Qui est le pire vainqueur d’un tournoi du Grand chelem ?

By  | 24 avril 2014 | Filed under: Regards

One shotsVoici quel­ques temps, cer­tains 15lovers chev­ronnés relançaient le vieux débat du « Qui est le meil­leur joueur à n’avoir jamais tri­omphé en Grand chelem ? » Et de re­ssor­tir Mecir, Cor­ret­ja, Philip­pous­sis au cat­alogue des per­dants mag­nifiques. Il m’est alors venu l’idée d’in­vers­er le miroir, pass­er juste de l’autre côté de la vitre en s’intéres­sant à cette ques­tion, haute­ment fon­damen­tale : quel est le « pire » vain­queur d’un tour­noi du Grand chelem ? Le plus mauvais, le plus in­at­tendu, qui n’a con­firmé ni avant, ni après ; celui dont le nom fait le plus tâche et qui – peut-être – n’a pas sa place dans les pal­marès…

Soucieux de ne pas en­tr­er dans la spirale sans fin d’Australiens de secon­de zone titrés à la maison avant l’ère Open (le « vrai » plus mauvais champ­ion se nomme peut-être bien Wil­liam Bow­rey, lauréat du tout de­rni­er Grand chelem l’avant ouver­ture des Majeurs aux pro­fes­sion­nels), on se li­mitera ici à l’ère Open. Pas d’inquiétude : le cat­alogue est déjà pro­met­teur. C’est parti ! Com­paru­tion immédiate de nos huit prévenus, chacune étant as­sor­tie des plaidoi­ries du pro­cureur et de l’avocat de la défense. A vous de juger.

  • Mark Ed­mondson (Open d’Australie 1976)

Ac­cusa­tion : le vain­queur d’un Grand chelem le plus mal classé de l’his­toire : 212e. A ce point-là, on ne peut plus parl­er de coup de chan­ce, mais bien de vaste blague. Une fumis­terie. Une sorte de bûcheron semi-professionnel qui réussit le casse du siècle en pro­fitant du fait que l’Open d’Australie soit boudé par les meil­leurs. Quel champ­ion digne de ce nom voud­rait vrai­ment aller pass­er Noël à l’autre bout du monde, au milieu d’une horde de serveurs-volleyeurs sans talent ? Le tab­leau de Mark Ed­mondson dans son Open d’Australie vic­torieux, en 1976, est un cham­pion­nat nation­al, cer­taine­ment pas un Open in­ter­nation­al : hor­mis un touris­te aut­richi­en égaré là au pre­mi­er tour, il affron­te quat­re com­pat­riotes et un voisin néo-zélandais. Et ce ne sont pas les vieil­lissants Ken Rosewall et John New­combe, ses vic­times en demie et fin­ale, qui re­haus­seront la portée de ce titre du Grand chelem au rabais.

Défense : le vain­queur d’un Grand chelem le plus mal classé de l’his­toire : 212e. A ce point-là, on ne peut plus parl­er de coup de chan­ce, mais bien de per­for­mance. Un re­cord amené à re­st­er dans les an­nales. Qui plus est sans maîtris­er les codes d’un milieu pro­fes­sion­nel qu’il ne con­nais­sait guère, seule­ment âgé de 21 ans et sans vérit­able repères sur le cir­cuit. Con­ver­tir l’essai dès sa troisiè­me ten­tative en Grand chelem, chapeau ! Sur­tout en bat­tant en fin­ale un cer­tain John New­combe. Facile à battre, le tri­ple vain­queur de Wimbledon, sous prétexte qu’il n’était plus tout jeune ? De­man­dez à Jimmy Con­nors ce qu’il en pense : à peine douze mois plus tôt, le n°1 mon­di­al avait été vic­time du « vieux » en fin­ale de « son » tour­noi austr­al. Sur­tout, il est temps de cor­rig­er cette légende ur­baine voulant qu’Ed­mondson ait été l’homme d’un seul tour­noi : c’est faire peu de cas de ses deux aut­res demi-finales en sim­ple en Grand chelem, à l’Open d’Australie en 1981 et sur­tout à Wimbledon en 1982, où il avait battu rien moins que Ramesh Krishnan et Vitas Gerulaitis. Im­pos­sible enfin de faire l’im­passe sur son pal­marès en doub­le, à une époque où la dis­cip­line jouis­sait d’une vraie re­nommée : avec ses quat­re Opens d’Australie et son Roland-Garros, le pal­marès de Mark Ed­mondson est bien celui d’un grand de son époque.

