Le sommet des dieux

By  | 31 août 2022 | Filed under: Histoire, Légendes

Apéro australi­en

Au cours de mes années al­sacien­nes (1998-2001), je n’ai pas la télé dans ma hutte d’étudiant, et en ce mois de jan­vi­er 2000 je sors d’une année quasi­ment vier­ge en ter­mes de suivi du ten­nis à la télévis­ion. Le seul événe­ment que j’ai suivi en di­rect est la fin­ale de la Coupe Davis entre la Fran­ce et l’Australie. Je ne vis alors le ten­nis que par pre­sse in­ter­posée. Je n’ai pas vu Agas­si re­mport­er Roland ou s’inclin­er en fin­ale de Wimbledon face à un Sampras monstrueux. Je n’ai pas vu le Kid gagn­er l’US en l’abs­ence de son rival blessé et finir n°1 mon­di­al. Mes collègues m’ont juste mur­muré qu’Agas­si est de re­tour à son meil­leur niveau et que Sampras, bien que (désor­mais) n°3 mon­di­al, n’a jamais aussi bien joué qu’au cours du semestre précédent. En ce jeudi matin de jan­vi­er, je m’autor­ise une sess­ion buis­sonniè­re pour re­joindre mes co­pains du ten­nis, avec la pro­vis­ion de bière et de cacahuè­tes. Con­for­table­ment in­stallés dans un canapé, nous as­sis­tons à ce qui nous semble alors être le plus fabuleux des duels entre Sampras et Agas­si… et cette im­press­ion ne s’est pas dis­sip­ée 22 ans après.

Sampras-Agassi

Un voile de brumes

Pour­quoi donc, alors qu’en ter­mes de qualité de ten­nis il sur­pas­se tous les aut­res, cet opus de l’Australian Open 2000 n’est-il pas perçu comme le plus beau de leurs affron­te­ments dans l’imaginaire col­lec­tif ? Et plus précisément, pour­quoi est-il à ce point éclipsé par le duel qu’ils ont livré 19 mois plus tard à l’US Open ?

Pour des raisons extra-tennistiques, et qui tien­nent, d’une part à l’ex­posi­tion médiatique par­ticuliè­re de leurs duels sur leur sol à Flush­ing Meadows, et d’autre part à la per­son­nalité com­plexe d’Andre Agas­si et à sa per­cep­tion par le grand pub­lic.

On ne s’étendra pas sur le pre­mi­er point : le pub­lic new-yorkais ayant son duel entre ses deux champ­ions a montré une pass­ion évidem­ment plus prégnan­te que le pub­lic australi­en. Et cette pass­ion était d’autant plus forte que les médias américains faisaient mont­er la sauce, jusqu’à l’exagéra­tion par­fois, en con­sidérant tous leurs op­posants comme de sim­ples éléments de décor.

Je suis tombé, sur Youtube, sur une série de rétros­pectives de l’US Open pour les années 1992, 1993 et 1994. Là où 92 et 93 font l’objet de vérit­ables comptes-rendus de l’en­semble de la quin­zaine, 94 n’est abordé que sous l’angle du par­cours d’Agas­si. An­ec­dote sig­nificative de l’écrin médiatique dont le Kid aura bénéficié (ou qu’il aura subi, c’est selon) tout au long de sa carrière, et sin­guliè­re­ment dans son pays.

Pail­lettes mises à part, le match le plus chargé d’en­jeux de toute leur rivalité re­stera sans doute la fin­ale de l’US Open 1995. Bien que décevan­te sur le plan ten­nistique, cette re­ncontre al­lait con­sacr­er le meil­leur joueur de la saison 1995, entre deux champ­ions qui s’y affron­taient pour la cin­quiè­me fois de l’année, toujours en fin­ale, et qui avaient chacun un grand titre dans la be­sace. On ferait dif­ficile­ment plus légitime comme juge de paix…

Sampras et les aut­res

Mathématique­ment, le règne de Pete Sampras com­m­ence en avril 1993 pour s’ac­hev­er définitive­ment en novembre 2000. Sur cette période, les joueurs l’ayant délogé de sa place de n°1 mon­di­al sont, dans l’ordre chronologique, Jim Co­uri­er, Andre Agas­si, Thomas Must­er, Mar­celo Rios, Car­los Moya, Iev­gueni Kafel­nikov, Pat­rick Raft­er et Marat Safin.

Pas­sons rapide­ment sur la période 1998-2000, au cours de laquel­le le trône de Sampras a été de plus en plus vacil­lant, période hélas dépour­vue de matchs chargés de grands en­jeux pour le trône. On relèvera le gros cail­lou dans la chaus­sure qu’a été Pat Raft­er… en août 1998, l’em­portant à Cin­cinnati et sur­tout en demi-finale de l’US Open. Et on rap­pellera que pour Marat Safin, de neuf ans le cadet de Pete, la fin­ale de l’US Open 2000 a les attributs d’une pas­sa­tion de pouvoir, tant l’Américain était dépassé en vites­se ce jour-là.

Men­tion­nons Thomas Must­er, ogre de la terre bat­tue entre 1995 et 1996, ne serait-ce que pour rap­pel­er que sa trajec­toire s’est faite pre­sque en para­llèle à cel­les d’Agas­si et Sampras à ce moment-là, l’Aut­richi­en glanant l’es­sentiel de ses points sur une terre bat­tue boudée par les deux Américains, alors que ceux-ci s’affron­taient sans cesse sur le dur américain et les sur­faces in­door. Rap­pelons toutefois que Thomas s’est réel­le­ment positionné dans la co­ur­se à la place de n°1 mon­di­al en re­mpor­tant le Mast­ers 1000 d’Essen en oc­tob­re 1995, bat­tant au pas­sage un cer­tain Sampras en demi-finale, 7/6 6/2. Et re­gret­tons pour finir la demi-finale de Roland Gar­ros 1995 qui n’a pas existé, celle qui aurait dû op­pos­er Must­er à Agas­si, la bles­sure du Kid en quarts con­tre Kafel­nikov ayant privé Paris d’un choc qui s’annonçait plus que pro­met­teur.

