série n°5), le ter­ri­en Jaite en huitièmes, Be­ck­er en quarts avec un 6/0 au de­rni­er set, et Lecon­te en de­m­ies. Pas mal pour un joueur in­con­nu. Cepen­dant, la fin­ale con­tre Lendl est de trop. Cette année-là, Lendl joue à un très haut niveau. Il a battu Kriek en demi-finales (oui, Johan Kriek en de­m­ies sur terre bat­tue) sans re­tir­er son sur­vête­ment, et il est bien trop puis­sant pour un Per­nfors au bout du rouleau. C’est un match poids lourd con­tre poids plume, comme il y en aura d’aut­res en­suite entre Lendl et Mecir. Après ce coup d’éclat, Per­nfors ne con­fir­mera pas par la suite. Comme les Nyström et Sundström, ses com­pat­riotes, son jeu de con­treur était trop prévisib­le et trop limité pour s’install­er au plus haut niveau. Mais quel tour­noi il aura fait en 1986, pro­fitant du man­que d’expéri­ence sur terre bat­tue d’Ed­berg et Be­ck­er et de l’irrégularité de Lecon­te, mag­nifique en quarts con­tre Ches­nokov mais sur co­urant al­ter­natif (al­ter­nance un point gag­nant, une bâche) en de­m­ies.

  • Mar­tin Ver­kerk, Hol­landais, fin­alis­te à Roland-Garros en 2003.

Martin Verkerk, Roland-Garros 2003Ce Hol­landais, doté d’un fort tempéra­ment d’at­taquant, est un OVNI en ce Roland-Garros 2003. Cer­tes, il a gagné le tour­noi de Milan en début d’année en bat­tant un Kafel­nikov vieil­lissant, mais de là à aller en fin­ale de Roland-Garros en bat­tant de grands favoris comme Moya en quarts de fin­ale et Coria en de­mies…qui l’eût cru ? En fin­ale, il se fait cueil­lir par un troisiè­me spécialis­te, Fer­rero, qui ramas­se la mise en ac­hevant un joueur qui n’a plus de jus. Blessé en­suite à l’épaule, Ver­kerk ne retro­uvera jamais un niveau approc­hant celui qu’il a at­teint en ce Roland-Garros 2003.

Parmi les aut­res super per­for­meurs, on peut citer Vic­tor Pecci, Para­guay­en, fin­alis­te à Roland-Garros en 1979 con­tre Borg après avoir battu Sol­omon (6), Vilas (3) et Con­nors (2), et qui possédait un très beau jeu d’at­taquant du fond de court à la Ad­riano Panat­ta.

B/ Les super op­por­tunis­tes

  • Chris Lewis, Néo-Zélandais, fin­alis­te à Wimbledon en 1983.

Chris Lewis est un joueur honnête, qui n’a at­teint qu’une seule fois les huitièmes de fin­ale en Grand chelem avant son ex­ploit (et en­core, en Australie en 1981, à l’époque où per­son­ne ne venait jouer le tour­noi). En 1983, du fait d’un al­ig­ne­ment d’étoiles miraculeux, il at­teint la fin­ale de Wimbledon pour y re­cevoir une vraie fessée de la part d’un John McEn­roe qui n’a pas be­soin de forc­er son talent. Si Lewis peut mettre à son crédit d’avoir battu dif­ficile­ment (8/6 au 5e set) un Kevin Curr­en toutefois pas en­core arrivé à son meil­leur niveau, le reste de son tab­leau est une vaste fumis­terie : Mel Pur­cell en quarts, le mémor­able Nduka Odizor en huitièmes, lequel avait battu au tour d’avant le gran­diose Loïc Co­ur­teau, l’un des joueurs les plus médioc­res jamais vus sur le cir­cuit. Bref, un grand coup de chan­ce pour le Néo-Zélandais qui ne fera plus rien derrière.

  • Mal­iVai Was­hington, Américain, fin­alis­te à Wimbledon en 1996.