  • Brian Teach­er (Open d’Australie 1980)

Brian TeacherAc­cusa­tion : dif­ficile de sauv­er Brian Teach­er, deuxième, voire troisiè­me co­uteau du ten­nis américain des années 1980. Cap­able de coups d’éclats, l’homme est avant tout un loser de fin­ales, dont l’ul­time para­doxe est d’avoir re­mporté la plus im­por­tante qu’il ait dis­puté. Enfin, « im­por­tante »… Paul McNamee, Peter McNamara et Kim War­wick n’avaient rien de foud­res de guer­re just­ifiant d’élever l’Open d’Australie à un statut plus im­por­tant que les fin­ales à Syd­ney ou Hong-Kong déjà at­tein­tes par le prévenu. Pas grand-chose donc à sauv­er chez un joueur dont on a même oublié qu’il a un jour re­mporté un Grand chelem : si tout le monde se souvient des ar­naqueurs Ed­mondson (voir ci-dessus) ou Kriek (voir ci-dessous), Teach­er est tout simple­ment passé aux oub­liet­tes de l’His­toire.

Défense : la carrière de Brian Teach­er au som­met a été brève. Mais que dire de son année 1980 ? Son titre à l’Open d’Australie, uni­que Grand chelem à son pal­marès, est un mag­nifique point d’orgue a une saison ab­outie, qui le por­tera jusqu’au 7e rang mon­di­al. Aux anti­podes, Teach­er dis­pute en effet sa sixième fin­ale de l’année, la cin­quiè­me con­sécutive, après Hong-Kong, Taipeh, Bangkok et Syd­ney. Il n’en a à ce mo­ment re­mporté aucune, cer­tes, mais il monte claire­ment en puis­sance. Sur cette seule année 1980, son tab­leau de chas­se af­fiche les scalps d’Ivan Lendl, Stan Smith, Ilie Nas­tase, Ros­coe Tann­er, Raul Ramirez, Yan­nick Noah, Peter McNamara… Sans même parl­er de ses six tour­nois re­mportés en doub­le cette saison-là. Au som­met de sa carrière à 26 ans, le seul re­proc­he que l’on puis­se faire à Brian Teach­er est de n’avoir pas con­firmé en­suite, malgré des quarts de fin­ale réguli­ers en Grand chelem jusqu’à 1982. Mais en ce qui con­cer­ne sa faste saison 1980, son titre à l’Open d’Australie n’est ab­solu­ment pas immérité… tout comme sa présence au Mast­ers de fin d’année.

  • Johan Kriek (Open d’Australie 1981-1982)

Ac­cusa­tion : la même que pour les précédents, puis­sance deux : avoir chipé deux tit­res du Grand chelem en pro­fitant de la déser­tion des meil­leurs. En pioc­hant parmi les plus re­dout­ables ad­versaires re­ncontrés par le Sud-Africain en deux édi­tions, on ne par­vient même pas à faire un Mast­ers 1000 cor­rect : Chris Lewis, un tout jeune Tim Mayot­te, Paul McNamee, Mark Ed­mondson et, à deux re­prises en fin­ale, Steve De­nton. Le li­st­ing se passe de com­men­taires et ne néces­site guère plus de plaidoirie. Si l’on étend à l’en­semble de sa carrière, le CV de Kriek est à l’image de son par­cours lors de ses deux tri­omphes à l’Open d’Australie : du chiffre, mais pas de qualité. En 12 aut­res tit­res re­mportés durant près de 15 années de carrière, aucune co­uron­ne not­able. Des Li­vingston, Sarasota, Bris­tol… Tous sur sur­face très rapide, comme pour oub­li­er que son uni­que demi-finale à Roland-Garros, ac­qu­ise grâce à un walk-over de Yan­nick Noah en huitièmes, s’est con­clue par une déculottée face à Ivan Lendl… qui lui, pour le coup, n’avait même pas jugé néces­saire d’ôter son bas de sur­vête­ment.