Une fois mis de côté les n°1 de cir­constan­ce et les suc­ces­seurs de Sampras, qui ont pris le pouvoir alors que le Califor­ni­en voyait ses for­ces s’amenuis­er, il ne reste que deux champ­ions poten­tiel­le­ment rivaux pour Pete : Jim Co­uri­er et Andre Agas­si. Sans pour autant que leurs places re­spec­tives dans la carrière de Sampras soient iden­tiques. Bien au contra­ire.

Co­uri­er

Le bûcheron de Dade City n’est rien de moins que le n°1 mon­di­al auquel s’at­taque Pete Sampras, en 1993, pour en­tam­er sa lon­gue période de domina­tion. L’ac­cess­ion au trône du Califor­ni­en, le 12 avril 1993, était dans l’air de­puis de longs mois et une cer­taine demi-finale de l’US Open 1992 qui les avait opposés. Malgré un coup de pompe physique durant le match, Pete éclabous­se Flush­ing de toute sa clas­se pour bout­er hors du tour­noi le n°1 mon­di­al, auquel il pose be­aucoup de problèmes, et dont il est alors sur le point… de pre­ndre la place à l’or­dinateur. Be­aucoup ont oublié ce détail, mais lorsque Sampras et Ed­berg en­ta­ment leur duel en fin­ale de l’US Open 1992, la place de n°1 mon­di­al est pro­m­ise au vain­queur. Ce sera une récupéra­tion de trône pour Ed­berg, mais c’eût été une première pour Sampras. Auteur d’un été de feu marqué par des tit­res à Kitzbühel, Cin­cinnati et In­dianapolis, Pete s’arrête à une poignée de points du trône en même temps qu’il se découv­re une haine viscérale pour la défaite. Il fin­ira l’année au second rang mon­di­al, reléguant, définitive­ment, Ed­berg à la troisiè­me place. Il faud­ra quat­re tit­res sup­plémen­taires au Califor­ni­en, début 1993, pour accéder enfin au trône. Ce qui al­imen­tera la rancœur de Jim Co­uri­er, qui vient de con­serv­er avec auto­rité sa co­uron­ne à l’Open d’Australie et reste le pat­ron dans be­aucoup de têtes. Tout le monde at­tend LE duel qui les mettra d’ac­cord.

Pete et Jim, c’est déjà une vieil­le his­toire. Amis plus que rivaux dans leur jeunes­se, ils ont par­fois joué le doub­le en­semble et par­tagé la même chambre, s’avérant bien meil­leurs qu’ils ne l’imaginaient à l’époque. C’est Jim, alors pen­sion­naire de l’académie de Nick Bol­lettieri, qui à l’été 1989 présenta Pete à un en­traineur ex­péri­menté, an­ci­en joueur des années 60, Joe Bran­di. L’as­socia­tion por­tera ses fruits dès l’US Open 1990.

Au tour­nant de deux décenn­ies, néan­moins, les deux amis découv­rent avec effroi qu’ils sont, de plus en plus, des rivaux, et que la pro­ximité ne peut être la même. Chacun dans son co­uloir, et chacun à son rythme, ils se his­sent vers les som­mets du clas­se­ment ; et si Pete dégaine le pre­mi­er en Grand Chelem, c’est Jim qui s’in­vite le pre­mi­er dans la lutte pour le trône que se dis­putent alors Be­ck­er et Ed­berg. C’est Jim qui écarte sans ménage­ment Pete en quarts de fin­ale de l’US Open 1991, pour at­teindre en­suite la fin­ale. C’est Jim, quel­ques mois plus tard, qui de­vient le pre­mi­er n°1 mon­di­al de la bande, peu après son tri­omphe à l’Open d’Australie, af­fichant une ex­cep­tion­nelle résis­tance à la pre­ss­ion. Et c’est en­core Jim qui con­ser­ve sans sour­cill­er ses deux tit­res du Grand Chelem ac­quis, à Paris en 1992 puis à Mel­bour­ne en 1993.

En ce mois d’avril 1993, il est dif­ficile de con­test­er à Sampras sa légitimité mathématique, mais il est tout aussi dif­ficile de con­test­er à Co­uri­er son statut de meil­leur joueur du monde. Il est temps pour nos duet­tistes de régler ça sur le ter­rain. Ce ne sera pas à Roland Gar­ros, où l’un et l’autre s’inclinent face à Sergi Bruguera, qui dépossède au pas­sage Jim de l’une de ses deux co­uron­nes majeures. Ce sera donc à Wimbledon.

Cette fin­ale n’al­lait pas forcément de soi au départ. Sur gazon, Pete n’a pour lui que la demi-finale de l’année précédente, où il s’était frustré de­vant le déluge d’aces que Goran Ivanisevic avait fait pleuvoir sur lui. Quant à Jim, son meil­leur résul­tat était un quart en 1991 ; n°1 mon­di­al en 1992, il avait trébuché au troisiè­me tour face à l’obscur Andreï Ol­hovskiy. Et sa nette vic­toire en demi-finale face à Ed­berg est une vraie sur­pr­ise, tant la sur­face ap­parais­sait favor­able à l’at­taquant suédois.

Outre le rap­port de for­ces sym­bolique entre les deux joueurs, l’enjeu de cette fin­ale de Wimbledon 1993 sera, comme espéré et at­tendu, la place de n°1 mon­di­al. Et si les deux hom­mes con­tinuent de se re­spect­er, ils sont désor­mais rivaux avant tout. Le duel sera d’autant plus mag­nifique que la quin­zaine lon­donien­ne aura été épargnée par la pluie, re­ndant le re­bond plus haut que d’habitude et favorisant le re­lan­ceur et les échan­ges. La vic­toire de Sampras n’en sera que plus légitime.

Ce match con­stitue une rup­ture majeure dans la carrière de Jim Co­uri­er. Alors qu’il vient de dis­put­er sept fin­ales en Grand Chelem sur dix pos­sibles entre juin 1991 et juil­let 1993, il n’en dis­putera plus aucune. Jim vient de com­prendre que Pete est en train de le dépass­er ; pour le n°1 mon­di­al qu’il était il y a peu, le con­stat est dur à en­caiss­er. Sa vic­toire à In­dianapolis au cours de l’été, qui le ramène à la première place mon­diale, est un trompe-l’œil : il décline rapide­ment, au point de sor­tir du Top Ten en 1994. Il connaîtra un net re­gain de forme en 1995, sans pour autant par­venir à menac­er les duet­tistes Sampras et Agas­si qui se par­tagent alors tous les grands tit­res – nous y re­viendrons.

