« Les monuments du tennis moderne » – Jimmy Connors, lion et gladiateur (1ère partie)

By  | 6 mai 2014 | Filed under: Légendes

Jimmy Connors, Sports Illustrated, 1974Les rugis­se­ments du fauve ont em­brasé les arènes du ten­nis pen­dant un quart de siècle. Ponctués par des po­ings rageurs, par­fois bran­dis dans un état de frénésie com­municative, ils ac­compagnèrent ses at­taques sauvages et ses répliques les plus féroces, assénées au plus fort de batail­les ac­harnées. Tout au long de sa fabuleuse carrière, le gauch­er de l’Il­linois n’a jamais fait mystère de sa con­cep­tion du jeu : « Le pub­lic veut voir co­ul­er le sang. Je vous garan­tis qu’il sera servi 1. » Dût-il vers­er le sien sur le court, ce com­bat­tant mag­nifique resta éter­nelle­ment fidèle à sa pro­mes­se.

À l’aune de la trajec­toire de Con­nors, l’extraor­dinaire muta­tion ac­complie par ce sport entre le début de l’ère Open et les années 1990 ferait pre­sque figure de banale in­flex­ion. De l’émerg­ence du lift à l’avène­ment de la puis­sance en pas­sant par le boom écon­omique, la révolu­tion du matériel ou celle de la prépara­tion physique, peu de dis­cip­lines con­nais­sent une trans­for­ma­tion aussi radicale de leur paysage sur cette période. Jimmy se pose pour­tant en trait d’union entre ces époques. Lui qui traver­se toutes les généra­tions de joueurs de Ken Rosewall à Andre Agas­si. Lui qui cro­ise le fer en match of­ficiel avec un Pancho Gon­zales révélé dès les années 1940, comme avec un Fab­rice San­toro dont le périple se pro­lon­gera fin­ale­ment jusqu’en 2010…

Pour Jimmy Con­nors, les li­mites n’exis­tent que pour mieux être franch­ies ou sans cesse re­poussées. L’Américain défie le temps, l’his­toire et les révolu­tions du ten­nis comme il affron­te les aut­res géants qui se dres­sent suc­ces­sive­ment sur sa route : en con­ser­vant une fidélité in­défec­tible à ses fon­damen­taux. Quels que soient les stan­dards dominants, les op­posi­tions ou les décenn­ies, ce modèle d’obstina­tion déploie un schéma de jeu in­démod­able car résolu­ment moder­ne. In­variab­le­ment, son tempéra­ment de guer­ri­er con­tinue à in­timid­er ses rivaux, tout en déchaînant les pass­ions. Que dire enfin de cet at­tache­ment dur­able, quasi fusion­nel, à une raquet­te en métal au tamis rond et sous-dimensionné : la myt­hique Wil­son T2000 ? À l’heure où des matériaux bien plus per­for­mants défer­lent déjà sur les co­urts du monde en­ti­er, cet engin atypique – qui fut créé par René Lacos­te… en 1963 – ap­paraît comme un vérit­able ves­tige de l’âge de pier­re. « Je l’aimais. Elle faisait comme par­tie de moi », con­fiera le champ­ion à main­tes re­prises pour just­ifi­er un choix éminem­ment pas­sion­nel. Le coup de foud­re re­mon­te en réalité à ses 12 ans, au mo­ment où il dis­putait l’Oran­ge Bowl minimes. En voyant un autre garçon en train de l’utilis­er, le petit Jimmy en tomba pre­sque à la re­nver­se. « J’ai tout de suite été fou de cette raquet­te. Sous le sol­eil, elle lançait des éclairs, comme le chrome d’une voi­ture. Elle sifflait dans l’air comme une balle de fusil 2. » L’épée scin­tillan­te ar­mera le bras du gladiateur pre­sque sans in­ter­rup­tion jusqu’à la fin de la saison 1986, avant que l’im­possibilité de nier plus longtemps la réalité du marché ne l’ob­lige à pre­ndre enfin le train du progrès tech­nologique. Au fond, Dar­win aurait pro­bab­le­ment trouvé en ce grand prédateur des co­urts, totale­ment uni­que en son genre, une ex­cep­tion in­class­able à sa théorie de l’évolu­tion des espèces. Pour autant, quel autre monstre du jeu – hor­mis sans doute Rafael Nadal – aura à ce point per­son­nifié sur un ter­rain la démarche de struggle for life si bien décrite par le naturalis­te an­glais ?

Entre rup­ture et fidélité

Gloria ConnorsIn­amovib­le, le monu­ment Con­nors puise sa résis­tance hors norme dans la sol­idité des fon­da­tions tech­niques édifiées par Gloria, la mère du champ­ion. Dans les années 1950, cette an­cien­ne joueuse de niveau nation­al pro­lon­ge sa pass­ion en en­seig­nant les bases du ten­nis à quel­ques jeunes élèves sur les ter­rains de Be­llevil­le, dans l’Il­linois. Elle tente d’abord de trans­mettre le flam­beau à John, son fils aîné, mais celui-ci ne possède pas l’étoffe d’un héros. Avec James Scott, né le 2 sep­tembre 1952, elle réus­sira au-delà de ses espéran­ces. Gloria le por­tait en­core dans son ventre lorsqu’el­le en­trep­rit elle-même de défrich­er la terre derrière leur maison familiale, à East Saint Louis, pour y faire con­struire un court de ten­nis. Dès l’âge de 2 ans et demi 3, elle lui met sa première raquet­te dans les mains. Pier­re après pier­re, elle lui in­cul­que en­suite tous les rudi­ments tech­niques, tout en in­stil­lant chez lui le culte du com­bat et de la persévérance. Le gamin est-il trop frêle pour exécuter cor­rec­te­ment un re­v­ers ? Elle lui con­seil­le d’utilis­er ses deux mains. Montre-t‑il le moindre signe de faib­lesse ? Elle lui apprend, selon ses pro­pres ter­mes, « à être un tigre ». Aucune brimade, aucune sur­dose d’entraî­ne­ment n’af­fecteront jamais ces séances. Au fil du temps se dévelop­pe entre la mère et l’en­fant pro­dige une re­la­tion privilégiée, ex­clusive, totale­ment centrée sur la carrière de « Jimbo ». Son père « Big Jim », lui, n’a pas voix au chapit­re. Réfrac­taire aux ar­canes de la balle blanche, il se trouve de facto mis à l’écart, pre­sque mar­ginalisé au sein de sa pro­pre famil­le. Il suc­com­bera à un canc­er en jan­vi­er 1977, après avoir longtemps en­tretenu des rap­ports dis­tants avec son champ­ion de fils.

La grand-mère mater­nelle, Be­rtha Thompson, est af­fublée du sur­nom de « Two-Mom » par Jimmy et son frère. En­courag­ée par Gloria, cette autre figure mar­quan­te end­os­se fiè­re­ment le rôle de second men­tor dans l’appren­tissage du garçon. « Élevé par des fem­mes pour vaincre les hom­mes », écrira d’ail­leurs Sports Il­lustrated en 1978, dans un ar­ticle qui fera date, pour dépeindre ce par­cours par­faite­ment sin­guli­er dans l’his­toire du sport. Toutefois, lorsqu’el­le juge néces­saire de céder la main, maman Con­nors n’hésite pas à se tourn­er vers la struc­ture idoine pour favoris­er l’as­cens­ion de sa pro­géni­ture. C’est ainsi qu’en 1968, l’adoles­cent prend avec elle la di­rec­tion de la Califor­nie pour re­joindre le pre­stigieux Be­ver­ly Hills Ten­nis Club de Los An­geles, où il travail­lera sous la houlet­te du célèbre Pancho Segura. Dans les années 1940, ce champ­ion d’origine équatorien­ne avait lui-même fait figure de pion­ni­er en étant le pre­mi­er à utilis­er un grand coup droit à deux mains.