Cet Américain était plus connu que Chris Lewis. C’était un es­poir du ten­nis américain, déjà 11e au clas­se­ment ATP en 1992. Les années précédant son apothéose lors du Wimbledon 1996, il a joué plusieurs huitièmes et même quarts de fin­ale en Grand chelem, quel­le que soit la sur­face et même à Roland-Garros, ce qui n’est pas si fréquent pour un Américain à l’époque. A Wimbledon en cette année 1996, il bénéficie d’un tab­leau en car­ton, où il bat suc­ces­sive­ment Haar­huis en huitièmes, un par­fait in­con­nu, Alex Radules­cu, en quarts, et fin­ale­ment le réguli­er Todd Mar­tin de just­es­se en de­m­ies, 10/8 au 5e set… et alors que Mar­tin a paniqué tan­dis qu’il menait 5-1 dans cette ul­time man­che ! Was­hington est battu en fin­ale par Ric­hard Krajicek, qui avait de son côté écarté Stich en huitièmes et Sampras en quarts, et qui donc méritait de gagn­er le tour­noi.

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L’année de leur vie

Plus rom­pus aux hautes al­titudes que les joueurs précités, les quat­re noms suivants ont connu une année réel­le­ment ex­cep­tion­nelle dans leur carrière, et ont pro­fité de cette période pour se hiss­er en fin­ale d’un tour­noi du Grand chelem.

  • Mag­nus Nor­man, Suédois, fin­alis­te à Roland-Garros en 2000

Avant d’être un très grand entraîneur (Robin Soderl­ing puis Stanis­las Waw­rinka), Mag­nus Nor­man fut un très bon joueur qui con­nut une année extra­or­dinaire en 2000. Demi-finaliste à l’Open d’Australie en jan­vi­er, il gagne en­suite les In­ter­nationaux d’Italie à Rome en bat­tant Kuert­en en fin­ale, avant d’at­teindre la fin­ale à Roland-Garros en bat­tant Med­vedev (fin­alis­te l’année précédente) en huitièmes, le bientôt vain­queur de l’US Open Safin en quarts et enfin Fran­co Squil­lari en de­m­ies, avant de céder face à Kuert­en en fin­ale dans un match serré. Monté jusqu’au deuxième rang mon­di­al cette année-là, se bles­sera en­suite et ne retro­uvera jamais un tel niveau.

  • Ar­naud Clément, Français, fin­alis­te de l’Open d’Australie en 2001

Arnaud Clément, l'un des 4 Français finalistes en Majeurs depuis NoahNotre sélec­tion­neur de l’équipe nationale de Coupe Davis sait ce qu’est le très haut niveau puis­qu’il a at­teint la fin­ale de l’Open d’Australie en 2001. Il y perd con­tre Agas­si, après avoir battu Gros­jean dans un match épique en demi-finale (il a sauvé deux bal­les de match con­tre son pote) et, sur­tout, après avoir sorti Kafel­nikov en quarts, ce qui était un bel ex­ploit puis­que le Russe re­stait sur un titre et une fin­ale à Mel­bour­ne. Clément at­teindra en­core les huitièmes à Wimbledon et l’US Open la même année, et réus­sira aussi un bel été sur le cir­cuit américain, avant de gagn­er la Coupe Davis sur le gazon de Mel­bour­ne Park. Une bles­sure au poig­net freinera sa pro­gress­ion en­suite, et il ne re­viendra jamais à ce niveau de 2001.