Monstre de sol­idité men­tale, Jim Co­uri­er ne fut sûre­ment pas le n°1 mon­di­al le plus facile à déboulonn­er. Mais c’est précisément sur le plan ment­al qu’il va s’effrit­er, per­dant désor­mais be­aucoup de matchs sur quel­ques détails, ceux-là mêmes qu’il re­mpor­tait lorsqu’il était le pat­ron du ten­nis. Un rival, Jim, pour Pete Sampras ? Oui, le temps pour ce de­rni­er de s’em­par­er du trône et de battre son rival à la régulière à Wimbledon. Mais sur la durée du règne de Pete, Jim n’ap­paraît qu’au début.

Agas­si

Mais après tout, Sampras ayant été l’in­contest­able champ­ion de son époque, pour­quoi donc serait-il à tout prix néces­saire de lui ac­col­er un rival ? Pour des raisons de storytell­ing, sans doute. Pour l’attrac­tion naturel­le que con­stituait Andre Agas­si pour les médias, c’est une évid­ence. Pour le sur­croît d’at­ten­tion que les médias américains – toujours en avan­ce d’une guer­re sur le mar­ket­ing – ont ac­cordée à un duel 100% US, c’est une réalité. Mais il serait réduc­teur de re­streindre les re­ssorts d’une rivalité à ses as­pects extra-sportifs.

Je dois l’un de mes plus grands chocs ten­nistiques au vision­nage en di­rect du quart de fin­ale de Bercy en 1994 qui a opposé Pete Sampras à Andre Agas­si. Le spec­tacle était total, entre deux champ­ions à 100% de leurs moyens physiques et tech­niques et dont les jeux s’imbriquaient à mer­veil­le. Je découv­rais le « nouvel Agas­si », que je n’avais jamais vu aussi réguli­er en fond de court, ni aussi patient, ni aussi con­sis­tant.

Et ce fut le début d’une période qui dura un peu moins d’un an, marquée par une série de duels entre Sampras et Agas­si, période cer­tes re­strein­te dans la décen­nie 90 mais qui semble la résumer :

  • Bercy 1994, quart de fin­ale : Agas­si 7/6 7/5
  • Mast­ers 1994, demi-finale : Sampras 4/6 7/6 6/3
  • Open d’Australie 1995, fin­ale : Agas­si 4/6 6/1 7/6 6/4
  • In­dian Wells 1995, fin­ale : Sampras 7/5 6/3 7/5
  • Miami 1995, fin­ale : Agas­si 3/6 6/2 7/6
  • Montréal 1995, fin­ale : Agas­si 3/6 6/2 6/3
  • US Open 1995, fin­ale : Sampras 6/4 6/3 4/6 7/5

Précisons qu’Agas­si émar­geait au 7e rang mon­di­al à l’ouver­ture de Bercy en 1994, et qu’au Mast­ers 1994 la vic­toire de Be­ck­er sur Sampras en poule précipita ce de­rni­er vers une demi-finale face à Agas­si. Par la suite, en 1995, Sampras et Agas­si ne se sont affrontés qu’en fin­ale.

En en­globant les Super 9 (les Mast­ers 1000 de l’époque) dans les rendez-vous im­por­tants, hors terre bat­tue, seuls deux des neuf tour­nois de cette période ne débouchèrent pas sur une fin­ale (ou à défaut une con­fron­ta­tion, fin 1994) entre les deux duet­tistes : Wimbledon 1995, où Be­ck­er vint à bout d’Agas­si en demi-finale, et Cin­cinnati 1995, où Sampras s’inclina en quarts con­tre Mic­hael Stich. En amont dans l’ère Open, on ne retro­uve pas la trace d’une rivalité aussi in­ten­se sur une année. Et en 2006, lorsque Feder­er et Nadal ont com­mencé à se retro­uv­er systématique­ment le de­rni­er di­manche, les ob­ser­vateurs firent im­médiate­ment référence à cette période de 1994-1995 ; il va de soi qu’en 2006, per­son­ne n’imaginait qu’on en aurait pour be­aucoup plus longtemps avec les Fedal… La rivalité entre Sampras et Agas­si, qui a évidem­ment connu des éclip­ses, n’en a pas moins été d’une in­ten­sité ex­cep­tion­nelle, et alors inédite, pen­dant 10 mois. Cette seule réalité, même décon­nectée de la deuxième époque dorée de leurs affron­te­ments (à par­tir de 1999), dis­tin­guera Agas­si comme le prin­cip­al rival de Sampras. Sur cette période, Pete a eu un vrai op­posant, qui dis­putait peu ou prou les mêmes tour­nois que lui, qui le retro­uvait en fin­ale pre­sque à chaque fois et qui ne l’em­portait pas qu’oc­casion­nelle­ment.

La bas­cule

Telle était la situa­tion, le 10 sep­tembre 1995, lorsque, visages ten­dus, Pete et Andre pénétrèrent sur le stadium Louis Armstrong. Chacun détenait alors un titre du Grand Chelem en 1995, et l’US Open al­lait les dépar­tag­er. Cette fin­ale était espérée par le pub­lic américain, mais aussi par be­aucoup de fans de ten­nis du monde en­ti­er. Rare­ment, dans l’ère Open, un match aura ras­semblé autant d’en­jeux.

Parmi ces en­jeux, le seul man­quant à l’appel était la place de n°1 mon­di­al, qui re­sterait quoi qu’il ar­rive la pro­priété d’Agas­si quand les deux hom­mes ir­aient se co­uch­er ce soir-là. Le Kid était le tenant du titre, et sor­tait d’un été im­maculé au cours duquel il avait re­mporté quat­re tour­nois d’affilée ; il avait re­mporté leur match le plus im­por­tant, à Mel­bour­ne ; en extérieur, Sampras ne l’avait battu que dans les con­di­tions très ven­teuses d’In­dian Wells. A bien des égards, il était donc légitime de faire d’Agas­si le favori de cette fin­ale.