Jimmy pour­suit ses études dans la Cité des Anges et décroc­he le titre uni­ver­sitaire en 1971, durant sa seule année sur les bancs de la faculté. Le jeune homme se lance à l’as­saut du cir­cuit pro­fes­sion­nel au cours de la saison 1972, ac­compagné par sa mère, qui re­vient du même coup en première ligne sur les ques­tions spor­tives, mais aussi fin­an­cières et par­fois… sen­timen­tales. Il faud­ra at­tendre la re­ncontre de Jimmy avec Patti McGuire, une an­cien­ne playmate du magazine Playboy, qu’il épouse en 1979, pour que Gloria com­m­ence à li­mit­er ses ap­pari­tions dans les tour­nois, en se re­centrant sur la super­vis­ion des af­faires de son fils. Pour Jimbo, elle n’en de­meurera pas moins « une mère, un coach, une amie » jusqu’à son de­rni­er souffle, le 8 jan­vi­er 2007, à l’âge de 82 ans.

Dès 1974, l’Américain fait voler en éclats tous les repères ten­nistiques hérités des généra­tions précéden­tes. Em­porté par le raz de marée en fin­ale de Wimbledon et de l’US Open – qu’il at­teint à près de 40 ans –, le légen­daire Ken Rosewall in­scrit six, puis… deux jeux en ces oc­cas­ions et as­sis­te aux premières loges au chan­ge­ment d’ère im­pulsé par la ter­reur d’East Saint Louis. Au mo­ment de déboulonn­er cette icône vieil­lissan­te, Jimmy Con­nors n’éprouve aucun état d’âme. Seule com­pte à ses yeux la place qu’il est lui-même en train d’acquérir dans l’his­toire. En por­tant l’at­taque de fond de court à un degré d’ef­ficacité jamais vu avant lui, il vient d’introduire une révolu­tion décisive, d’une ampleur com­par­able au séisme pro­voqué par le ser­vice canon de Boris Be­ck­er en 1985. Dans un style radicale­ment différent, l’avène­ment con­comitant de Björn Borg para­chèvera le tri­omphe de l’irrésis­tible lame de fond qui s’apprête à en­vahir la décen­nie 1970.

Connors US OpenAvec l’arrivée de ce gauch­er ex­plosif, le cir­cuit découv­re un ten­nis à plat à haut ris­que, con­juguant prises de balle précoces et rigueur extrême dans le place­ment, maîtrise ges­tuel­le épurée et vites­se de jeu ex­cep­tion­nelle. Ses frap­pes sont puis­santes et ten­dues, ses trajec­toires précises et rasan­tes, le plus souvent orientées près des lig­nes. Aussi avant-gardiste qu’inimit­able, sa tech­nique sonne comme une vérit­able déclara­tion de guer­re à ce « tennis-pourcentage » tel­le­ment en vogue à son époque. Im­prim­er une cad­ence in­fer­nale aux échan­ges, port­er sans relâche des coups sévères à l’ad­versaire, le débord­er pro­gres­sive­ment, jusqu’à le mettre hors de posi­tion : Jimmy Con­nors de­meure longtemps in­égal­able dans ce re­gistre. À son meil­leur niveau, défier le phénomène en rythme, sur sa filière de prédilec­tion, équivaut le plus souvent à un suicide en règle. Des maîtres de fond de court du calib­re de Borg ou de Lendl en feront, pen­dant des années, l’amère ex­péri­ence sur le ter­rain de chas­se favori du car­nassi­er de l’Il­linois : l’US Open.

L’Américain in­ven­te ce ten­nis de com­bat sans même posséder la force ou la puis­sance physique de la plupart de ses con­tem­porains. Outre un for­mid­able re­tour de ser­vice, l’un des plus fameux de tous les temps, il dévelop­pe une arme de de­struc­tion mas­sive avec ce pro­digieux re­v­ers à deux mains asséné bras ten­dus, dans un ample ac­compag­ne­ment horizont­al qui le pro­pul­se naturel­le­ment vers l’avant. Un al­liage rare de fluidité et de viol­ence, dont la per­fec­tion tech­nique lui offre toutes les varia­tions – en de­hors du lift – et lui auto­r­ise toutes les audaces. Un coup à la fois myt­hique et in­tem­porel, qui lui per­mettra de conquérir la quasi-totalité des ter­ritoires du jeu, sans jamais se laiss­er véritab­le­ment sub­merg­er par le défer­le­ment de puis­sance du milieu des années 1980.

Du paria à l’icône

Durant la première par­tie de sa carrière, le com­por­te­ment de Con­nors s’inscrit dans une stratégie de rup­ture par­faite­ment assumée. L’égocentris­me forc­ené du per­son­nage con­fine pre­sque à la carica­ture et ne l’in­citera guère, par ex­em­ple, à se fondre dans l’esprit col­lec­tif de la Coupe Davis. Mais sur­tout, Jimmy s’éver­tue à cul­tiv­er une op­posi­tion fron­tale avec ses pairs, par­fois teintée d’un mépris af­fiché. À l’ex­cep­tion not­able d’Ilie Nas­tase, avec lequel il noue de sol­ides liens d’amitié, le gauch­er de Be­llevil­le puise dans cet an­tagonis­me l’un des car­burants de son ag­ressivité pro­ver­biale sur le court, tout en pre­nant soin de théoris­er la démarche : « Je ne suis pas là pour re­spect­er mon ad­versaire. Je suis là pour l’humili­er. […] Je ne sup­por­te pas de lire le moindre signe de satis­fac­tion sur [son] visage », répète à l’envi ce J.C. si peu in­spiré par l’amour du pro­chain. Pro­vocateur, ar­rogant, volon­ti­ers obscène, l’éner­gumène ne tarde pas à se forg­er une réputa­tion détest­able au sein du cir­cuit. Rod Laver rail­lera un champ­ion qui « croyait être la plus belle in­ven­tion sur terre après le Seven Up ». Aussi peu co­utumi­er des déclara­tions acides, Björn Borg réser­vera ses rares coups de grif­fe à ce rival in­cor­rigib­le : « Jimmy Con­nors n’ad­mettra jamais que son ad­versaire a bien joué. C’est pour cela qu’il est jouis­sif de le battre, et c’est pour cela que tous les joueurs préfèrent le battre, lui, plutôt que n’im­porte qui. »

Quel autre champ­ion oserait pro­fan­er le sanctuaire du ten­nis avec autant d’ir­respect que celui dont il fait pre­uve en 1977 ? Cette année-là, le franc-tireur n’hésite pas à boycott­er la cérémonie pro­tocolaire du cen­tenaire de Wimbledon, or­ganis­ée en l’hon­neur de tous les an­ciens vain­queurs du tour­noi. Pen­dant les fes­tivités, Con­nors s’af­fiche tran­quil­le­ment sur un court an­nexe du stade, en train de s’adonn­er à une séance d’entraî­ne­ment… Dans ce All En­gland Club si at­taché à la tradi­tion du jeu, sa défec­tion prend des al­lures d’affront et déclenche un tollé con­sidér­able au sein de la pre­sse et de l’opin­ion britan­niques. Le len­demain, la foule lon­donien­ne ac­cueil­le l’irrévéren­cieux par un déluge de huées, peut-être le plus violent qui ait jamais résonné dans cette sol­en­nelle en­cein­te. Sans per­turb­er le moins du monde un com­pétiteur qui pas­sera tout près du titre quel­ques jours plus tard et qui, à cette époque, érigerait pre­sque son im­popularité en pro­fess­ion de foi : « Plus le pub­lic me siffle, plus je suis dans le match. C’est pour ça que je fais tout pour que les spec­tateurs me détes­tent », claironnait-il déjà au cours de la saison précédente. En 1974, Al­b­ion s’était pour­tant prise de pass­ion pour sa tendre idyl­le avec Chris Evert, l’autre lauréate en sim­ple de cette édi­tion lon­donien­ne, mais les re­tombées positives sur l’image de Jimmy se dis­sipèrent d’autant plus vite que le pre­stigieux doub­le mixte se sépara à la fin de cette même année 4.

