Les maudits du Grand chelem (2/2)

By  | 20 octobre 2011 | Filed under: Regards

Chacune des quat­re levées du Grand chelem a con­stitué pour cer­tains joueurs un ob­stac­le in­sur­mont­able : pour cer­tains il s’agis­sait du titre man­quant à leur pal­marès, tan­dis que d’aut­res y ont échoué malgré plusieurs fin­ales.

Acte III : Wimbledon.

- Ken Rosewall : Monstre sacré du ten­nis, vain­queur de 23 tit­res majeurs (8 Grands chelems : 4 Open d’Australie, 2 Roland-Garros et 2 US Open, et 15 équivalents Grands chelems chez les pro­fes­sion­nels: 7 French Pro, 5 Wembley Pro et 2 US Pro), Rosewall butera quat­re fois sur la dernière marche de Wimbledon. Lors de sa première carrière amateur, il per­dra deux fin­ales : en 1954 face au vétéran Jaros­lav Drob­ny (13/11 4/6 6/2 9/7), et en 1956 face à son « jumeau ten­nistique » Lew Hoad (6/2 4/6 7/5 6/4). Passé pro­fes­sion­nel fin 1956, il ne put jouer à Wimbledon pen­dant 12 ans, jusqu’à l’avène­ment de l’ère Open en 1968, mais per­son­ne ne croyait en­core à ses chan­ces vu son âge avancé (34 ans). Et pour­tant, à la sur­pr­ise générale, sa deuxième carrière fut aussi pro­lifique que la première avec la bagatel­le de 4 tit­res majeurs (2 Open d’Australie, 1 Roland-Garros et 1 US Open) ! En 1970 il at­teint même à 36 ans une nouvel­le fin­ale à Wimbledon, mais son jeune com­pat­riote John New­combe est trop sol­ide et le bat en 5 sets (5/7 6/3 6/2 3/6 6/1). En 1974, il réalisera à 39 ans révolus l’exploit d’at­teindre une dernière fin­ale à Wimbledon en écar­tant suc­ces­sive­ment (ex­cusez du peu) Tann­er, New­combe et Smith ! La dernière marche sera mal­heureuse­ment trop haute, un jeune loup américain de 18 ans son cadet se char­geant de mettre cruel­le­ment fin à ses de­rni­ers es­poirs en trois sets secs, 6/1 6/1 6/4.

- Ivan Lendl : Plus à l’aise sur un green de golf que sur le gazon lon­doni­en, Ivan le ter­rible a fait de Wimbledon l’ob­jectif ul­time de sa carrière, ar­rivant même à jouer systématique­ment service-volée sur sa première balle et à re­nonc­er à Roland-Garros afin de décroch­er le précieux sésame. Si ses statis­tiques sur gazon sont tout à fait honor­ables (81 matches re­mportés pour 25 per­dus, soit 76,5% de réus­site), il échouera systématique­ment dans sa quête, malgré deux fin­ales (1986 face à Be­ck­er et 1987 face à Pat Cash) et cinq demi-finales dis­put­ées (1983, 1984, 1988, 1989, 1990). A sa déchar­ge il faut dire qu’il aura re­ncontré une forte con­curr­ence avec des joueurs du calib­re de McEn­roe, Con­nors, Cash, Ed­berg et sur­tout Be­ck­er, qui se fit un plaisir de lui barr­er la route par trois fois.

- Pat­rick Raft­er : Talen­tueux joueur de service-volée, doub­le vain­queur à l’US Open en 1997 et 1998, Raft­er avait toutes les armes pour s’im­pos­er à Wimbledon. Hélas, il dut se con­tent­er d’y jouer deux fin­ales con­sécutives. En 2000, après avoir pris le meil­leur lors d’un match fabuleux en de­m­ies face à Agas­si (7/5 4/6 7/5 4/6 6/3), Raft­er pour­suit sur sa lancée en fin­ale : il mène 1 set et 4-1 au tieb­reak du deuxième face à Sampras, quand il com­met une doub­le faute cruciale qui lui coupe les ailes. « Pis­tol Pete » n’en de­man­dait tant et l’état de grâce bas­cula com­plète­ment, l’Américain s’im­posant pour la septième fois à Wimbledon sur le score final de 6/7 7/6 6/4 6/2. En 2001, après une nouvel­le vic­toire homérique face à Agas­si en demi-finales (2/6 6/3 3/6 6/2 8/6), Raft­er s’avouera à nouveau vain­cu, per­dant en cinq sets pal­pitants face au re­venant Goran Ivanisevic (6/3 3/6 6/3 2/6 9/7). Ce sera son de­rni­er match à Wimbledon.