  • Rain­er Schüttler, Al­lemand, fin­alis­te de l’Open d’Australie en 2003

Quicon­que a vu jouer Rain­er Schüttler ne peut que se de­mand­er par quel mirac­le un joueur aussi médioc­re, sans aucun coup fort, a pu at­teindre la 5e place mon­diale en 2004 et être demi-finaliste à Wimbledon en 2008. Fin­alis­te à l’Open d’Australie en 2003, il per­met à Agas­si d’engrang­er des tour­nois du Grand chelem face à des ad­versaires mal classés, comme con­tre Clément deux ans plus tôt (cette as­ser­tion per­fide et pleine de mauva­ise foi vise à pro­voqu­er les aficionados d’Agas­si, dont Benja était le meil­leur re­présen­tant sur ce site). Schüttler pro­fite générale­ment des défaites des cadors pour en­suite battre leur vain­queur éreinté. Il bat ainsi en de­m­ies un Rod­dick totale­ment épuisé par son match in­ter­min­able en quarts con­tre El Aynaoui (21/19 au 5e set !), et éli­mine aussi Nal­bandian, qui avait sorti Feder­er. Bref, un joueur op­por­tunis­te, à l’aise sur toutes les sur­faces… et toujours verni dans ses tab­leaux.

  • Fer­nando Gon­zalez, Chili­en, fin­alis­te de l’Open d’Australie en 2007

Gon­zalez, c’est quand même un autre niveau. « El Bom­bardero » possède le coup droit le plus rapide du monde, un bon ser­vice et un très bon jeu de jam­bes. Réguli­er auto­ur de la 10e-15e place de­puis deux ans, il at­teint un niveau de jeu ex­cep­tion­nel en cet Open d’Australie 2007, écar­tant d’abord Lleyton Hewitt, puis bat­tant James Blake en huitièmes dans un match durant les­quel­les les bal­les de ten­nis se sont révoltées à force d’être frappées avec autant de viol­ence par nos deux poètes des co­urts, et sur­tout mas­sacrant Rafael Nadal en quarts et Tommy Haas en de­m­ies, avant d’être stoppé en fin­ale par le roi Roger à son apogée. Derrière cet ex­ploit, Gon­zalez ne con­fir­me pas en per­dant au pre­mi­er tour à Roland-Garros et à l’US Open. Il se qualifie pour le Mast­ers sans y brill­er, mais réus­sira à at­teindre la fin­ale des JO de Pékin en 2008, per­dant con­tre Nadal après un nouveau match de frap­peurs fous con­tre Blake. Quel dom­mage que le Chili­en ne se soit pas doté d’un meil­leur re­v­ers… et d’un ment­al !

On pour­ra rajout­er à cette catégorie Marco Baghdatis, Chyp­riote, qui a at­teint la fin­ale de l’Open d’Australie en 2006, où il a sérieuse­ment inquiété Feder­er. Baghdatis réussit un super tour­noi, bat­tant à la suite Stepanek, Rod­dick, Ljubicic et Nal­bandian. Il a su con­firm­er cet ex­ploit avec une demi-finale à Wimbledon la même année, mais par la suite, il enchaînera les bles­sures et les méfor­mes, avec une hygiène physique et al­imen­taire lais­sant à désirer.

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Le tour­nant de leur carrière

Le Capitole et la Roche Tarpéienne ne sont jamais très éloignés. Nous al­lons con­t­er main­tenant les mésaven­tures de trois joueurs qui se sont approchés de très près de leur pre­mi­er titre en Grand chelem en at­teig­nant la fin­ale, et qui se sont en­suite écroulés après avoir échoué dans leur quête du Graal.

  • An­drei Med­vedev, Russe, fin­alis­te à Roland-Garros en 1999

Homonyme de l’homme politique al­ter­nant avec Poutine les post­es de Président et Pre­mi­er ministre de Rus­sie, Med­vedev est un joueur ex­trême­ment talen­tueux, avec des frap­pes très lour­des des deux côtés et un grand ser­vice. Demi-finaliste à Roland-Garros dès 1993, à 19 ans, et 4e mon­di­al l’année suivan­te après des vic­toires à Monte-Carlo et Ham­bourg, il est réguliè­re­ment dans les 15 pre­mi­ers en­suite, avant de réussir un super­be Roland-Garros en 1999, où il bat Kuert­en en quarts de fin­ale, puis Meligeni en de­m­ies (lequel avait fessé un Cor­ret­ja mal­ade en quarts : l’Es­pagnol avait refusé d’aban­donn­er… et n’y avait récolté que sifflets et in­compréhens­ion du pub­lic). Con­tre Agas­si, il gagne les deux pre­mi­ers sets très facile­ment, dominant l’Américain de la tête et des épaules avec une puis­sance im­pres­sion­nante, avant de baiss­er pied physique­ment et men­tale­ment… et de per­dre en cinq sets, un peu comme McEn­roe avait archi-dominé sa fin­ale de 1984 con­tre Lendl avant de se voir trop beau et trop fort. Med­vedev ne se re­mettra pas de cette défaite et arrêtera sa carrière moins de deux ans plus tard, à 27 ans seule­ment.