Défense : D’abord, deux Grands chelems. Deux. Pas un. Hors, par défini­tion, un « one shot » ne réalise de « coup » qu’une seule fois. Johan Kriek, lui, l’a re­fait. Il n’y a pas de hasard. Le Sud-Africain était bien le meil­leur des joueurs présents. Tant pis si les meil­leurs préféraient jouer des ex­hibs dans le même temps. Comme l’a dit Vilas, qui a doublé son pal­marès en Majeurs grâce à l’Open d’Australie, « l’his­toire me don­nera raison ». Par ail­leurs Johan Kriek présente une toute autre con­stan­ce en Grand chelem que la plupart des joueurs présents ici : outre une troisiè­me demi-finale à Mel­bour­ne, en 1984 – il y bat un cer­tain Pat Cash, 11e mon­di­al en pleine as­cens­ion – il at­teint égale­ment les demi-finales de Roland-Garros en 1986 en bat­tant Guil­lermo Vilas, et sur­tout les demi-finales de l’US Open en 1980, ne s’inclinant qu’en cinq sets face au n°1 mon­di­al Björn Borg. A un quart de fin­ale près à Wimbledon (1981 et 1982, à chaque fois battu par John McEn­roe), il ne lui man­que donc qu’un match pour avoir at­teint le de­rni­er carré de tous les tour­nois du Grand chelem. Un ab­outis­se­ment aut­re­ment plus dif­ficile à réalis­er dans les années 1980 que de nos jours. Qu’on le veuil­le ou non, le Sud-Africain est un joueur mar­quant des années 1980, décen­nie relevée s’il en est.

  • Yan­nick Noah (Roland-Garros 1983)

Yannick NoahAc­cusa­tion : Un chan­teur au pal­marès de Roland-Garros… Et pour­quoi pas con­sidér­er que Bob Sinclar a gagné les In­ter­nationaux de Fran­ce 2011, 2012 et 2013 sous prétexte que ses sets sur le Centr­al ont lar­ge­ment plus am­biancé le tour­noi que Rafael Nadal et ses sem­piter­nels tirages de slips ? Un peu de sérieux, s’il vous plaît : il faut avoir fumé de l’herbe pour af­firm­er avoir vu un rasta se ruer au filet de Roland-Garros en chan­tant « Saga Af­rica » tan­dis que, de la main gauc­he, il ten­tait ac­robatique­ment de soign­er une bles­sure au pied avec un laser. Si en­core vous lui ajoutiez une mous­tache, on com­prendrait la con­fus­ion avec Man­sour Bah­rami, mais là… Yan­nick Noah n’est rien d’autre qu’une légende ur­baine, con­coctée pour donn­er de la co­uleur des li­vres d’his­toire du ten­nis français restés bloqués au noir et blanc. Ou, comme l’a si bien dit un philosop­he qui s’est penché sur la ques­tion de­puis Bucarest : « Yan­nick Noah, pour nous, c’est un chan­teur, c’est tout. » Alors, tous en­semble, en­ten­dons la voix du sage et chan­tons avec lui.

Défense : Mon­sieur le juge, ceci est une sombre pro­voca­tion ! Yan­nick Noah ne saurait en rien être as­socié à des mal­faiteurs d’aussi piètre en­ver­gure que la broc­hette de Pieds nic­kelés ici présente ! Mon client a gagné Roland-Garros en bat­tant Ivan Lendl et Mats Wiland­er, rien moins que les deux hom­mes forts de la terre bat­tue des années 1980. Cette seule op­posi­tion écartée sur la route de son seul titre en Grand chelem suf­fit à le dif­féren­ci­er des aut­res per­son­nes com­parais­sant de­vant vous aujourd’hui. En outre, mon client a re­mporté plusieurs équivalents Mast­ers 1000, à com­menc­er par le pre­stigieux tour­noi de Rome. Notons enfin son statut de joueur trans­cendé par les grands matchs, bête noire notam­ment d’Ivan Lendl de­puis l’époque des cat­égo­ries de jeunes. Alors bien sûr, Noah est resté l’homme d’un seul Grand chelem. Mais on ne peut le blâmer d’avoir eu d’aut­res centres d’intérêts dans la vie et d’avoir pro­fité de sa jeunes­se… tout en main­tenant un niveau d’ex­cell­ence ayant fait de lui un par­ticipant as­sidu au Mast­ers une décen­nie durant. Et qui sait, sans cette satanée val­ise en mai 1986, peut-être Noah aurait-il doublé la mise à Roland-Garros…