On connaît la suite… ou pas. L’autobiog­raphie étant un genre sujet à cau­tion, le re­gard de l’auteur doit être pris pour ce qu’il est, le re­gard de celui qui ne livre au grand pub­lic que ce qu’il veut bien lui li­vr­er. Quel­ques éléments me gênent un peu dans la vers­ion d’Agas­si à pro­pos de ce match.

Il décrit cette défaite comme un grand tour­nant négatif dans sa carrière. Mais il détail­le égale­ment sa bles­sure au pec­tor­al du di­manche matin. Si cette bles­sure est réelle, il y a évidem­ment quel­que chose de frustrant, de rageant, d’in­support­able, à ne pas pouvoir se présent­er à 100% de ses moyens pour un match aussi im­por­tant. Mais si cette bles­sure au pec­tor­al était la cause de son match assez moyen voire terne, il n’y a pas là de quoi ex­plos­er en vol comme il l’a fait, il y a juste à raval­er sa décep­tion, à con­stat­er l’évid­ence – il ne peut battre Sampras en étant di­minué – et à donn­er rendez-vous à Pete pour la pro­chaine échéance. Pour qu’une fêlure psyc­hologique soit aussi pro­fon­de qu’elle ne l’a été pour Andre au soir de ce match, il faut autre chose qu’une bles­sure.

Agas­si, à ce moment-là, a in­tériorisé l’idée que Pete était un meil­leur joueur que lui. Jamais, s’il n’avait été que blessé et di­minué, il n’aurait fait ce con­stat.

Il y a pour­tant bien des cir­constan­ces atténuan­tes au ratage du Kid ce jour-là :

  • Vain­queur de quat­re tour­nois d’affilée, aux­quels s’ajoutent les six matchs jusqu’à cette fin­ale de l’US Open, Agas­si avait connu un été très chargé. L’hypothèse de la fatigue physique est plausib­le.
  • Le par­cours pas si sim­ple d’Andre au cours du tour­noi. Avec notam­ment un Cor­ret­ja qui le pous­se au cinq sets au deuxième tour, puis deux matchs en quat­re sets ten­dus, en quarts et en demis.
  • La fixet­te sur Boris Be­ck­er, qui (selon son auto­biog­raphie) était dans le viseur d’Agas­si de­puis le début de l’été. En le li­sant, on com­prend que le mo­ment vire à l’ob­sess­ion pour Andre, qui ne rêve que de pre­ndre sa re­vanche de Wimbledon et de lui faire payer ses déclara­tions. En y par­venant non sans mal, Andre n’a-t-il pas laissé trop d’influx ner­veux, et du coup peiné à se re­mobilis­er pour le match suivant ?
  • La pre­ss­ion inhérente à la posi­tion de tenant du titre et de favori des book­mak­ers.

Autant de dif­ficultés que n’avait pas, ce jour-là, un Sampras plus frais et qui a mieux géré la pre­ss­ion inédite de ce match. Aussi chargés soient les en­jeux de cette fin­ale, il n’y avait aucune raison qu’elle soit davan­tage qu’un épisode, cer­tes im­por­tant, dans le duel au som­met que se li­vraient les deux hom­mes de­puis de longs mois. Re­mportée par Agas­si, elle aurait définitive­ment con­sacré ce de­rni­er comme le meil­leur joueur du monde. Aux yeux de be­aucoup, la vic­toire de Sampras, sur le mo­ment, n’a fait que re­battre les car­tes et re­lanc­er l’in­certitude quant à la suite des événe­ments.

L’explos­ion en plein vol

Sauf que les pla­ies ouver­tes dans le ment­al du Kid par le dénoue­ment de ce match ont com­mencé à sup­pur­er, et ont mis fin de facto à la saison 1 des gran­des manœuvres entre Sampras et Agas­si. La rivalité entre les deux hom­mes a une spécificité par rap­port aux aut­res dans l’his­toire du ten­nis, à savoir l’asymétrie dans le re­gard que chacun des deux posait sur l’autre.

Que des ques­tions men­tales vien­nent para­sit­er l’esprit d’un champ­ion s’apprêtant à affront­er un ad­versaire dif­ficile pour lui, c’est vieux comme le ten­nis. Pete savait que battre Andre était dif­ficile, qu’il de­vait se donn­er à 100% pour y par­venir et que ça ne suf­firait peut-être pas. Mais à la suite d’une défaite face à Andre, Pete re­gar­dait simple­ment, et posément, ce qui lui avait manqué pour l’em­port­er, avant de pass­er au match suivant. Sans se préoc­cup­er outre mesure du pro­chain match face au Kid, qui ar­riverait tôt ou tard et sur lequel il con­viendrait de se pench­er le mo­ment venu. Ce qui man­quait à Pete quand il per­dait con­tre Andre était d’ail­leurs souvent facile à iden­tifi­er : son pour­centage de premières bal­les était en général trop faib­le.

Rien de tel chez Agas­si, qui a vécu ses défaites face à Sampras comme autant de flèches dans le cœur. Open, pour le coup, est assez éloquent sur le décalage pro­fond entre le re­ssen­ti d’Andre Agas­si tout au long de sa carrière et ce qu’il nous a donné à voir sur le ter­rain. Dans son paysage ment­al étriqué, où son père avait fait en sorte qu’il n’y ait rien d’autre que le ten­nis comme sacer­doce et la place de n°1 mon­di­al comme ob­jec­tif, l’idée qu’un ob­stac­le majeur pour­rait se dress­er entre Andre et cet ob­jec­tif n’exis­tait ab­solu­ment pas. Lorsque cet ob­stac­le, en la per­son­ne de Pete Sampras, se matérialisa sous ses yeux ce jour-là, ce fut une révéla­tion im­pos­sible à en­caiss­er. 14 ans plus tard lorsqu’il s’at­tablera à Open, la plaie sera en­core béante.