- Andy Rod­dick : Ser­vice de feu, coup droit sur­puis­sant, Rod­dick avait toute la panop­lie du vain­queur de Wimbledon des années 2000. Il y at­teindra trois fin­ales, toutes per­dues face à un joueur bien plus doué que lui sur gazon, Roger Feder­er, l’homme qui mit fin à la série de Sampras à Wimbledon et qui lui ravira le re­cord de Grands chelems gagnés. Lors de leur première fin­ale en 2004, Rod­dick mènera 6/4 5/7 4-2 avant que la pluie n’in­terrom­pe les débats. De re­tour des ves­tiaires, un Feder­er retro­uvé sur­volera le match pour s’im­pos­er 4/6 7/5 7/6 6/4. Bis re­petita en 2005, mais la fin­ale sera cette fois à sens uni­que, Feder­er s’im­posant 6/2 7/6 6/4. La belle se jouera en 2009, et Rod­dick doit aujourd’hui en­core se de­mand­er com­ment il a fait pour rater une volée facile sur la balle de 2 sets à 0. Il re­pen­se cer­taine­ment aussi à ces deux bal­les de break ratées à 8-8 15-40 dans la dernière man­che, qui lui auraient per­mis de ser­vire pour le titre. In­break­able pen­dant 76 jeux, Andy fin­ira par flanch­er au pire mo­ment, lors du 77e (et de­rni­er) jeu de la fin­ale pour s’inclin­er 5/7 7/6 7/6 3/6 16/14. Jamais il n’aura été si pro­che du sacre, et cette édi­tion 2009 est vraisemblab­le­ment sa dernière fin­ale du Grand chelem.

- Ils ont échappé à la mal­édic­tion : En 2001, la carrière de Goran Ivanisevic est quasi­ment ter­minée. Tombé à la 125e place mon­diale, di­minué par une bles­sure chronique à l’épaule, sa par­ticipa­tion (sur wild-card) à Wimbledon re­ssemble à une tournée d’adieu à ce tour­noi dont il aura été trois fois fin­alis­te. Il s’y révèle en 1990 en at­teig­nant les de­m­ies face à Boris Be­ck­er, alors maître des lieux (4/6 7/6 6/0 7/6). Mais c’est en 1992 qu’il fit forte im­press­ion en ser­vant 206 aces (soit une moyen­ne im­pres­sion­nante de 29,42 aces/match), éli­minant suc­ces­sive­ment Lendl, Ed­berg et Sampras avant d’échou­er en fin­ale (6/7 6/4 6/4 1/6 6/4) face à l’autre sur­pr­ise du tour­noi, André Agas­si. Il at­teindra deux aut­res fin­ales en 1994 (7/6 7/6 6/0) et 1998 (6/7 7/6 6/4 3/6 6/2), mais échouera à chaque fois face au nouveau maître des lieux, Pete Sampras, joueur tout aussi ef­ficace au ser­vice mais bien plus com­plet. Alors que per­son­ne ne l’at­tend plus, Goran signe pour­tant l’exploit d’élimin­er suc­ces­sive­ment Car­los Moya, Andy Rod­dick, Greg Rusedski, Marat Safin et Tim Hen­man (passé à deux points de la vic­toire dans la quat­rième man­che) pour at­teindre une nouvel­le fin­ale face à Pat­rick Raft­er. Au bout du sus­pen­se, il fin­ira par s’im­pos­er 9-7 (après avoir com­mis deux doub­les fautes sur ses deux premières bal­les de match !) et peut fondre en lar­mes : il tient enfin sa co­uron­ne !

Acte IV: US Open.

- Bjorn Borg : Em­pereur in­con­testé du con­tinent ocre, conquérant tout-puissant de la per­fide Al­b­ion, Borg ne par­viendra jamais à venir à bout de la résis­tance américaine. Ses quat­re ten­tatives d’in­vas­ion du con­tinent américain furent systématique­ment re­poussées par les Yan­kees, menés par leurs chefs de gang ir­lan­dais Con­nors et McEn­roe. Pour approfon­dir, con­sult­er l’ar­ticle « La mal­édic­tion Borg« .

- Ils ont échappé à la mal­édic­tion : Maudit à Wimbledon, il s’en est fallu de peu qu’Ivan Lendl le soit aussi à l’US Open. Tout comme Borg, il échouera trois fois de suite en fin­ale face à Con­nors et McEn­roe, rois in­con­testés de l’arène new-yorkaise et vain­queurs des 7 premières édi­tions de 1978 à 1984. Défait par Con­nors en 1982 (6/3 6/2 4/6 6/4) et 1983 (6/3 6/7 7/5 6/0) alors qu’il était à chaque fois le grand favori, démoli en 1984 (6/3 6/4 6/1) par un Big Mac au som­met de son art, Lendl semble de­stiné à une nouvel­le défaite en 1985 quand McEn­roe mène 5/2 dans le pre­mi­er set. Re­fusant une défaite qui le clas­serait définitive­ment dans la catégorie « chick­en » (ce serait sa 7e défaite en 8 fin­ales majeures), Lendl sonne la révolte et réussit à re­nvers­er la vapeur pour l’em­port­er 7/6 6/3 6/4. Sur­mon­tant enfin son com­plexe de seri­al loos­er, c’est le déclic de sa carrière. Et pour bien le démontr­er il en­filera trois tit­res con­sécutifs à l’US Open… ainsi que deux triplés Roland – US Open – Mast­ers.