  • An­dres Gomez (Roland-Garros 1990)

Ac­cusa­tion : onze ten­tatives avant de gagn­er enfin un tour­noi du Grand chelem. Roland-Garros 1980 – Roland-Garros 1990. Les in­dul­gents di­ront qu’Andres Gomez a été opiniâtre. Je préfère de mon côté in­sist­er sur le fait que, s’il a si longtemps échoué à Paris, sur une sur­face où il a pour­tant très tôt ac­cumulé les tit­res dans des tour­nois dits « caram­bars », c’est qu’il y avait bien une raison. An­dres Gomez avait in­déniab­le­ment le niveau pour gagn­er à Bor­deaux ou à Nice. Il l’a fait plus souvent qu’à son tour, d’ail­leurs. Mais pas à Roland-Garros. Les In­ter­nationaux de Fran­ce, c’est autre chose. Et quand on échoue dix fois avant les de­m­ies, cela délimite claire­ment des lacunes im­por­tantes et un man­que de car­rure. Cer­tes, Gomez a saisi sa chan­ce quand elle s’est présentée, con­tre un Andre Agas­si qui n’avait sans doute pas en­core l’en­vergure d’un vain­queur de Grand chelem. Tant mieux pour lui. Cela n’en fait pas pour autant un vain­queur légitime. Que n’aurait-on dit si David Ferr­er avait gagné Roland-Garros l’an de­rni­er en bat­tant un Grigor « Nar­cisse » Di­mit­rov ob­nubilé par son miroir en fin­ale…

Défense : si Ivan Lendl n’avait pas existé, qui sait quel­le carrière An­dres Gomez aurait pu connaître… Le Tchécos­lovaque a représenté le seul vrai cauc­hemar re­ncontré par le gauch­er de Guayaquil en quin­ze ans passés sur le cir­cuit. Le seul. Face aux aut­res grands de l’époque, il a toujours su tirer son épingle du jeu, en par­ticuli­er sur terre bat­tue. De­man­dez donc à Thomas Must­er et Andre Agas­si, ses vic­times le de­rni­er week-end à Roland-Garros en 1990, ce qu’ils en pen­sent. Agas­si en a même perdu ses cheveux et est de­venu chauve suite à cette défaite in­at­tendue en fin­ale. C’est le seul Lendl qui a privé Gomez d’une carrière plus re­ten­tissan­te en­core que son Roland-Garros et ses deux tit­res à Rome. Ce Lendl qui le bat 17 fois en 19 matchs. Ce Lendl qui lui barre quat­re fois l’accès aux demi-finales d’un Grand chelem (trois fois à Roland-Garros, une à l’US Open). Or un seul joueur ne saurait just­ifi­er ce procès in­tenté à mon client. Ou alors cela re­viendrait à re­ni­er à Roger Feder­er son statut de grand joueur de terre bat­tue sous prétexte qu’il y a souvent perdu ses fin­ales con­tre Rafael Nadal.

  • Thomas Johansson (Open d’Australie 2002)

Ac­cusa­tion : un titre du Grand chelem re­mporté sans affront­er le moindre Top 10 en chemin. Meil­leur ad­versaire re­ncontré : Marat Safin, en fin­ale, alors 11e à l’ATP. Et un Marat plus préoccupé par les trois blon­des pamela-andersoniennes dans son box que par l’ad­versaire de l’autre côté du filet. Cir­constan­ces aggravan­tes : même en gag­nant l’Australian Open cette année-là, l’autre ten­nisman suédois né à Vaxjö n’est pas par­venu à ter­min­er l’année dans le Top 10. Pire : 14e mon­di­al à la fin de la saison 2002, après un pic à la 7e place à l’été, il présente à la fois le pire clas­se­ment de fin d’année et le pire « rank­ing high » de tous les champ­ions du Grand chelem dans l’ère Open (à égalité avec Teach­er). Com­ment voulez-vous dans ces con­di­tions con­sidér­er que son titre austr­al ne relève pas d’un ac­cident pour un joueur cer­tes à sa place dans le Top 20 mon­di­al, mais cer­taine­ment pas pro­grammé pour soulev­er un jour la Coupe d’un tour­noi majeur ?