En s’en­tourant de Gil Reyes puis de Brad Gil­bert, Andre Agas­si avait le sen­ti­ment d’avoir enfin toutes, ab­solu­ment toutes les car­tes en main pour de­venir le meil­leur joueur du monde. L’une des phrases les plus im­por­tantes d’Open, c’est l’en­courage­ment de Brad au début de leur col­labora­tion en 1994, où il prévient Andre que tirer la quin­tess­ence de son poten­tiel va lui pre­ndre quel­ques mois, qu’il es­suiera des défaites, mais qu’à un mo­ment il sen­tira un déclic dans son jeu, cette capacité à jouer le bon coup au bon mo­ment. Et Brad de con­clure que dès lors que ce déclic ar­rivera, il n’y aura plus aucune raison pour qu’Andre ne de­vien­ne pas le n°1 mon­di­al. Le point im­por­tant dans cet échan­ge, c’est que Brad ne parle à Andre que de la place de n°1 mon­di­al, alors qu’Andre n’a en tête que de dépass­er Pete Sampras ; la nuan­ce est de tail­le. Et Brad avait pre­sque raison, il lui man­quait juste la dernière pièce du puzzle, celle qui n’ap­partenait qu’à Andre : cette fixa­tion sur Sampras.

Lorsqu’Andre Agas­si re­ntre sur le court ce 10 sep­tembre 1995, il surfe de­puis de longs mois sur une vague quasi-ininterrompue de succès. Il n’a jamais été aussi fort, aussi en forme, aussi dis­cip­liné, aussi con­centré sur son sujet, aussi bien en­touré. Cette défaite, il la voit comme la démonstra­tion que, bien qu’il ait mis toutes les chan­ces de son côté, Pete est au-dessus de lui, et donc que tous ces ef­forts auront été vains. La chute en sera d’autant plus brutale.

Les vac­hes maig­res

La période 1996-1998 ap­paraît comme terne du point de vue de la lutte pour le trône mon­di­al. La faute à Andre Agas­si, sûre­ment, qui en­tame une dégrin­golade vers les abîmes du clas­se­ment. La faute aussi à une con­curr­ence pas au niveau.

Boris Be­ck­er re­mpor­te un de­rni­er grand titre à Mel­bour­ne en 1996, et livre à Sampras la plus furieuse des op­posi­tions en fin­ale du Mast­ers de la même année. Mais Boris joue là sa dernière gran­de année, son poig­net le lâche à Wimbledon et il de­vient un in­ter­mittent du ten­nis, au point que sa par­ticipa­tion à ce fameux Mast­ers 1996 re­stera longtemps in­cer­taine.

Mic­hael Chang traver­se cette période en em­bus­cade ; n°2 mon­di­al la plupart du temps, il ne par­vient pas à tirer pro­fit d’un af­faib­lisse­ment physique de Sampras. Fragilis­ée par la perte de son titre à Wimbledon con­tre Ric­hard Krajicek, la place de n°1 mon­di­al de Pete ne tient plus qu’à un fil à l’ouver­ture de l’US Open 1996. Mais après un légen­daire com­bat face à Cor­ret­ja, Sampras barre la route à Chang avec auto­rité en fin­ale. Ce de­rni­er ne pro­fite même pas des ab­s­ences de son rival en­combrant, notam­ment à l’US Open 1997, où là en­core la place de n°1 mon­di­al est à sa portée. Kafel­nikov, Raft­er et Kuert­en re­mpor­tent leur pre­mi­er grand titre, sans avoir à affront­er Sampras (à Roland 1996, Kafel n’a pas battu Sampras, il a battu son cadav­re) et sans menac­er sa place de n°1 mon­di­al.

1998 sera l’année d’un duel à dis­tan­ce, pure­ment mathématique, entre un Sampras dont les for­ces déclinent et dont l’étrein­te sur le ten­nis mon­di­al se de­sser­re in­exorab­le­ment, et un Mar­celo Rios réguli­er mais ap­hone en Grand Chelem, et dont la fin­ale australien­ne en début d’année sera la seule de toute sa carrière. Alors que Pete com­m­ence à subir les ef­fets de la thalassémie, l’abs­ence d’un vérit­able rival se fait cruel­le­ment re­ssen­tir.

S’en­suit un pre­mi­er semestre 1999 où les hasards des points gagnés ou per­dus amènent Pete Sampras à portée de fusil de plusieurs joueurs. C’est ainsi que Moya, Kafel­nikov et Raft­er décroc­hent le fauteuil suprême pour une poignée de semaines chacun, sac­hant que Krajicek rate de peu l’op­portunité de se joindre à la liste.

Le re­tour du Kid

C’est donc dans un con­tex­te de gran­de in­stabilité au som­met, qui a priori ne le con­cer­ne même pas, qu’Andre Agas­si ab­or­de l’édi­tion 1999 de Roland-Garros.

Car entre déprime, ad­dic­tions, nouvel­les résolu­tions, case chal­leng­ers et dis­cip­line de moine, Andre Agas­si s’est re­construit pier­re par pier­re. Enfin résolu à jouer au ten­nis pour lui-même et non par pro­jec­tion des am­bi­tions de son père, il réussit un beau re­tour sur le de­vant de la scène en 1998, saison qu’il ter­mine à la 6e place mon­diale. Son pre­mi­er semestre 1999, plombé par son di­vor­ce avec Brooke Shields, n’en sera que plus décevant. Blessé à l’approc­he de la quin­zaine de l’ocre parisi­en, il est d’autant moins favori que sa dernière ap­pari­tion en deuxième semaine à Roland re­mon­te à quat­re ans et que la len­teur de la sur­face semble désor­mais jouer con­tre lui.

In­exis­tante en début de quin­zaine, fragile après avoir frôlé la défaite au deuxième tour face à Ar­naud Clément, la con­fian­ce du Kid de Las Vegas va gran­dir au fil du tour­noi, sur­tout après sa vic­toire pro­ban­te con­tre le tenant du titre Car­los Moya, marquée par des échan­ges d’une viol­ence inouïe. Et cette ar­mure de con­fian­ce lui sera cruciale en fin­ale pour re­mont­er un han­dicap de deux sets face à Med­vedev. Cette vic­toire in­at­tendue cat­apul­te Agas­si de la 13e à la 4e place mon­diale ; et à l’ouver­ture de Wimbledon, le Kid fait désor­mais par­tie des n°1 poten­tiels à l’issue du tour­noi.