  • Guil­lermo Coria, Ar­gentin, fin­alis­te à Roland-Garros en 2004

Guillermo Coria et Guillermo Vilas, Roland-Garros 2004Coria ar­rive lancé en ce Roland-Garros 2004. Après une ex­cel­lente année 2003 à l’issue de laquel­le il ter­mine 4e mon­di­al, il gagne Monte-Carlo au prin­temps 2004 et perd en fin­ale con­tre Feder­er à Ham­bourg. Il a un tab­leau tran­quil­le à Paris (Escudé en huitièmes et Hen­man en de­m­ies… Il a juste à battre Moya en quarts), et affron­te un Gaudio para­lysé par le trac en fin­ale. Tout le monde se souvient de cette fin­ale où Coria, stressé à l’idée de sa vic­toire pro­che, est as­sail­li de cram­pes et ne peut plus ser­vir ni co­urir. Il par­vient quand même à ob­tenir deux bal­les de matchs au 5e set, qu’il rate. Il perd à l’arrivée un match qu’il n’aurait jamais dû per­dre. Très at­teint men­tale­ment par cette défaite, il retro­uve un bon niveau de jeu en 2005… mais perd deux fin­ales serrées con­tre le nouveau roi de la terre bat­tue, Rafael Nadal, à Monte-Carlo et Rome. Touché par une gros­se crise de con­fian­ce, il ne retro­uvera jamais son niveau de jeu et pre­ndra une re­traite anti­cip­ée.

  • Mariano Puer­ta, Ar­gentin, fin­alis­te à Roland-Garros en 2005

Déjà contrôlé positif en 2003, Puer­ta est à nouveau pris par la pat­rouil­le à l’issue de sa fin­ale per­due con­tre Nadal à Roland-Garros en 2005. Sus­pen­du, il ne retro­uvera jamais son niveau de jeu de 2005, qui lui avait per­mis de battre Acacuso en huitièmes, Canas en quarts et enfin Davyden­ko en demi-finales. Sa carrière au plus haut niveau s’est ter­minée en cette saison 2005, où il par­vient tout de même à jouer le Mast­ers.

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L’aboutis­se­ment de leur carrière

Nous al­lons con­clure ce panorama par quat­re joueurs qui ont tous at­teint un très bon niveau, ont longtemps fait par­tie des meub­les parmi les dix pre­mi­ers mon­diaux, mais qui n’ont eu qu’une seule oc­cas­ion de gagn­er un tour­noi du Grand chelem… et l’ont manquée.

  • Al­ber­to Be­rasategui, Es­pagnol, fin­alis­te à Roland-Garros en 1994

Be­rasategui est vrai­ment l’homme d’une seule sur­face, la terre bat­tue. Ses 14 tit­res et ses 9 fin­ales de tour­nois ATP l’ont tous été sur terre bat­tue. Doté du re­v­ers à la fois le plus hideux et le plus extra­or­dinaire de l’his­toire du ten­nis (il tapait son re­v­ers avec la même face de la raquet­te que son coup droit grâce à (ou à cause de) une prise de coup droit ultra fermée !), Be­rasategui n’avait que deux armes dans son jeu : son énorme coup droit et des jam­bes. Malgré un ten­nis hyper limité, il par­vient en fin­ale à Roland-Garros en 1994 grâce à un tab­leau favor­able (Frana blessé en huitièmes, Ivanisevic en quarts et Larsson en de­m­ies) et posera de gros problèmes à Sergi Bruguera en fin­ale, dans ce qui re­stera comme l’une des fin­ales les plus hideuses de l’his­toire entre deux bûcherons ahanant comme des bœufs et dont le pal­marès en de­hors de l’ocre tient sur un tic­ket de métro.