Jimmy Connors - John McEnroeTen­tant à première vue, le para­llèle psyc­hologique avec John McEn­roe s’arrête cepen­dant là où com­m­ence le fossé sociologique entre ces deux de­scen­dants d’Ir­landais. À la différence de son en­nemi juré, fils d’un avocat new-yorkais, Con­nors puise une par­tie de sa révolte dans une en­fan­ce passée au sein d’un milieu pro­vin­ci­al peu favorisé. Le père de Jimmy, quant à lui, of­ficiait comme modes­te péagis­te sur un pont de Saint-Louis (Mis­souri). Derrière le choc de tempéra­ments détonant entre les en­fants ter­ribles du ten­nis US se cache celui de deux cul­tures di­amétrale­ment opposées. Mais dans le re­gistre de l’in­vective et des débor­de­ments, son jeune com­pat­riote sur­clas­se Jimbo de manière bien plus définitive que raquet­te en main. « Je ne crois pas m’être as­sagi. C’est juste qu’il y a main­tenant sur le cir­cuit quel­qu’un qui se com­por­te en­core plus mal que moi », fait bientôt re­mar­qu­er un Con­nors délesté de son titre d’en­nemi pub­lic numéro un. Il reste que Jimmy en­tame dans les années 1980 un re­tour­ne­ment digne de ses plus fameux re­nver­se­ments de score, troquant peu à peu ses habits de mauvais garçon haï et décrié pour le co­stume de favori des foules du monde en­ti­er. Désor­mais marié et père de famil­le, il en­trep­rend de polir légère­ment son image, dévoile des as­pects plus facétieux de sa per­son­nalité et tempère cer­tains de ses pro­pres excès sur le court. Malgré des déclara­tions toujours fracas­santes (il traitera Lendl de « poule mouillée » lors d’un match… de poule du Mast­ers 1980 5), des al­ter­ca­tions par­fois viriles (son doigt pointé vers McEn­roe en demi-finales de Roland-Garros 1984 de­meurera célèbre 6) ou quel­ques scan­dales d’en­vergure (comme en témoig­ne sa dis­qualifica­tion houleuse du tour­noi de Boca West en 1986), l’alchimie opère au fil des ans entre l’anim­al de scène et un pub­lic enfin dompté, pour at­teindre des points cul­minants d’in­tensité vers la fin de son par­cours. Le panac­he, la générosité du per­son­nage et son sens uni­que du spec­tacle trouveront là une re­con­nais­sance à la mesure de son œuvre. « La plus gran­de ex­cita­tion de toute ma carrière aura été ce rap­port avec le pub­lic », avouera-t‑il d’ail­leurs avec fierté en 1991.

Au-delà de son caractère sym­bolique, la saison in­augurale de sa domina­tion sur le jeu s’ap­paren­te à une marche tri­omphale. En bouc­lant un Petit Chelem et un bilan de 99 vic­toires pour seule­ment quat­re défaites, Jimmy Con­nors signe en 1974 l’une des par­ti­tions les plus ab­out­ies du ten­nis Open, aux côtés de l’année 1984 de John McEn­roe, des meil­leurs crus de l’ère Feder­er ou en­core du millésime 2011 de Novak Djokovic – le pre­stige de la saison 1969 de Rod Laver re­stant pour sa part inégalé à ce jour. L’exploit de l’Américain con­ser­ve pour­tant un éter­nel goût d’inac­hevé. Frappé d’une in­ter­dic­tion de dis­put­er Roland-Garros en raison de sa par­ticipa­tion aux In­ter­villes, Jimmy Con­nors est privé d’une oc­cas­ion uni­que de viser la myt­hique passe de quat­re en Grand Chelem. Le tour­noi co­uron­ne alors le jeune Borg, futur em­pereur des lieux, que le banni de la Porte d’Auteuil dominera quel­ques mois plus tard sur la terre bat­tue rapide d’In­dianapolis. Débouté dans le procès qu’il in­ten­te à la FFT 7, Jimmy se sabor­de lui-même en boudant les quat­re édi­tions suivan­tes. Sur une sur­face ocre européenne qui met cer­tes en lumière ses quel­ques fail­les tech­niques – comme sa capacité à re­lev­er en coup droit des bal­les sans con­sis­tance délivrées à mi-court –, l’Américain ne s’in­vitera donc jamais au fes­tin parisi­en des grands li­fteurs tout au long de son règne of­ficiel sur le cir­cuit (1974-1978).

Jimmy Connors, Roland-Garros 1984Même pour Jimmy Con­nors, le temps perdu s’avère par­fois im­pos­sible à rattrap­er. Son éven­tuel Grand Chelem avorté prend place parmi les mystères de l’his­toire du jeu. La Coupe des Mous­quetaires se re­fusera toujours à lui, malgré quat­re ac­cess­ions ultérieures en demi-finales et quat­re aut­res aux quarts de fin­ale. Du reste, l’unique re­gret qu’il con­fiera en 2004 à Sports Il­lustrated con­cer­ne précisément son long boycott des In­ter­nationaux de Fran­ce : « Mon en­tête­ment ir­lan­dais », invoquera-t‑il alors avec fatalis­me. L’an­ci­en paria du tour­noi par­vient néan­moins à conquérir le cœur de la Porte d’Auteuil dès son re­tour, en 1979, – s’at­tirant même un souti­en appuyé au cours d’une vic­toire épique face… au Français Jean-François Caujol­le en 1980 ! – avant de mettre un point d’hon­neur à y gagn­er définitive­ment ses galons de « bête de Seine ». À pre­sque 39 ans, Jimbo reçoit en effet du centr­al de Roland-Garros l’une des ova­tions les plus vib­rantes jamais réservées à un joueur de ten­nis. Après les bles­sures qui ont gâché sa saison 1990 (au point de le précipit­er jusqu’au 936e rang mon­di­al au début de l’année suivan­te), le vieux lion se remet à rugir comme à ses plus beaux jours. Lors du troisiè­me tour de l’édi­tion 1991, sub­mergé par la fatigue et par des douleurs au dos, il se bat avec un héroïsme qui fait lit­térale­ment chavir­er le stade parisi­en. Face à son cadet de pre­sque vingt ans, Mic­hael Chang, lauréat sur­pr­ise de l’épreuve deux ans plus tôt, il finit par re­ndre les armes à l’en­tame du cin­quiè­me set, non sans avoir déployé sa dernière éner­gie pour s’ad­jug­er le pre­mi­er point. Mais cet ab­an­don est tout sauf un re­non­ce­ment, tout sauf un chant du cygne. Il est la pro­mes­se de nouveaux mor­ceaux de bravoure à ajout­er à sa gloire. Comme une magistrale répéti­tion avant un ul­time feu d’ar­tifice.

Re­v­ers mémor­ables et re­tours gag­nants

La légende de Jimmy se nour­rit sans cesse de ces mo­ments d’éter­nité où l’émo­tion succède à la folie, où l’exploit in­sensé finit par oc­cult­er les déboires, par­fois sévères, qui l’ont précédé. Il en va ainsi de son de­stin sur le gazon de Wimbledon, qui se façonne à l’image des deux fers de lance de son ten­nis : entre re­v­ers in­oub­li­ables et re­tours tonit­ruants.