L’été in­di­en de Sampras

Et les nos­talgiques des duels Sampras-Agassi de se réjouir de l’arrivée, tant at­tendue, de la saison 2. Ils sont loin d’imagin­er à quel point ils vont être comblés, et rapide­ment de sur­croît. D’emblée, Agas­si démontre à tous que son tri­omphe à Roland Gar­ros, aussi in­at­tendu soit-il, n’était pas un feu de pail­le, et at­teint avec auto­rité la fin­ale à Wimbledon pour y défier un Sampras alors en quête d’un sixième titre dans le Tem­ple. Ce jour sera celui de Sampras : ab­solu­ment divin du début à la fin, il ver­rouil­le ses mises en jeu pour mettre une pre­ss­ion monstrueuse sur les jeux de ser­vice d’Agas­si. Ce de­rni­er, pour­tant ex­trême­ment sol­ide, ne peut éviter une défaite en trois sets. Ce sera l’un des plus beaux matchs de la carrière de Pete.

Par un hasard du clas­se­ment, ce Wimbledon, au cours duquel Pat­rick Raft­er at­teint les demi-finales, place les trois hom­mes dans un mouc­hoir pour la place de n°1 mon­di­al… et c’est Agas­si, bien que vain­cu en fin­ale, qui émerge en tête. S’en­suit un été de faus­se in­stabilité, marqué par une – et une seule – semaine où Raft­er accède au trône suprême, marquée sur­tout par deux nouveaux duels Sampras­/Agas­si, en fin­ale de Los An­geles et en demi-finale de Cin­cinnati, tous deux re­mportés par Sampras. Deux chefs-d’œuvre mécon­nus de leur rivalité, au cours de­squels Agas­si fait mieux que se défendre mais se fait co­iff­er dans le money time. Sampras s’offre égale­ment au pas­sage une mag­nifique re­vanche sur Raft­er en fin­ale de Cin­cinnati. Le Califor­ni­en af­fiche alors un niveau de jeu hal­lucinant, son talent est à son apogée et sa puis­sance au ser­vice, à la volée, mais aussi en coup droit, sont dévas­tatrices.

Re­venu sur le trône à la veil­le de l’US Open, Pete Sampras en est alors le favori légitime, et tout le monde at­tend désor­mais de savoir si le Kid va se con­tent­er de la posi­tion de faire-valoir en fin­ale. La ques­tion re­stera sans réponse : vic­time d’une her­nie dis­cale, Sampras déclare for­fait à l’ouver­ture du tour­noi, et Raft­er ab­an­donne dès le pre­mi­er tour face à Pioline. Débar­rassé de son tour­menteur at­titré et d’un rival dan­gereux (doub­le tenant du titre), Agas­si file sans trop d’émo­tions vers un titre dont il est de­venu le grand favori. Sa place de n°1 mon­di­al ne sera plus menacée d’ici la fin de l’année, Sampras blessé ne pouvant défendre ses points de fin 1998, période où il avait enchaîné les tour­nois en Europe afin de s’as­sur­er de la place de n°1 mon­di­al en fin d’année.

For­fait à Bercy après une dif­ficile vic­toire con­tre le modes­te Es­pagnol Fran­cisco Clavet, Pete Sampras émarge au 5ème rang mon­di­al à l’ouver­ture du Mast­ers, il est à court de com­péti­tion. Dans la phase de poules, il s’incline lour­de­ment face à Dédé (6/2 6/2).

Sa montée en puis­sance n’en sera que plus soudaine. Vain­queur de Kuert­en et Lapentti en poules, puis de Kief­er en demi-finale, Pete s’offre une nouvel­le vic­toire de référence sur Agas­si en fin­ale (6/1 7/5 6/4) à l’issue d’une nouvel­le démonstra­tion de force. Eb­louis­sant de bout en bout – sur une sur­face qui lui est favor­able face à son rival – Sampras con­clut de la plus belle des manières son deuxième semestre 1999, au cours duquel il n’aura pratique­ment pas connu la défaite (ab­an­don à In­dianapolis, for­fait à Bercy, défaite sans con­séqu­ence en poules au Mast­ers). La saison 1999 a remis sur le de­vant de la scène le co­u­ple in­fern­al du ten­nis américain de la décen­nie écoulée, mais elle débouc­he sur un para­doxe : Agas­si est un n°1 mon­di­al in­con­test­able, mais Sampras l’a battu à quat­re re­prises, notam­ment en fin­ale de Wimbledon et du Mast­ers, et peut légitime­ment être en­core con­sidéré comme le meil­leur joueur du monde.

Le som­met des dieux

C’est lesté de cet enjeu que s’ouvre l’Open d’Australie du nouveau siècle. N°3 mon­di­al, Sampras se retro­uve dans la même moitié du tab­leau qu’Agas­si. Ce n’est pas une fin­ale can­nibale qui nous at­tend, ce ne sera qu’une demi-finale can­nibale. Hor­mis un troisiè­me tour WTF de Sampras où il re­mon­te un han­dicap de deux sets face à Wayne Black, les duet­tistes avan­cent sans trop d’émo­tions vers le de­rni­er carré où ils se sont donné rendez-vous.

Une pluie d’aces et des coups de mutants côté Sampras, des re­tours et des pass­ings pro­digieux côté Agas­si, tout le monde se régale de­vant la par­tie de Tet­ris, d’une in­ten­sité physique saisis­sante. Sampras bril­le de tous ses feux, la puis­sance de ses volées est phénoménale, et s’il s’écroule physique­ment au cin­quiè­me set, ce n’est pas sans avoir livré une per­for­mance de haute volée dans les duels de fond de court. Pour Sampras, l’heure n’est pas en­core à se re­pos­er se re­pos­er sur les ser­vices ad­verses une fois le break en poche, ten­dance récur­rente sur les dernières années de sa carrière. Agas­si devra re­st­er vigilant du début à la fin sur ses jeux de ser­vice, et en­caiss­er de nombreux points gag­nants du fond du court.

Le legs à la postérité de ce match reste le tie-break du quat­rième set, dont les 12 points seront tous gag­nants. Sampras y réussit deux aces sur secon­de balle, ainsi qu’un im­prob­able pass­ing croisé de coup droit en bout de co­ur­se… mais Agas­si ne lâche rien, et la qualité de ses re­tours de ser­vice fait, de just­es­se, la différence. Si l’on doit re­tenir une seule séqu­ence de la rivalité Sampras-Agassi, ce tie-break s’im­pose haut la main ; jamais leur face-à-face n’a at­teint une telle in­ten­sité.