  • Mar­celo Rios, Chili­en, fin­alis­te à l’Open d’Australie en 1998

On a be­aucoup écrit sur Rios, seul n°1 mon­di­al à n’avoir gagné aucun tour­noi du Grand chelem. Très bon sur terre bat­tue et sur ci­ment, Rios démarre une année 1998 ex­cep­tion­nelle (trois Mast­ers Se­ries gagnés notam­ment, ainsi que la Coupe du Grand Chelem, en bat­tant Agas­si en fin­ale) par une fin­ale à l’Open d’Australie, sa première en Grand chelem… ainsi que la dernière. Le Chili­en, qui s’est défait d’Escudé en demi-finales, affron­te l’improb­able Korda en fin­ale, qui a bénéficié de la défaite sur­prenan­te de Sampras con­tre Kucera en quarts de fin­ale. Rios se fait cor­rig­er en trois petits sets par un Korda sur­volté… et qui sera sus­pen­du pour dopage quel­ques mois plus tard. Qu’un Rios peu ex­péri­menté et ultra stressé perde sa première gran­de fin­ale con­tre un Korda sur­volté et qui avait déjà joué (et perdu) une fin­ale de Grand chelem à Roland-Garros con­tre Co­uri­er en 1992, pour­quoi pas ? Mais qu’il n’at­teig­ne plus jamais la fin­ale d’un tour­noi du Grand chelem, au re­gard de son talent et du vide re­latif, en terme de con­curr­ence, à cette époque où Sampras com­m­ence son déclin et où aucun joueur ne se démar­que vrai­ment… Miné par de nombreuses bles­sures, Rios ne con­fir­mera jamais et s’arrêtera dès 2004. Il re­stera comme l’un des plus grands talents gâchés de l’His­toire. Marat Safin, bien placé pour savoir de quoi il parle en terme de talent gâché (mais lui a re­mporté deux Grands chelems), es­timera que Rios avait le talent pour gagn­er dix tour­nois majeurs… Mais le talent seul ne suf­fit pas.

  • Thomas En­qv­ist, Suédois, fin­alis­te à l’Open d’Australie en 1999

Le niveau de cet Open d’Australie 1999 a de quoi faire frémir : le grand favori, Mar­celo Rios, est for­fait au de­rni­er mo­ment, tout comme Pete Sampras. Alex Cor­ret­ja est tête de série numéro 2, Karol Kucera n°7 et le grand Greg Rusedski n°8. Pas éton­nant que cette édi­tion voit s’affront­er en fin­ale la tête de série n°10, Ev­gueni Kafel­nikov, et Thomas En­qv­ist, sol­ide joueur ayant réalisé une carrière honnête (et battu plusieurs fois Agas­si), mais qui n’a jamais réussi en Grand chelem, et qui aura bénéficié d’un tab­leau très faib­le pour at­teindre la fin­ale, bat­tant notam­ment Nicolas Lapen­ti en demi-finales. Les deux fin­alis­tes, pro­totypes des cog­neurs de fond de court, pro­duisent une fin­ale sans grand intérêt qui voit Kafel­nikov saisir l’oc­cas­ion de re­mport­er son deuxième Grand Chelem, après Roland-Garros en 1996. Au final, pas grand-monde ne se souviendra d’Enqv­ist, qui, hor­mis sa puis­sance, ne possède pas un coup par­ticuli­er lui per­met­tant de se dis­tin­gu­er.