Thomas Johansson - Albert CostaDéfense : Thomas Johansson n’a peut-être pas gagné be­aucoup, mais il a gagné à bon es­cient : outre son sacre en Grand chelem, le Suédois possède égale­ment à son pal­marès une Coupe Davis (1998), un Mast­ers 1000 (Montréal 1999) et même une médail­le d’ar­gent olym­pique, en doub­le (2008). A noter aussi une demi-finale dans le plus pre­stigieux des Grands chelems, à Wimbledon (2005). Il avait alors eu balle de 2 sets à 1 con­tre Andy Rod­dick pour une place en fin­ale. De­rni­er ar­gu­ment : c’est avant tout son physique en plas­tique qui a con­sidérab­le­ment per­turbé la carrière d’un joueur tech­nique­ment sans point faib­le. Mal­chan­ceux, chacune de ses gran­des « perfs » est aus­sitôt suivie par une bles­sure dans les semaines ou mois qui suivent : titre à Montréal ? Al­er­te car­diaque dans la foulée. Titre à Open d’Australie ? L’épaule lâche à l’été, et puis sur­tout le genou en début d’année suivan­te : 2003, saison blanche pour un joueur dépité de ne pas re­venir défendre son titre à Mel­bour­ne. Médail­le d’ar­gent en doub­le aux JO de Pékin ? Bles­sure au pied qui le force à mettre un terme à sa carrière peu de temps après. Veinard, Thomas Johansson ? Loin de là. Tout ce qu’il a gagné a été haute­ment mérité… et payé au prix fort.

  • Al­bert Costa (Roland-Garros 2002)

Ac­cusa­tion : excusez-moi si je me montre graveleux, mais à ce point-là de chan­ce sur la route d’un titre en Grand chelem, Bébert aurait intérêt à se de­mand­er ce que faisait Bobon­ne à la maison pen­dant ce temps-là. Passe en­core qu’il pre­nne Ric­hard Gas­quet au be­rceau au pre­mi­er tour. Mais sa deuxième semaine parisien­ne relève du sur­naturel, un coup de bol perpétuel. Plus re­dout­ables les uns que les aut­res sur le papi­er, ses ad­versaires de­puis les huitièmes jusqu’au titre sont vic­times les uns après les aut­res d’une poupée vaudou et se présen­tent lour­de­ment han­dicapés face à lui. Gus­tavo Kuert­en en huitièmes ? En phase de re­pr­ise après sa première op­éra­tion à la han­che, l’an­ci­en tri­ple vain­queur était en bout de co­ur­se dans ce tour­noi. Guil­lermo Canas en quarts ? Exténué après deux marat­hons de quat­re heures tren­te con­tre Car­los Moya et Lleyton Hewitt. Alex Cor­ret­ja en de­m­ies ? Tombé mal­ade trois jours avant. Et, last but not least, Juan Car­los Fer­rero en fin­ale ? Blessé aux ad­ducteurs. Trop beau pour être vrai. Si c’est Rafael Nadal qui gagne un Grand chelem avec autant de coups de pouce du de­stin, les FFF hur­lent au tab­leau truqué.