En ce 4 juil­let 1982, jour de l’In­depen­dance Day, l’Américain peut enfin ex­ult­er. Après quat­re heures et quator­ze minutes d’une em­poig­nade féroce et électrique sur le Centre Court, Jimmy Con­nors renaît de ses cendres en ter­rassant le génie de ce com­pat­riote honni : John McEn­roe. En­vahi par un bon­heur in­ten­se, il savoure la portée d’un ex­ploit qu’il placera à jamais parmi ses plus hauts faits d’armes. Il en connaît la valeur, après sept années de vac­hes maig­res dans le saint des saints britan­nique, souvent bril­lantes, par­fois humilian­tes, mais désespérément stériles aux yeux d’un champ­ion de sa trem­pe, pour qui seule la vic­toire im­por­te véritab­le­ment. Lorsque l’Aigle noir Arthur Ashe déploya ses ailes pour sur­vol­er cette fin­ale his­torique de 1975, le tenant du titre subit le camouf­let le plus mar­quant de sa carrière (6‑1, 6‑1, 5‑7, 6‑4). Dans un climat ir­res­pir­able, écrasé par les re­la­tions alors ex­plosives entre les deux hom­mes 8, le récital tac­tique de son aîné étouf­fa le jeu et l’or­gueil d’un Con­nors qui af­firmait avec une mor­gue digne de Muham­mad Ali au cours de cette quin­zaine : « Celui qui me battra à Wimbledon n’est pas en­core né ! » L’acte de nais­sance d’un ange blond venu de Suède fut para­phé un an plus tard sur le Centre Court. Le choc an­noncé entre les deux poids lourds de la décen­nie 1970 y ap­porta son lot de K.‑O. re­ten­tissants pour Jimbo, comme durant cette fin­ale de 1978 à l’issue de laquel­le il jura de « pour­suiv­re ce fils de p… jusqu’au bout du monde » [sic] pour laver l’affront, ou en­core cette demi-finale – tout aussi ex­péditive – de l’année suivan­te. Le calice de la défaite con­ser­va son goût amer lorsque le duel se mua en bras de fer sen­sation­nel. Ce fut le cas en fin­ale de l’édi­tion 1977, puis dans une éton­nante demi-finale de 1981 qui vit Borg sur­viv­re à un départ en trom­be de Jimmy (6‑0, 6‑4) pour re­mport­er son de­rni­er match sur ce gazon béni, ul­time pro­ues­se d’une série de 41 succès de rang à Wimbledon pour l’homme de glace.

Jimmy Connors, Wimbledon 1982Alors que son rival suédois vient de quitt­er la scène, Jimmy Con­nors signe donc, en ce mois de juil­let 1982, un re­tour étin­celant au plus haut niveau du jeu, qu’il con­fir­mera en­suite avec auto­rité à Flush­ing Meadows. Désor­mais, plus rien ne dis­sipera le par­fum en­iv­rant de cette re­con­quête. Pas même la re­vanche cinglan­te que s’offrira à ses dépens un Big Mac en état de grâce deux ans plus tard en fin­ale.

Quels que soient le stade de sa carrière ou le score de son match, le fauve d’East Saint Louis ne re­non­ce jamais. Porté par un in­com­par­able in­stinct de sur­vie, il con­tinue à com­battre avec une volonté et une éner­gie in­tariss­ables. Peu sus­pect de com­plaisan­ce à son égard, John McEn­roe lui re­ndra un hom­mage appuyé sur ce plan en 1992 : « L’éner­gie de Jimmy était vrai­ment in­croy­able. Je n’ai jamais vu un type se battre à ce point sur chaque balle. Lit­térale­ment. » Dans son jar­din à l’angla­ise, Björn Borg mène 4‑0 en 1977 – et com­pte deux bal­les de 5‑0 ! – lors du cin­quiè­me set de leur première fin­ale. Mais le Suédois vacil­le sur ses bases quand cet ad­versaire déchaîné re­vient à 4‑4, jusqu’à ce qu’une doub­le faute fasse à nouveau bas­cul­er la re­ncontre en sa faveur. Dix ans plus tard, en se détac­hant 6‑1, 6‑1, 4‑1, Mikael Per­nfors semble sur le point de l’étrill­er en huitièmes de fin­ale. Il finit pour­tant par s’inclin­er en cinq man­ches face à un Con­nors gal­vanisé par l’une des re­montées les plus inouïes de toute l’épopée du Grand Chelem. À près de 35 ans, le gauch­er de l’Il­linois at­teindra, dans la foulée, le de­rni­er carré pour la onzième fois, seule­ment vain­cu par le maître de cette cuvée 1987, l’Australi­en Pat Cash. Au tab­leau d’hon­neur de Wimbledon, le grand ab­sent de la para­de du cen­tenaire est de­venu entre-temps le champ­ion le plus présent de son his­toire au rendez-vous des demi-finales.

Lorsque, en 1991, du fait des in­tempé­ries, le All En­gland Club doit se résoud­re à ouv­rir ses por­tes durant le pre­mi­er di­manche du tour­noi, Jimmy Con­nors, acclamé comme jamais, ne boude pas son plaisir de con­tribu­er à la folle am­bian­ce de ce Mid­dle Sun­day sans précédent, douze mois avant son ul­time ap­pari­tion dans l’épreuve. Le vétéran jadis fus­tigé par l’es­tablish­ment britan­nique ne pouvait alors que savour­er une li­es­se populaire inédite dans ce lieu… tout comme cette en­tor­se faite à sa tradi­tion.

À suiv­re : Péchés capitaux et ex­ploits majus­cules

1. For­mulée par Jimmy Con­nors pour dépeindre le pub­lic de l’US Open, cette réflex­ion reflète plus générale­ment une vis­ion be­lliqueuse de la com­péti­tion, qu’il re­ven­diquera de manière con­stan­te jusqu’à la fin de sa carrière.

2. Comme plusieurs aut­res cita­tions du champ­ion américain, cette déclara­tion est extra­ite d’un portrait signé par Guy Bar­bi­er et paru dans un numéro de 1987 de la revue Ten­nis In­ter­nation­al.

3. À 3 ans et demi, selon The Out­sid­er, l’autobiog­raphie publiée par l’intéressé.

4. En amont de sa sor­tie, en mai 2013, le livre de Jimmy Con­nors a sus­cité la con­trover­se en révélant un détail très privé de sa re­la­tion avec Chris Evert, à savoir que cette dernière avait eu re­cours à l’avor­te­ment et que cet événe­ment aurait précipité leur rup­ture. L’an­cien­ne numéro 1 mon­diale a réagi im­médiate­ment en se dis­ant très af­fectée par la di­vul­ga­tion de cette in­for­ma­tion.

Connors - Evert, love story, 1974

5. Avant leur op­posi­tion de jan­vi­er 1981 au Madison Square Gard­en de New York, Jimmy Con­nors et Ivan Lendl sont d’ores et déjà qualifiés pour le de­rni­er carré du Mast­ers. Le vérit­able enjeu de cet ul­time match de poule est de déter­min­er la con­figura­tion des demi-finales, le per­dant étant appelé à affront­er Gene Mayer, alors que le vain­queur aura le re­dout­able hon­neur de défier Björn Borg. Con­nors s’im­pose sur le score de 7‑6, 6‑1. Il traitera en­suite son rival de « chick­en » (« poule mouillée ») pour avoir joué la carte du cal­cul et de l’op­portunis­me en ne défen­dant guère ses chan­ces au cours du deuxième set. Après sa fameuse révolte con­tre l’ar­bitrage durant son duel face à McEn­roe, le Suédois dominera Con­nors en demi-finales, puis Lendl en fin­ale, pour s’ad­jug­er son second titre dans l’épreuve.

6. En jan­vi­er 1982, l’al­terca­tion qui op­posa les deux com­pat­riotes en fin­ale du tour­noi de Rosemont (dans la ban­lieue de Chicago) prit un tour assez peu banal. Au plus fort de la tens­ion qui émail­la cette re­ncontre, par ail­leurs non of­ficiel­le, Jimmy Con­nors en­jam­ba le filet, traver­sa tout le court et, de­vant un pub­lic in­ter­loqué, alla point­er un index menaçant sous le nez de son cadet. Visib­le­ment peu ras­suré, John McEn­roe fut contra­int de re­pouss­er physique­ment son as­sail­lant. Il fal­lut l’in­terven­tion de la sécurité pour séparer les deux joueurs et éviter peut-être que l’explica­tion ne tour­ne définitive­ment au pugilat…

7. L’Américain en­gagera l’avocat Robert Badint­er pour as­sur­er la défense de ses intérêts. Mais le tan­dem formé par le farouc­he par­tisan de la peine capitale sur le court et le futur garde des Sceaux ab­olition­niste n’empêchera pas l’échec de cette procédure.