Parmi les aut­res pili­ers du Top 10 qui fin­iront par at­teindre un jour une fin­ale de Grand chelem, on peut aussi citer Brian Gottfried, Américain, qui a su saisir sa chan­ce pour at­teindre la fin­ale de Roland-Garros en 1977, année du boycott du tour­noi par Con­nors et Borg. En leur ab­s­ence, Guil­lermo Vilas se promène et gagne son seul French Open en écrasant le mal­heureux Gottfried, ne lui lais­sant que trois jeux en fin­ale (6/0 6/3 6/0).

Greg Rusedski, US Open 1997On n’oub­liera pas non plus l’idole de feu Sportvox, l’inénarr­able Greg Rusedski, Canadi­en, puis Britan­nique qui, malgré sa tech­nique frus­te, par­viendra à s’incrust­er durab­le­ment dans le Top 10 et à at­teindre la fin­ale de l’US Open en 1997, bénéficiant d’un tab­leau en car­ton (vic­toires con­tre Vacek, Krajicek et Bjorkman, pour échou­er en fin­ale con­tre Pat Raft­er).

On verra par la suite si David Ferr­er (fin­alis­te à Roland-Garros en 2013), Tomas Be­rdych (fin­alis­te à Wimbledon en 2010 en sor­tant Feder­er et Djokovic), Jo-Wilfried Tson­ga (fin­alis­te à l’Open d’Australie 2008 en sor­tant Mur­ray et Nadal), aut­res fin­alis­tes uni­ques à l’heure ac­tuel­le, pili­ers du Top 10 de­puis plusieurs années, en­trent dans cette catégorie ou s’ils par­viendront à re­tourn­er un jour en fin­ale d’un Majeur… voire à gagn­er cette fin­ale. Au vu du nombre de demi-finales qu’ils ont jouées au cours des dernières années, cela reste pos­sible. En re­vanche, ils par­tent tous les trois avec le han­dicap de jouer à l’époque des Feder­er, Nadal, Djokovic et Mur­ray… et de Waw­rinka désor­mais, ce qui rend l’ob­jectif très com­pliqué à at­teindre.

Est-ce que ces trois champ­ions mériteraient ou auraient mérité de gagn­er au moins une fois un tour­noi du Grand chelem ? Ce sera l’objet d’un autre ar­ticle, où l’on croisera cer­taine­ment l’un des doub­les fin­alis­tes mal­chan­ceux, comme les Curr­en, Mecir, Mar­tin, Pioline, Philip­pous­sis, Cor­ret­ja, Soderl­ing…

On y croisera aussi cer­taine­ment deux joueurs qui sont par­venus, une seule fois dans leur vie, à at­teindre la fin­ale d’un tour­noi du Grand chelem, et qui étaient cap­ables de battre n’im­porte qui dans un bon jour : j’ai nommé Henri Lecon­te, Français, fin­alis­te à Roland-Garros 1988 et battu par Mats Wiland­er, et David Nal­bandian, fin­alis­te à Wimbledon en 2002, en tout début de carrière, battu par Leyton Hewitt. Tous les deux avaient le talent ten­nistique pour gagn­er un ou plusieurs tour­nois du Grand chelem. Tous les deux ont battu les meil­leurs sur un for­mat deux sets gag­nants. Tous les deux ne sont pas par­venus à se doter ni de la con­di­tion physique néces­saire pour être con­stant au plus haut niveau, ni d’un ment­al de champ­ion. Mérite-t-on de gagn­er un Grand Chelem sur son talent pur ? That is the ques­tion !

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268 Responses to Les finalistes uniques en Grand chelem

  1. Kaelin 20 mai 2014 at 10:49

    A Dusseldorf,

    Perf pas trop mal de Brown du coup, qui sort Lu mais ce dernier est une quiche sur terre et Brown jour à domicile ce n’est donc pas si surprenant. Il faudra qu’il fasse plus que ça pour faire oublier les quelques malencontreuses grosses contre perfs récentes comme son élimination au 1er tour au challenger d’Heilbronn alors qui’l était TS2. D’autant plus que c’est un joueur qui sait pas trop mal jouer sur terre.