Défense : Al­bert Costa n’a pas toujours été ce loser fatigué que per­son­ne n’at­tendait en cette édi­tion 2002 de Roland-Garros. Les plus an­ciens se souvien­nent sans doute avoir été bluffés par ce jeune Es­pagnol en­core in­con­nu qui, en 1995, avait mené deux sets à un en quarts de fin­ale con­tre un Thomas Must­er in­trait­able sur terre champ­ion et futur champ­ion parisi­en. C’est vrai que Costa n’a pas con­firmé toutes les pro­mes­ses nées de cette « perf » originel­le, malgré un pedig­ree de ter­ri­en re­spect­able, vain­queur à Ham­bourg (1998), fin­alis­te à Monte-Carlo (1996) et à Rome (1998). Mais s’il a bénéficié de cir­constan­ces favor­ables pour em­poch­er enfin le tour­noi dont rêvent tous les Es­pagnols – rap­pelons que son grand ami Alex Cor­ret­ja n’y est jamais par­venu, malgré une toute autre régularité dans les de­rni­ers tours de l’épreuve – il faut sig­nal­er le vérit­able or­gueil de champ­ion dont il fit pre­uve l’année suivan­te, en 2003, pour défendre son titre au bout de l’hon­neur. Per­son­ne d’autre que lui n’est arrivé en demi-finales de Grand chelem en re­mpor­tant quat­re matchs en cinq sets. Al­bert Costa a fait hon­neur à sa co­uron­ne.

  • Gas­ton Gaudio (Roland-Garros 2004)

Ac­cusa­tion : voici venir le seul vain­queur de Grand chelem à n’avoir jamais réussi, ni avant, ni après son titre, à décroch­er un deuxième quart de fin­ale en Grand chelem. Gas­ton Gaudio, c’est trois huitièmes de fin­ale, tous à Roland-Garros évidem­ment, et un titre en 2004 qui ap­paraît telle une poussée de fièvre au milieu d’un en­céphalog­ramme plat. Gaudio, c’est aussi le spécialis­te des avan­ies, du genre à avoir squatté deux fois le buf­fet du Mast­ers sans jamais pour­tant s’être qualifié di­rec­te­ment, en tant que Top 8 mon­di­al : en 2004, il déboule à Hous­ton grâce à son statut de vain­queur de Roland-Garros, et en 2005 pous­se le vice jusqu’à com­post­er son bi­llet pour Shanghaï grâce à l’avalanche de for­faits… Tout ce qu’il y a récolté, c’est un re­tour en bi­cyc­lette au stade des demi-finales de l’épreuve, suite à une fessée ad­ministrée par Roger Feder­er. Le seul 6/0 6/0 jamais en­registré dans le plus relevé des tour­nois. Ul­time pièce à ce lourd dos­si­er : l’Ar­gentin est égale­ment le seul vain­queur d’un Grand chelem à y être re­venu ultérieure­ment… dis­put­er les Qualifs. C’était en 2010 et le « Chat » était en fin de vie. Tri­ste épilogue.

Défense : Un seul Grand chelem, mais quel Grand chelem ! De cette liste de « one shots » en Grand chelem, Gaudio est pro­bab­le­ment celui qui a connu l’op­posi­tion la plus dense sur la route du titre : non tête de série, il at­taque au pre­mi­er tour avec son com­pat­riote Guil­lermo Canas, trois fois quart de fin­alis­te à Roland-Garros au total ; il enchaîne sur Jeri Novak, en­core 14e et Top 4 mon­di­al deux ans plus tôt ; ça con­tinue avec Thomas En­qv­ist, ex-n°4 ATP, au troisiè­me tour, et Igor An­dreev, présenté à l’époque comme le « Nadal droiti­er » en raison de son énorme lift de coup droit. Toujours du lourd en quarts, avec Lleyton Hewitt, avant les mor­ceaux de choix en de­m­ies et en fin­ale : rien moins que David Nal­bandian, n°8 mon­di­al, et évidem­ment Guil­lermo Coria, n°3. Con­tre Coria, dans une fin­ale in­oub­li­able, il re­joint les plus grands en sauvant deux bal­les de titre avant de soulev­er la co­uron­ne. Un seul « Chelem », oui, mais in­es­tim­able. A noter aussi que l’ac­cusa­tion « d’aucun autre titre im­por­tant » ne tient pas : à l’époque où Gaudio exerçait ses talents sur le Tour, les Mast­ers 1000 ne possédaient pas en­core de statut ob­ligatoire, et le titre de Gaudio con­quis au Godo de Bar­celone en 2002 valait à l’époque bien un Mast­ers 1000 de Ham­bourg : mon client s’y était imposé sans per­dre un seul set, malgré l’op­posi­tion in­carnée par Car­los Moya, Al­bert Costa et le n°1 mon­di­al Lleyton Hewitt ! Gas­ton Gaudio, tout simple­ment un puris­te du ten­nis.