8. Avant cette fin­ale de Wimbledon 1975, Jimmy Con­nors avait as­signé en just­ice Arthur Ashe en sa qualité de président de l’ATP, ce qui ex­plique le con­tex­te très par­ticuli­er de leur affron­te­ment sur le Centre Court. Les deux hom­mes par­viendront néan­moins à en­terr­er la hache de guer­re assez rapide­ment et dis­puteront même plusieurs épre­uves de doub­le en­semble durant l’été 1976. Par la suite, Arthur Ashe sera amené à pro­digu­er quel­ques con­seils tech­niques à Con­nors pour l’aider à faire face au défi con­stitué par Borg.

About

"Les monu­ments du ten­nis moder­ne - champ­ions et matchs de légende" - Marc Gdalia, Guil­laume Duhamel et Guil­laume Wil­lecoq - Édi­tions Sut­ton

http://livre.fnac.com/a7085832/Marc-Gdalia-Les-monuments-du-tennis-moderne

Tags:

36 Responses to « Les monuments du tennis moderne » – Jimmy Connors, lion et gladiateur (1ère partie)

  1. Antoine 6 mai 2014 at 13:11

    Comme c’était le joueur que je préférais, je le connais très bien et trouve ce portrait excellent.

    J’ajouterai une précision : lorsque Jimbo boycotta la cérémonie du centenaire de Wimbledon en 77, il s’entraînait effectivement bien sur un court annexe….avec son ami Ilie Nastase. Un complément aussi : lorsque Jimmy est arrivé à Paris en 79 pour sa première participation à Roland Garros, l’édition française de PlayBoy eut la bonne idée de mettre Patti en couverture et dans quelques pages à l’intérieur de ce numéro collector avec campagne d’affichage dans tout Paris. C’est peu dire que son arrivée fût une aubaine pour le tournoi. C’est en fait le premier tournoi ou Roland Garros peut faire valoir un tableau qui n’a plus que peu à envier cette année là à celui de Wimbledon ou de l’US Open.

    On n’a pratiquement parlé que de lui durant la quinzaine jusqu’à cette demie finale ou il perd en quatre sets serrés contre Victor Pecci qui perdit en finale deux jours plus tard contre Borg qui commençait déjà à laisser beaucoup. Contrairement à ce que l’on raconte parfois, il était capable de très bien jouer sur terre battue également même si le dur était sa surface favorite.

    J’imagine que le chapitre qui lui est consacré s’étend davantage sur l’aspect tactique du jeu qu’il proposait et peut être est ce là le contenu de la deuxième partie ? Je n’en dirais donc que quelques mots. L’essence de son jeu consistait à priver de temps l’adversaire en jouant plus vite que lui ce qui passait par les deux choses suivantes: prendre la balle le plus tôt possible et la frapper à plat ou en slice d’attaque (un coup qui a disparu aujourd’hui) puisque à puissance donné un coup frappé à plat est plus rapide qu’un autre. Ceci impliquait donc une prise de risque maximale puisque sa balle rasait le filet et flirtait avec les lignes. N’étant pas particulièrement puissant lui même, il s’appuyait largement sur la puissance et la vitesse du coup adverse, et ce dès le retour de service. C’est lui qui transforma le retour de service en coup d’attaque ou plutôt de contre attaque. Son meilleur coup assurément. Un jeu unique, sans précédent et sans descendant, même si l’on peut voir dans les retours de service d’Agassi et dans son type de jeu une trace de celui de Jimmy.

    On pourrait penser que ce jeu si risqué et qui provoquait l’excitation et l’admiration de beaucoup, notamment de celui qui tenait alors la rubrique Tennis dans Le Monde, aurait logiquement du avoir pour contrepartie une forte fluctuation dans son niveau d’un jour sur l’autre. Mais ce qui rend son cas si unique est que tel ne fut pas le cas. Au contraire il fut l’un des joueurs les plus réguliers de l’histoire du jeu, arrivant en quarts de finale de tous les GC auxquels il a participé durant plus de dix ans (US Open 73- US Open 83) avec 28 quarts, un record que Federer a battu récemment pour en établir un nouveau et qu’il n’améliorera plus depuis qu’il a été battu à Wimbledon au deuxième tour l’année dernière. Idem pour son record de demies finales consécutives à l’US Open : 12, un record qui n’est pas près d’être battu celui là. On peut simplement regretter qu’il n’ait pas eu un bon service. Si tel avait été le cas, il eut été une machine de guerre quasi imbattable durant une décennie…

  2. Sylvie 6 mai 2014 at 21:34

    Merci de nous offrir un extrait de cet ouvrage. Cela donne envie. Déjà pour commencer c’est très bien écrit, très vivant et exempt des « tics » journalistiques si envahissants de nos jours. Ensuite on apprend plein de choses et pour ceux qui ont connu Jimbo, on retrouve bien le personnage et le vécu de certains matches.

  3. Marc Gdalia 6 mai 2014 at 22:09

    Salut Antoine,

    Je suis ravi de retrouver la famille 15-love et d’y croiser aussi quelques fins connaisseurs de l’époque Sportvox, dont toi, Colin, Marie-Jo et tant d’autres faites partie.

    Nos analyses convergent totalement sur Jimbo, que ce soit sur son jeu, son empreinte historique majeure ou sa capacité à briller sur terre battue. Dans les passages qui entourent le cliché sur la volée de revers à deux mains, cette première partie s’est attachée à décrire, dans une veine assez proche de la tienne, l’unicité de son registre sur le plan technique et tactique. Ton commentaire déflore en outre des aspects importants, qui seront eux-mêmes évoqués en conclusion de la seconde partie : sa régularité ahurissante au plus haut niveau, ou encore la filiation naturelle entre Andre et Jimmy.
    Tu y retrouveras aussi certaines des statistiques exceptionnelles que tu mentionnes (12 demi-finales consécutives à l’US Open, 27 quarts de finale d’affilée dans les tournois majeurs auxquels il a pris part durant dix années). Pour autant, les fiches records insérées en fin de portrait dans l’ouvrage (que tu vas consommer sans modération…) ne sont, hélas, pas transposables sur la Toile. En l’espèce, celle de Connors comprend pas moins de 61 records, ses 12 saisons de rang terminées dans le Top 3 du classement ATP ou ses 16 qualifications pour le Masters de fin d’année, dont 14 consécutives (entre 1972 et 1985), n’étant pas les moindres…

    Une autre remarque amusante sur ce sujet : le flou artistique qui entoure les chiffres mis en ligne par le site de l’ATP. Chacun s’accorde, par exemple, à attribuer à Connors 109 titres officiels.

    http://www.atpworldtour.com/Tennis/Players/Co/J/Jimmy-Connors.aspx

    Pour autant, depuis de nombreux mois, une autre page du même site ATP lui en attribue curieusement un 110e…

    http://www.atpworldtour.com/Tennis/Players/Co/J/Jimmy-Connors.aspx?t=tf

    Quant à son nombre de matchs gagnés en carrière, il a fluctué entre 1 242 et 1 253 sur ce site de l’ATP au cours des dernières années. Heureusement que, en l’espèce, d’autres sources (l’ATP World Tour Media Guide, l’encyclopédie de Bud Collins…) fournissent des indicateurs plus stables, plus exhaustifs et donc sensiblement plus fiables.

    Je remercie également Sylvie pour son sympathique commentaire.

    En réponse à mon ami Colin (sur l’article précédent), les critères de sélection et de classement relatifs aux matchs de légende se sont affinés au fil de la rédaction du livre. Je révèle enfin un autre détail sur le sujet : les 16 matchs se décomposent en deux sous-parties, l’une que l’on a qualifiée « Chefs-d’œuvre absolus » (7 opus), l’autre « Au bout d’eux-mêmes » (9 duels). Dans cette dernière, l’on retrouvera des rencontres dont la qualité de jeu ne fut pas toujours l’élément le plus prégnant, mais qui ont marqué l’histoire parce qu’elles ont fait voler en éclats certaines limites, connu un déroulement insolite ou véhiculé une intensité dramatique hors norme… De la sueur, du sang et des larmes, en somme…

    • MarieJo 6 mai 2014 at 22:19

      c’est sympa qu’à l’occasion de la sortie du livre nous t’ayons récupéré sur le site, même si je sais que tu as peu de temps, la promo du bouquin est semble-t-il dévorante, et j’en sais quelque chose !