Tags:

85 Responses to Les maudits du Grand chelem (2/2)

  1. Antoine 22 octobre 2011 at 18:25

    Malheureusement Notrefils a beaucoup plus de chances de gagner demain que n’en a le XV de France contre les All Blacks. Cela ressemble pas mal à jouer l’Espagne en CD chez elle sur terre battue avec Nadal mais si Monfils perd et que le XV de France gagne, je me rase la tête..

    Enfin, Gachassin y croit, c’est déjà çà..! Marrant quand même que la FFT soit présidée par un ancien international de rugby..

    ALLEZ LES PETITS !!!

    • William 22 octobre 2011 at 18:45

      Cette promesse ne sera pas oubliée Antoine…

    • Arthur 22 octobre 2011 at 19:01

      « ALLEZ LES PETITS !!! »

      Traumatisé par Capri !

    • Antoine 22 octobre 2011 at 19:36

      J’ai essayé de m’infiltrer chez l’ennemi au Kiwi Corner, rue Servandoni, mais ils prétendent que c’est complet depuis plusieurs jours..les fumiers !

      Pas grave! Je vais aller voir le match rue de la Soif et après on ira tout casser au Kiwi Corner qui est juste à côté..

  2. David 23 octobre 2011 at 13:11

    La France qui perd d’un point mais qui finit tout de même la compétition de manière honorable et avec panache. Bizarrement, on ne méritait pas d’être en finale mais on méritait de la gagner. l’inverse de la Nouvelle-Zélande en somme…

  3. Antoine 23 octobre 2011 at 15:07

    Enfer et désolation…Elle m’a à moitié tué cette finale..Cela m’a rappelé le match de 1/8ème de Jauffret contre Borg à Roland Garros en 76 que Borg a fini par gagner 8-6 au cinquième..Horrible !

    Ils étaient bien sûr prenables, aujourd’hui, les Blacks, clairement au bout de la route après le tri nations et surtout la demie contre les kangourous après laquelle ils ont eu un jour de récupération en moins. Mentalement problématiques, à l’image de Weepu, à l’idée de jouer contre leur bête noire et d’être dans l’obligation absolue de gagner, mais ils ont finalement tenus, exactement comme le XV de France contre les Gallois. Très grand match du XV de France, une seule erreur défensive mais deux pénalités ratées dont une qui était sans doute la balle de match. Pas aidés par l’arbitre non plus, c’est le moins que l’on puisse dire. C’était prévisible et carrément open bar pour Mc Caw !

    Enfin, cela m’évitera de me raser la tête au cas ou Notrefils a la mauvaise idée de se faire battre par Nieminen..

    • Colin 23 octobre 2011 at 16:00

      Ouaip, même impression, les Blacks ont joué aujourd’hui comme les français en 1/2 finale…

      Et les français aujourd’hui comme les gallois la semaine dernière: c’était gagnable mais ils ont manqué le coche: un drop et deux pénalités ratés et c’est fini.

      Enfin bref, sur l’ensemble de la CM, les blacks méritent dix fois la coupe.

      • Antoine 23 octobre 2011 at 18:44

        Je pense qu’en sport, le mérite, la morale ne comptent pas. La chance un peu parfois…On ne gagne pas parce qu’on mérite de gagner, on gagne parce que l’on est allé arracher la victoire, la prendre à celui ou ceux d’en face..

        Si c’était seulement une question de « mérite » ou de nouveau moyen, sur 7 coupes du monde, les Blacks en auraient déjà au moins 4..

      • Colin 23 octobre 2011 at 20:04

        Oui oui on est d’accord, je veux juste dire par là que leur victoire n’a rien de scandaleux. Les français n’avaient qu’à passer leurs coups de pied, comme les gallois la semaine dernière. Ils ont eu leur chance.

  4. Nath 23 octobre 2011 at 16:18

    Heu, on n’a pas de quota pour le rugby ?

    Tipsa a pris goût à la victoire. Après KL, Moscou ! 10° à la Race, à 500 points du 8° (Tsonga).

    Golden Retriever ? Pas mal ! http://www.budcollinstennis.com/?page_id=18

    • Colin 23 octobre 2011 at 20:05

      Hé oh, on n’a pas trop chargé la mule, non? Par rapport à la coupe du monde 2010, c’est resté epsilonesque.

  5. Geô 23 octobre 2011 at 19:27

    Allez hop, par ici la bonne soupe. Vamos Gaël!

  6. Jeanne 24 octobre 2011 at 00:15

    Ballets/balais http://vimeo.com/21767050

info login

pour le login activer sur votre profil la barre d'outils

Demande d’inscription

contactez-nous à : 15-lovetennis@orange.fr

Archives

Commentaires récents

Suivez nous sur Twitter

@15lovetennis