Il n’a manqué à ce match qu’un cin­quiè­me set serré : à genoux physique­ment, Pete n’a plus rien à donn­er, et en­cais­se un 6/1 in­jus­te au re­gard du reste du match. Mais la vic­toire, ce jour-là, s’est bien of­fer­te au meil­leur des deux hom­mes, Agas­si, qui a fait de la durée du match un allié précieux et a survécu à un déluge de 37 aces.

Une douceur pour le de­ssert

Ce duel de Mel­bour­ne va sign­er, para­doxale­ment, la fin de la saison 2 des gran­des manœuvres entre Agas­si et Sampras. Le kid de Las Vegas vient de con­fort­er avec auto­rité son statut de n°1 mon­di­al et de s’ex­tirp­er de la posi­tion in­con­fort­able de vic­time préférée de son rival. Mais sa pro­pre série de succès (coiffée de trois tit­res du Grand Chelem en huit mois) va connaître un coup d’arrêt.

Quant à Pete, son de­rni­er titre à Wimbledon, quel­ques mois plus tard, a des al­lures de chant du cygne. De plus en plus sujet à des coups de pompe physiques, il est désor­mais con­damné à éco­urt­er les échan­ges (pas plus de 3-4 coups de raquet­te), ce qui aug­mente les déchets de son jeu. La jeune garde, désor­mais équipée de grands tamis, par­vient à re­tourn­er son ser­vice avec la puis­sance de l’en­voyeur. Marat Safin et Lleyton Hewitt à l’US Open, Roger Feder­er à Wimbledon, Gus­tavo Kuert­en au Mast­ers, an­éan­tissent ses es­poirs de gar­nir en­core son étagère de trophées majeurs. Et le Califor­ni­en, désor­mais ir­réguli­er, dégrin­gole au clas­se­ment.

Aussi, lorsque Sampras ter­rasse Pat­rick Raft­er à l’US Open 2001 pour s’offrir un duel face à son grand rival tout de noir vêtu, c’est pre­sque une sur­pr­ise de le retro­uv­er là. Dédé est alors un n°2 mon­di­al lorgnant claire­ment sur la place de n°1 en fin d’année. Ils se sont affrontés deux fois cette année-là, pour deux net­tes vic­toires d’Agas­si au terme de matchs oub­li­ables. Dans un grand jour au ser­vice, Sampras en­voie la sul­fateuse ce soir-là, au point que le divin chauve ne trouvera pas la moindre ouver­ture sur le ser­vice ad­verse ; mais lui-même reste très ferme sur ses en­gage­ments, tout se jouera sur les nerfs, lors des tie-breaks, et les nerfs de Pete seront les plus sol­ides.

Lorsque les duet­tistes pénètrent sur le Stadium ce soir-là, l’ova­tion qui les ac­cueil­le tient plus à une nos­talgie qu’à l’intérêt réel de ce match dans l’his­toire de leur rivalité. Le pub­lic, en­thousias­te et par­tagé, semble leur dire « on est ravis de vous voir, ce sera sans doute la dernière fois alors on veut juste en pro­fit­er. Et profitez-en aussi, lâchez-vous ». De fait, tout le monde en pro­fitera ce soir-là, même le vain­cu : dans les tri­bunes, le ventre de Stef­fi Graf s’ar­rondit, et le ten­nis n’est pas tout dans sa vie. Il n’est plus ques­tion de domina­tion sur le ten­nis, chacun des deux pro­tagonis­tes est juste con­scient que les oc­cas­ions de retro­uv­er son rival de l’autre côté du filet seront de plus en plus rares, et seront tri­butaires des cir­constan­ces que les tirages au sort des tab­leaux voud­ront bien leur aménager. Aussi, quand une stand­ing ova­tion ac­cueil­le le début du de­rni­er tie-break, Agas­si et Sampras, aussi pudiques l’un que l’autre, n’en sont pas moins saisis par l’émo­tion, la même émo­tion qui traver­se les tri­bunes. On est juste con­tents d’être là, et on en pro­fite.

Ce re­ssen­ti général pèse lourd dans le re­gard rétros­pectif que les fans de ten­nis posent sur ce match, cer­tes marqué par de splen­dides échan­ges, mais dont on pour­rait re­tourn­er en défaut ce qui est générale­ment présenté comme une qualité : aucun des deux joueurs, en 48 oc­cas­ions, n’a réussi à ravir la mise en jeu ad­verse, une statis­tique flat­teuse ni pour l’un ni pour l’autre.

Le pousse-café

A ce stade, Sampras ne semble plus avoir grand-chose dans la raquet­te. S’il prend une belle re­vanche sur un Marat Safin loin de son meil­leur niveau en demi-finale, c’est pour mieux se faire cueil­lir physique­ment en fin­ale, con­tre un autre nouveau venu à ce niveau, Lleyton Hewitt. Pete n’a plus d’ess­ence dans le réser­voir… et semble-t-il plus rien à donn­er si l’on en croit sa feuil­le de résul­tats les mois suivants. A une époque où tous les champ­ions – sauf Agas­si – fin­is­sent car­bonisés à 30 ans, le Califor­ni­en traine sa peine. Battu par des an­onymes lors des pre­mi­ers tours des tour­nois aux­quels il par­ticipe, il connaît en 2002 deux défaites par­ticuliè­re­ment humilian­tes sur son gazon chéri : en Coupe Davis con­tre un Alex Cor­ret­ja qui ne goûte guère le ten­nis sur herbe, puis à Wimbledon face à l’anonyme Geor­ge Bastl, qui le domine en cinq sets.