    • Antoine 8 mai 2014 at 23:01

      Hello Marc,

      Salut à toi et félicitations pour l’ouvrage que je vais bien sur commander. Je vois que nous sommes donc effectivement bien en phase sur Jimbo..Tu cites un des livres de Collins. Pour ma part, je n’ai que The Bud Collins History of Tennis et j’aimerais bien ton avis sur celui que tu cites.

      Sur les statitiques, je ne suis pas surpris que l’ATP s’y perde car ils ont modifié à plusieurs reprises leur appréciation concernant certains tournois du passé, les considérant a postériori comme des tournois officiels ou l’inverse..Or la question est plus complexe qu’il n’y parait vu d’aujourd’hui en particiulier pour des tournois round robin sur invitation quand figurent certains des meilleurs joueurs du monde au début ou au milieu des années 70. Beaucoup plus difficile de déterminer combien Laver ou Rosewall ont gagné de tournois. Pour Laver, on parle de qq chose comme 185 tournois, ce qui vous pose un palmarès..

      • Marc Gdalia 9 mai 2014 at 11:24

        Merci encore pour tes commentaires, Antoine. Pour répondre à ta question, l’ouvrage de Bud Collins auquel je faisais référence est le même que le tien : History of tennis, an Authoritative Encyclopedia and Record Book. Une somme remarquable de 760 pages, publiée en grand format, qui a constitué l’une des nombreuses sources de référence du livre. Largement accaparé par la rédaction des Monuments au cours des dernières années, j’ai d’abord utilisé ce document comme une base de recherches et de recoupements d’informations, en particulier pour nos annexes statistiques. Mais, comme tu le sais, il regorge d’histoires intéressantes, notamment sur les années folles, avec des figures aussi marquantes que Lenglen ou Tilden, par exemple.

        • Antoine 10 mai 2014 at 12:14

          J’ai pour ma part l’édition de 2008. Je m’était très largement appuyé dessus pour écrire mon article en t parties sur l’histoire du tennis pro avant l’ère Open qui figure dans les archives du site.

          Le père Colins qui a plus de 80 piges est le doyen des jiurnalistes de tennis. C’est lui qui pose la première question lors du seul tournoi (sauf erreur de ma part) qu’il continue à suivre, à savoir Wimbledon of course…

          Tilden is the Goat !

  4. MarieJo 7 mai 2014 at 10:57

    connors, c’est carrément une autre époque pour moi… si je l’ai vu jouer c’est peut être en 91 contre chang à RG, à la TV !
    bref, ce genre de portrait permet de se faire une idée plus précise du bonhomme. je pense qu’il representait aussi tout ce l’amérique pouvait incarner à une époque, avec cette arrogance pleinement assumée…
    le type de mec qui te dit direct : je m’appelle connors et je t’emmerde ! mais en même temps le gars a un bon fond qu’il ne veut pas montrer : c’est qu’il a une réputation a tenir…

  5. Geô 7 mai 2014 at 15:41

    Bonjour « cher ami de l’époque Sportvox » Marc Gdalia. J’ai bien reçu ton mail collectif et je t’en remercie. Néanmoins quand tu dis: « j’ai le plaisir de vous faire part d’une surprise de taille », pourrais-tu me préciser de quelle surprise s’agit-il?

    • MarieJo 7 mai 2014 at 16:32

      ben t’es pas un peu moqueur toi ?

    • Geô 7 mai 2014 at 18:02

      Non, j’ai cru un instant qu’il s’agissait de mail…ing, mais c’est impossible, nous sommes entre amis.

    • Colin 7 mai 2014 at 18:36

      Ah ben moi je ne l’ai pas reçu ce mail collectif, dommage car j’aime bien ça les surprises de taille !

  6. Colin 7 mai 2014 at 19:22

    Comme c’était le joueur que j’exécrais, je le connais très bien et trouve ce portrait excellent.

    Certes son revers était une merveille, mais le reste de ses coups n’avait rien d’enthousiasmant. Mais surtout sa personnalité me hérissait. Donc, c’était un joueur que j’adorais voir perdre, j’ai notamment pris mon pied lors de sa défaite en quarts de Roland ’83 face à Roger-Vasselin père, lequel usa d’une tactique bien affreuse à base de balles molles, sans rythme et sans hauteur, à mi-court (tactique mise au point par Caujolle en 1980 et qui avait bien marché pendant 2 sets, avant que Jimbo se reprenne et boucle le match en 5 sets).

    Ce qui m’insupportait le plus chez lui, c’était son absence de fair-play et son mépris affiché pour ses adversaires. Ah oui, également, son obsession pour l’argent et son côté « individualiste forcené », la somme de ces deux caractères engendrant une aversion profonde pour la Coupe Davis (saleté d’épreuve toute pourrie qui ne rapportait pas un centime et où il fallait partager la gloire -ou la défaite- avec d’autres, beurk).

    Le fait qu’il traite Lendl de poule mouillée en 1980 n’était jamais que du dépit… Il venait de se faire avoir comme un bleu-bite, par un jeune joueur encore moins fair-play et encore plus obsédé par la victoire que lui, sauf que dans le cas de Lendl, c’était la victoire finale qui comptait (ça passait par une demie contre Mayer), qu’importe s’il fallait pour cela lâcher un match en poules.

    Bon, après 1985 j’ai cessé de le détester et j’ai même presque fini par l’apprécier un peu même si son côté « tête de con arrogant » n’a jamais totalement disparu.

    Récemment j’ai entendu une interview de Dustin Hoffman qui expliquait que Connors était son ami depuis 40 ans… Ça m’a fait bizarre d’entendre ça de la bouche d’un de mes comédiens favoris, depuis 40 ans aussi.

  7. Kaelin 8 mai 2014 at 12:50

    Vraiment excellent ! Moi qui du fait de mon âge connait très peu le tennis de cette période, j’adore. C’est très plaisant à lire cet extrait. Vivement l’obtention du bouquin !

    ps : une sacrée tête de con ce Jimbo, je crois que j’aurais eu du mal à l’apprécier à l’époque :D.

  8. Elmar 8 mai 2014 at 13:16

    Moi j’ai jamais pu l’encadrer, Jimbo. D’une part, il a le jeu le plus moche de ces 40 dernières années, à égalité avec Ginepri. D’autre part, c’était une vraie tronche de con.

    Mais magnifique papier néanmoins. Hâte d’avoir le bouquin entre les mains.

  9. Patricia 8 mai 2014 at 14:05

    J’ai enfin pris le temps de savourer ce portrait extrêmement riche, quel tour de force de conserver une certaine fluidité dans un texte à ce point saturé d’informations ! C’est comme les boules stroboscopiques des discothèques, une quantité invraisemblables de facettes ordonnées autour du centre du système solaire (un euphémisme à ses yeux, certainement), Jimmy Connors…

    Il fait un bon méchant, c’est sûr… Egocentrique jusqu’à la psychose, l’anti-joueur et l’absolu-combattant qui puise ses mille vies dans un besoin d’antagonisme nourri au scandale, destiné à polariser le centre de la scène ; un shérif, un empereur romain mégalo, un vieux gamin gâté tyrannique, une vieille pute du show biz… qui ne l’empêche sans doute pas d’avoir ses côtés sympas en coulisses, mais on ne se refait pas… L’élégance ne passera pas par lui, il pourrait y souffrir la concurrence. Tout ça est un rôle de composition, bien sûr, auquel il s’identifie tellement qu’il ne peut plus enlever le costume… Côté positif, la fraîcheur de l’anti-conformisme, la vigueur du populo iconoclaste, le plaisir de voir l’hypocrisie et l’auto contrôle social en prendre pour leur grade.