    Mannarino qui sort Matosevic, cool ! Matosevic est le genre de mec dont on ignore tout le tps le classement, mais il est quand meme 52. Mannarino lui est carrement sorti du top 100. Il devrait y revenir du coup. J’aime bien son jeu bizarre sans puissance mais troublant pour l’adversaire.

    Jiri Vesely, comme je l’avais dit, avait un coup à jouer contre Sisjling, déjà pour leur performance respective sur la surface, et c’est fait. Well done Jiri, c’est solide.

    Dans le duel de génération Melzer – C Busta, c’est le plus vieux qui l’emporte et facilement … Melzer est revenu et je pense même qu’il sera un client potentiel à RG, attention à lui.

    Dans le duel digne d’un Future Milojevic – Basic, c’ets le quasi 600ème qui l’emporte contre le quasi 300ème. Bien joué au jeune serbe de 18 ans qui rencontrera Karlo au 2ème tour. Pour un exploit ?

    Nice :

    PHM passe Pouille en 3 sets comme je le pensais. Cool pour PHM et positif pour Pouille qui fait qqs perfs en qualifs pour se qualifier et prend un set à un bon terrien, vieux routier du circuit. Je ne vois que du positif dans ce résultat. Il affrontera Delbonis, coton mais faisable.

    Mahut passe Vaisse mais en 3 sets, Vaisse fait un beau tournoi à son échelle : 2 belles perfs en qualifs puis il accroche lui aussi un vieux routier. C’est pas mal. Il a déjà 26 ans mais bon, ces progrès sont de bonnes augures et il lui reste 6 ans de carrière.

    ERV passe tranquilou Gonzalez, c’est devenu un vrai baromètre du circuit ERV, comme l’est Nieminem ou Benneteau, des joueurs comme ça. Il respecte toujours son rang, accroche toujours les meilleurs. C’est du top 40-50 de qualité ça!

    Le jeune Borna Coric prend un set à Léonardo Mayer l’argentin, c’est pas mal. Prometteur, très prommetteur. A 17 ans (!!), il obtient le meilleur classement de sa carrière, 245ème. Quand on compare à un joueur comme Martin Vaisse, 309ème à 26 ans, les trajectoires ne sont pas les mêmes … un gros potentiel ce Coric.

  2. Marina 20 mai 2014 at 11:29

    Aujourd’hui à Nice, Thiem/Johnson.
    A noter que le jeune Autrichien n’est toujours pas à 100% après son virus gastro-intestinal qui lui aurait fait perdre 5 kgs selon des sources autrichiennes (!!). Il était incertain il y a encore quelques jours, donc ça va être intéressant de voir comment il va s’en sortir.

    Sinon, c’est aussi le début des qualifs à RG. Sans aucun stream, malheureusement pour les fans de tennis (mais heureusement pour mes révisions). Je suivrais avec attention les résultats des jeunes pousses comme Bourgue, Halys, Lokoli, Couacaud… Même si ce sera très difficile pour eux.

    • Patricia 20 mai 2014 at 13:24

      Aie, je craignais un peu que la forme soit chancelante…. : très peu de mises à jour sur son FB, alors qu’il a commenté dans l’heure son forfait puis la consultation en Autriche… et d’habitude il a toujours un mot pour son adversaire, sa forme, là une photo sans commentaires… Je crains qu’il n’ait pas de grands espoirs et s’y rende surtout parce que Gulbis et Bresnik y sont, à fin d’entraînement.

      Où as-tu lu l’info ?

      • Patricia 20 mai 2014 at 13:33

        J’ai googlé et trouvé ! ^^
        Effectivement c’est pessimiste : daté d’hier, l’article dit qu’un forfait reste possible, car il est très affaibli, a même vomi du sang et effectivement perdu 5 kg…
        Il devait consulter hier pour avis, et Bresnik estimait sa participation à 50%. Même en cas de forfait il devait aller à Nice pour faire constater son état de santé par le médecin de l’ATP.

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