Le jury va main­tenant se re­tir­er pour délibérer.

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313 Responses to Qui est le pire vainqueur d’un tournoi du Grand chelem ?

  1. Kaelin 1 mai 2014 at 12:04

    En tout cas il y a plusieurs surprises, notamment à Munich, avec plusieurs TS sorties d’entrée (ce qui n’est pas hyper étonnant en soi, car on est encore début de la siason sur terre et les défaites sont parfois contre des terriens chevronnés) :

    Struff, issu des qualifs, qui sort Lopez et Stakho, énorme ! cf post plus haut ^^.

    Kohly sorti d’entrée par Istomin. Kohly n’est pas dans une forme olympique en ce moment et Istomin est un coupeur de tête reconnu.

    Klizan issu des qualifs, sort Sela puis Youzhny ! Pas mal.

    Ramos lui aussi issu des qualifs (décidément les qualifs de Munich sont une bonne école !) sort Hewitt dans le score surprenant de 6-7 6-1 6-0. Ramos est un bon terrien mais classé quasiment 100 places en dessous Lleyton donc pas mal. Pas le genre de l’australien de lacher un match donc est-il blessé vu le score ?

    Nieminen continue de descendre au classement et est déjà sorti du top 50, lui qui y est très longtemps resté. Il se fait sortir par Falla 6-2 6-1.

    • Kaelin 1 mai 2014 at 12:10

      Bon j’aurai voulu dire qqs mots sur le tournoi d’Estoril mais quand j’ai vu le tableau je me suis endormi tant ça me passionne … Les Montanes – Granollers au couteau, très peu pour moi ! Bon ya aussi Radu Albot contre Hanescu m’enfin faut pas déconner !

      Ya une armée de terriens tout chiants du top 50 contre qui devront batailler les 2 tops 10 qui se sont alignés pour avoir un ptit 250 pas trop dur en plus dans la poche : Raonic et Berdych. Je vois davantage Berdych l’emporter.

      Je vous laisse déguster le premier quart Gimeno-Traver – Granolla, moi jme casse !

    • Kaelin 1 mai 2014 at 12:12

      D’ailleurs Bellucci, le dernier issu des qualifs du tournoi de Munich, a lui aussi fait une belle perf en sortant Dodig, TS8 et 36ème mondial, décidément.

      Si j’ai un gosse qui joue bien au tennis un jour, je l’enverrais faire les qualifs de Munich dés que possible !

    • Patricia 1 mai 2014 at 12:40

      Pour Hewitt : je suis persuadé qu’il joue blessé depuis des plombes (son funeste match contre Russel à Memphis). Quand il a des scores comme ça c’est qu’il est blessé… Comme c’est une teigne, la teigne absolue, il arrive à gagner très souvent le 1er set, ou aller au TB quand même…

  2. Sam 1 mai 2014 at 14:18

    Quelqu’un a un vague embryon d’explication pour les deux bulles reçues par Tursunov par Machado à Estoril ? Bon, en même temps, « explication » et « Tursunov », ça ne va pas vraiment ensemble…

    • Sam 1 mai 2014 at 22:17

      Ne vous battez pas, surtout.
      Je vois que ma question a jeté un froid sur le site. Est-ce qu’il y a problème avec Tursunov que l’on n’ose pas me révéler non de Dieu ? Il est mort ou quoi ?

      • Kaelin 1 mai 2014 at 23:12

        :D le score m’a surpris mais je connais pas l’explication … après si ya des joueurs à qui ça peut arriver sans raisons aucunes apparentes si ce n’est un pétage de plomb quelconque (dés le début du match en l’occurence voire un évènement passé juste avant, je sais pas), c’est bien à lui et d’autres comme Paire, Fognini, Gulbis, Janow, la Monf, Gabashvili …

        Comme tu dis, « explication » et Tursunov, ça ne va pas forcément ensemble, en tout cas pas forcément des explications très explicites ^^

  3. Kaelin 2 mai 2014 at 12:25

    Elmar j’ai rêvé cette nuit qu’on se rencontrait par hasard sur Paris ! tu avais 25 ans environ et tu te marrais tout le temps :D

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