    La figure de Borg comme superstar ultime du tennis est souvent mise en avant, mais à l’évidence Connors est déjà une rock star dans l’âme, et une figure essentielle du panthéon : le méchant de catch qui fait pendant au chevalier blanc… Borg est Beatles, MacEnroe Rolling Stones, Connors est Metallica… comme sa raquette !

    • Colin 8 mai 2014 at 20:12

      Borg est Beatles, MacEnroe Rolling Stones, mais Connors n’est pas Metallica car Metallica est un groupe, et impossible d’associer Connors à un groupe. Pour moi ce serait plutôt James Brown, talent immense mais égo hypertrophié, caractère imbuvable et rapport maladif au fric (à chaque fois qu’un de ses musiciens faisait une fausse note en concert, il lui retenait 10$ sur ses gages de la soirée)

      • Patricia 8 mai 2014 at 22:52

        Oui mais regarde la guitare sur « seek and destroy » ! (Kill ‘em aaaalll!);-)

      • Patricia 8 mai 2014 at 22:58

        Je savais pas pour Brown, c’est tout à fait Ray Charles aussi !

  10. Montagne 8 mai 2014 at 20:03

    Je suis de la génération qui a vu jouer Connors.
    J’ai toujours été très partagé sur le joueur et sur le bonhomme.
    Le fait qu’il vienne mettre une ambiance « grande gueule » et garçon mal élevé dans un sport à l’époque encore très policé n’était pas pour me déplaire.
    La façon de haranguer le public et de détester celui qui comme il disait « essayait de me piquer des dollars de l’autre côté du filet » ça me faisait bien marrer.
    De plus je m’identifiais bien à son jeu de bagarreur, sans grand service, mais avec ses balles rasantes, je le préférais aux lifteurs fous de l’époque.

    Oui, j’aimais, comme chez Mc Enroe, l’ambiance rock n’roll qu’ils sont venus metre au milieu des glaçons suédois.

  11. JoAkim 9 mai 2014 at 00:03

    J’ai commencé à me passionner pour le tennis vers la fin des années 70 au début de la rivalité Borg/McEnroe. Ces duels entre deux jeux si différents me fascinaient. Les nerfs d’acier et les passings de génie de Borg. Le volcan caractériel et les volées de génie de McEnroe. Ne voyant quasiment que des matchs de Roland Garros et des résumés des Borg/McEnroe de Wimbledon et us open, Connors n’existait alors pour moi que par ce que m’en disait des connaissances un peu plus âgées que moi qui avaient connus sa période au sommet du tennis mondial. Et puis enfin je l’ai vu joué contre Pecci en 79 à Roland Garros. Le choc fût immense. Il est devenu instantanément mon joueur préféré. Sa combativité hors du commun, son retour de service, son revers à deux main génial (si si ça existe) et son coup droit complètement merdique. J’étais tombé amoureux. A partir de cette date, je n’ai manqué aucun de ses grands matchs suscités. Mon préféré : la finale de Wimbledon 1982. Le match qui signait le premier des nombreux come back de celui qu’on appelait déjà le vieux lion. McEnroe venait juste d’envoyer Borg à la retraite et de se hisser au sommet mondial. C’en était trop pour Jimmy qui enchaîna Wimbledon et Us Open. Il aurait d’ailleurs du finir n°1 mondial cette année là.
    Ah Connors et Flushing, c’était quand même quelque chose. Aucun autre joueur n’a jamais été autant indissociable d’un tournoi du GC. C’était plus fort que Sampras/Wimbledon, Federer/Wimbledon et Nadal/Roland Garros réunis !!!
    J’adorais voir jouer McEnroe, Becker est devenu plus tard mon joueur préféré, Je suis FFF à m’en faire vomir mais Connors… Connors, c’était plus que du tennis, c’était Connors quoi !
    Tout ça pour dire que j’ai dévoré ce texte avec délectation et que je suis déjà en train de remuer ciel et terre pour me procurer ce bouquin plus que prometteur.
    D’ores et déjà bravo et merci aux trois auteurs.

    Pour finir, n’en déplaise à Agassi qui vient de déclarer que Nadal était le plus grand joueur de tous les temps, plus fort que Federer parce qu’il a gagné quasiment tout ses titres pendant ce qu’il nomme l’âge d’or du tennis (si j’ai bien compris Dédé la période 2007 à maintenant, c’est à dire depuis l’arrivée de Djoko dans le top 3).
    Bon Dédé, faut se calmer un peu. Que Nadal soit plus fort que Federer, je ne suis évidemment pas d’accord, mais on peut encore en discuter, par contre l’âge d’or du tennis : la période Big Four… Faut pas déconner André ! L’âge d’or du tennis c’était fin seventies et années 80… Connors, Borg, McEnroe, Wilander, Edberg, Becker et même si ça fait mal Lendl… voilà l’âge d’or du tennis.

    • Geô 9 mai 2014 at 18:49

      Il faut replacer les propos d’Agassi dans son contexte. Quand il parle d’âge d’or (a-t-il seulement employé cette expression dans la VO?), il veut parler du niveau atteint par les joueurs d’aujourd’hui. En cela, ses propos confinent à la banalité. Quoi qu’on puisse en penser, au-delà de toute considération esthétique, les joueurs de la génération actuelle sont plus forts que la précédente et moins que la suivante, du fait de l’évolution du matériel, du physique, etc. Il suffit de regarder des images d’archive, plus c’est loin, plus c’est lent.

  12. Antoine 9 mai 2014 at 09:29

    Je suis frappé par le fait que certains trouvent son jeu moche (Elmar) ou ecrivent que son coup droit était merdique (Joakim). Sur le prelier point, le caractère esthétique est affaire personnelle mais j’ai du mal à trouver qq chose de laid dans son jeu, hormis son service qui est un mix entre celui de Vilas et de Nadal. Il n’y avait aucune fluidité dans le geste qui n’est pas naturel. Son déplacement et son petit jeu de jambes étaient parfait et cela valait mieux pour lui, vu la prise de risque, avec ses coups à plat ou légèrement slicés. Son coup droit merdique est un mythe. Il avait un très bon coup droit qui ne souffre que la comparaison avec son revers, le plus efficace et le plus esthétique des revers à des mains de mon point de vue, devant celui de Safin.

    Le seul problème qu’il avait avec son coup droit est qu’il pouvait difficilement attaquer une balle courte qui rebondissait peu et quin’avait pas de vitesse sans risquer une faute en longueur ou la mettre dans le filet. Ashe puis Orantès l’avaient percè dès 75, Borg en usa à Wimby à partir de la finale de 78, autrement dit Caujolle en 80 à Roland fut loin d’etre un précurseur. Tout le monde savait que c’était son point faible. C’est aussi pour celà que cette tactique marchait beaucoup moins bien sur dur. Il a perdu pas mal de matchs avec cela, mais c’était lin d’etre un coup merdique. D’ailleurs, il tournait souvent son revers pour frapper en coup droit. Et puis, il fallait tenir le rythme durant trois sets. Or, dès 73, c’est à dire à ses débuts (1er quart à Flushing, battu par le futur vainqueur Newcombe en 4 sets), Ashe disait à juste titre qu’avec Jimmy, on avait une demie seconde de moins..

    Sinon, je suis d’accord pour dire que la période 78-82 est celle ou la concurrence au sommet était particilièrement vive, avec 3 super champions au top en meme temps. Quand on compte les GC, ce que l’on ne faisait pas alors et d’ailleurs pas avant que Sampras établisse son record, il faut en tenir compte, de même que tenir compte du fait qu’ils n’en disputaient que trois et non quatre.

    • Elmar 9 mai 2014 at 19:50

      Ha, mais désolé mon cher Antoine, mais Connors, je peux tout simplement pas. Je reconnais que je ne l’ai que peu vu jouer en live, et surtout jamais du temps de sa gloire.

      En revanche, j’ai pas mal maté ses matchs de légende a posteriori, notamment à l’US Open. Alors c’est vrai qu’il savait comme personne mettre le feu dans un match et jouer avec le public. Mais le voir une raquette en main, c’est une putain de souffrance.

      Avec sa tête rentrée dans ses épaules et ses gestes étriqués, je n’ai jamais compris comment il a pu ses créer un tel palmarès. On lit souvent que son coup droit était pas terroche. Mais putain, c’est un doux euphémisme! Il accompagne la balle et finit son geste à peine l’impact terminé, c’est franchement horrible.

      Si cela s’arrêtait là, on pourrait lui pardonner. Mais non, la légende prétend que son revers était vachement bon. Alors efficace, peut-être, hein, le mec a pas perduré avec que des coups de crabe, mais son revers, c’est le truc le plus moche au monde, plus moche encore que Ginepri, et je pèse mes mots. La vidéo avec la meilleure qualité pour se rendre compte de l’horreur absolue de son jeu : https://www.youtube.com/watch?v=yEFvYMpuJLI
      Donc, je décris le mouvement: Jimmy voit la balle arriver et commence par RECULER de plusieurs pas; ensuite, il tient sa raquette comme une poêle à frire, avance son épaule gauche comme font les mamies septuagénaires qui apprennent à jouer, plie ses bras comme ce crabe de Hewitt, sans amplitude, frappe la balle et retient la fin du geste sans traverser ladite balle.

      Tudieu. Je crois que je vais montrer la vidéo à mes gamins pour leur montrer ce que je ne veux pas voir sur un terrain. C’est tellement laid que j’ai l’impression de m’être fait violer par une douzaine de bikers sortis de Police Academy.

      Quand on a vu ça, on ne regarde plus le tennis de la même façon. La pureté originelle est à jamais souillée, comme le cul d’une bouteille de bière qui aurait servi de cendrier dans une soirée enfumée.

      Nadal à côté est un esthète, un chantre du beau jeu et caresse la balle tel un Michel-Ange de la raquette.

      Rhhaaa… au secours, je me sens sale. Que tous les dieux de l’univers me viennent en aide pour purifier mes yeux qui ont dû subir cela.

      Antoine, t’as craqué non? Comment on peut ne pas trouver cela laid? Dans mon pandiabolon, Connors a pris la 1ère place devant Ginepri et Nadal.

      • Patricia 9 mai 2014 at 22:00

        hihi, j’ai regardé la vidéo… bon c’est sûr que ça dégage de la raideur et que la fin de geste fait poêle à frire.
        J’y connais rien en technique, mais tout de même celui de Marat me paraît plus sain : https://www.youtube.com/watch?v=iJhbvEVX1NU

        Un que j’aime voir en match, peut être moins académique, celui de Gulbis : https://www.youtube.com/watch?v=K1th6F__dsY

      • Elmar 9 mai 2014 at 22:22

        Ah ben voilà du beau revers à deux mains. Moi je kiffe le revers de Gilles Simon. Un peu coulé, il passe tout seul, comme un petit limoncello.

        J’ai cru défaillir quand j’ai lu qu’Antoine préférait le revers de Connors à celui de Marat.

      • Antoine 10 mai 2014 at 12:35

        Non mais tu te fous vraiment de la gueule du monde ? Tu oses poster une vidéo de 2007 alors que Jimmy avait 55 piges !

        C’est vraiment n’importe quoi. Ta descrption aussi. D’abord, il arrive, et c’est même recommandé, de reculer si on en a le temps, pour pouvoir ensuite avancer au moment de l’impact et frapper à pleine puissance. Ensuite, il ne tient pas sa raquette comme une poelle à frire car sa prise n’est pas fermée, au contraire. Il la tient comme une batte de basball et son revers est un grste de baseball. S’il commence par fléchir les bras, c’est pour utiliser une partie de la puissance dégagée lorsdu déploiement qui s’ensuit, comme un élastique que l’on a tendu. Au moment ou il frappe laballe, les bras sont en co.plète extension, et il accompagne la balle leplus longtems possible et se jetant en avant tout enimprimant une très forte rotation de tout le corps, qui donne cette impression de fauve si caractéristique lorsqu’il fait un revers décroisé et qu’il monte derrière. Non seulement, il traverse la balle, mais l’accompagnement est si long qu’il lui arrivait de modifier la direction au dernier moment et de frapper croisé, une es raisons pour lesquelles son revers était si efficace et demeure un modèle du genre.

        Berf, tu divagues complètement mon pauvre Elmar et plutôt que de regarder xesvidéos frelatées, je t’invite plutôt à regarder les archives de l’INA. Il y en a une faite parde Kermadec ouon voit tout le muvement au ralentis, en même temps que celui de ses pieds. On comprends mieux après.

  13. Montagne 9 mai 2014 at 20:01

    Moi, ce que j’aime chez Elmar c’est le sens de la mesure pour parler du jeu d’un mec qui a aligné 109 (110 ?) tournois, dont 8 grands chelem.
    On dirait le gardien du stade parlant d’un joueur de quatrième série…

  14. Marina 9 mai 2014 at 20:40

    J’ai enfin pris le temps de lire cet article et c’était un plaisir. J’aime beaucoup le style d’écriture qui rend la lecture passionnante.
    Concernant Jimmy Connors, je n’ai pas grand chose à dire, il a pris sa retraite alors que j’étais encore dans le berceau. Mais je suis assez fascinée par son portrait. « Je ne suis pas là pour respecter mon adversaire. Je suis là pour l’humilier. » Quelle arrogance provocatrice. Je me demande comment ces propos étaient reçus par les autres joueurs et le public. J’essaie d’imaginer un joueur actuel tenant un tel discours.

    Je me suis souvent demandé si les fans de tennis ayant connus toute cette époque des Connors, McEnroe, Lendl etc.. préféraient le tennis d’avant ou celui d’aujourd’hui?

    • Montagne 10 mai 2014 at 11:31

      Fan de tennis ayant connu cette époque, pet-être préférais-je celui de Connors et Mc Enroe (plus que Borg ou Wilander), mais probablement parce que c’était ma jeunesse et j’avais plus de jambes pour tenter de m’identifier à eux sur les courts.
      Mais j’ai beaucoup aimé Becker et Edberg (surtout Edberg et sa volée de revers), j’ai toujours eu une grande admiration pour Mecir, l’homme aux gestes si déliés et aux coups les plus justes.
      Comme actuellement j’aime Federer, à vrai dire, c’est le tennis à travers les époques que j’aime avec ses évolutions et son universalité.

    • Elmar 10 mai 2014 at 12:24

      Je n’ai pas connue l’époque dorée Mc et Borg mais je suis venu au tennis avec Edberg et Becker. A mes yeux, je suis en train de vivre la fin de ma 3 ème génération de joueurs et le début de la 4 ème (en gros: Edberg-Becker, puis Sampras-Agassi, puis Feder-Nadal, bientôt Dimitrov-Thiem?). Évidemment, ca ne résiste pas à une analyse poussée, c’est plutôt la manière dont j’ai vécu le tennis de ces 25 dernières années.

      En tous les cas, je serais incapable de procéder à une hiérarchie. Edberg était magique sur un terrain, il a bercé mon imaginaire d’enfant de la balle; la génération Sampras a vu le jour quand j’étais ado et il y avait une forme de fascination; ce sont aussi mes premières night sessions, à l’USO et à l’AO; et Federer a été tellement proche de moi (contemporain absolu, compatriote, même jeu haha) que l’identification a marché à plein pendant pas mal d’années.

      Et puis je dois dire qu’actuellement, je prends plaisir à suivre la génération montante.

      Au final, la passion du tennis semble l’emporter sur les joueurs. Les joueurs passent; le jeu reste.

  15. May 10 mai 2014 at 17:02

    Il est vraiment impressionnant ce Bautista-Agut. La génération des moins de 23 ans a fait un travail mental énorme afin d’aborder enfin les matches puis les tournois pour gagner quel que soit le joueur en face. Fini de leur faire la révérence.

info login

pour le login activer sur votre profil la barre d'outils

Demande d’inscription

contactez-nous à : 15-lovetennis@orange.fr

Archives

Commentaires récents

Suivez nous sur Twitter

@15lovetennis