A l’ouver­ture de l’US Open 2002, Sampras doit défendre la majeure par­tie des points ATP qu’il lui reste ; en cas de défaite prématurée, c’est une plongée vers les pro­fon­deurs du clas­se­ment qui l’at­tend. Au troisiè­me tour, cinq sets lui sont néces­saires face à Rusedski, et son ad­versaire battu pro­nos­tique sa défaite au tour suivant. Entamé physique­ment, Pete sait que son pour­centage de premières bal­les sera déter­minant ; sur le ser­vice ad­verse, il se doit de pre­ndre tous les ris­ques pour éco­urt­er les échan­ges. Ce huitième de fin­ale, face à Tommy Haas, sera peut-être le mo­ment de bas­cule du tour­noi. Face au n°3 mon­di­al, Sampras se re­pose sur les jeux de ser­vice ad­verse, at­tendant quel­ques fautes ad­verses annonçant l’ouver­ture. Pete s’im­pose en quat­re sets serrés, au terme d’un match qui re­stera le brouil­lon tac­tique de sa fin­ale face à Agas­si, dont les schémas de jeu sont pro­ches de ceux de l’Al­lemand. En quarts, Pete se sent pouss­er des ailes face au jeune Andy Rod­dick qui craque totale­ment sur son ser­vice, avant une demi-finale par­faite­ment négociée en trois sets face à Schalk­en.

Voilà donc, à la sur­pr­ise générale, le Califor­ni­en à nouveau en fin­ale face à son meil­leur en­nemi Andre Agas­si, qui a fait le sale boulot en le débar­rassant du tenant du titre Hewitt en demi-finale. Contra­ire­ment à Sampras, le Kid est en­core sacrément dans le coup, ses résul­tats sont aussi réguli­ers qu’éblouis­sants et il lorgne claire­ment sur la place de n°1 mon­di­al détenue par Hewitt. Autant dire que per­son­ne ne donne cher de la peau de Sampras avant cette fin­ale, bien qu’Agas­si ne l’ait en­core jamais battu à New York.

La clé de ce de­rni­er affron­te­ment, plus que pour tous les aut­res, sera le pour­centage de premières bal­les de Sampras. Au cours de cette dernière semaine, Pete a élevé ce pour­centage, que ses nombreuses doubles-fautes n’ont pas entamé. Elevant sa mise en jeu au rang de for­teres­se im­pren­able, il peut mettre la pre­ss­ion sur le ser­vice ad­verse, quit­te à la relâcher com­plète­ment une fois le break en poche. A trois re­prises dans ce match, Pete a pris le ser­vice d’Andre, et sa vic­toire ne re­pose que sur ces trois jeux. Et notam­ment le de­rni­er break, à 4/4 au 4e, léger mo­ment de frustra­tion pour le Kid qui vient de laiss­er échapp­er plusieurs bal­les de break au jeu précédent et qui va per­dre sa mise en jeu au pire mo­ment pour lui. Sampras n’a plus qu’à ser­vir…

Une his­toire des années 90

Pete Sampras et Andre Agas­si ont été rivaux, et cette rivalité ne fut pas que médiatique ; elle re­pose sur plusieurs séries d’affron­te­ments marqués par l’enjeu de la domina­tion du ten­nis mon­di­al. Sur le mo­ment, en 1995, il était légitime d’y voir une rivalité inédite, leurs affron­te­ments répétés d’un tour­noi sur l’autre n’ayant alors pas d’équivalent au cours des années précéden­tes.

Toutefois, les chiffres de cette rivalité n’en dis­ent pas tout, ils n’en dis­ent même pas grand-chose.

L’his­toire du ten­nis a connu quel­ques rivalités mar­quan­tes pour le trône, qu’il soit of­ficiel ou of­ficieux : Kram­er, Gon­zales, Hoad, Rosewall, Laver, New­combe, Con­nors, Borg, McEn­roe, Lendl, Ed­berg, ont livré des joutes mémor­ables, tout comme le trio Fedalic au cours du XXIe siècle. Mais tous ces champ­ions, aussi différents soient leurs jeux et leurs per­son­nalités, ont en­tretenu avec une con­stan­ce re­mar­qu­able une farouc­he volonté de s’em­par­er du sceptre et de le con­serv­er.

A la liste ci-dessus, il faut évidem­ment ajout­er Pete Sampras. Mais sûre­ment pas Andre Agas­si.

Dans la con­figura­tion par­ticuliè­re qui fut celle des années 90, Sampras fut le joueur dominant, qui s’as­suma comme tel et qui, jusqu’au bout, ne se fixa pas d’autre ob­jec­tif que de gagn­er des Grands Chelems et d’ag­randir, année après année, son ar­moire à trophées. Peu lui im­por­taient ses ad­versaires, son at­titude sur le ter­rain était celle d’un champ­ion per­suadé qu’en faisant ce qu’il fal­lait, il soulèverait le trophée à la fin. Quand on y réfléchit, il faut un or­gueil démesuré pour raisonn­er de la sorte ; mais ainsi sont faits les grands champ­ions.

Le Kid de Las Vegas a-t-il sa place dans cette liste ? Oui, si l’on re­gar­de son pal­marès. Non, si l’on ex­amine de plus près le rap­port totale­ment névrotique qu’il a en­tretenu avec son sport et avec le grand rival qui s’est dressé sur sa route. Pro­grammé par son père, dès son plus jeune âge, à de­venir le meil­leur joueur du monde, Andre Agas­si a longtemps joué au ten­nis pour des raisons qui ne lui ap­partenaient pas. Et si, à plusieurs re­prises, il a en­visagé d’arrêter pure­ment et simple­ment le ten­nis, il n’a pas franchi le pas car son père ne lui avait stric­te­ment rien mis d’autre dans la tête, et il n’avait donc pas la moindre idée de ce qu’il aurait pu faire d’autre. L’idée qu’un autre joueur soit cap­able de s’in­terpos­er entre lui et la place de n°1 mon­di­al n’entrait même pas dans son im­agina­tion. Lorsque cette idée se concrétisa avec Sampras, son ob­sess­ion se détour­na de la place de n°1 mon­di­al pour s’orient­er vers ce rival. Et son échec de l’US Open 1995 fut pour lui in­sup­port­able.

Aucun autre champ­ion, pro­bab­le­ment, n’a vécu une défaite aussi dure­ment qu’Andre Agas­si ce jour-là. Par rap­port aux champ­ions cités plus haut, sa carrière au plus haut niveau se dis­tin­gue par de lon­gues éclip­ses, et notam­ment celle de 1995-1997, au cours de laquel­le le ten­nis dis­parut tout simple­ment de son champ de vis­ion. La défaite fait in­fini­ment plus de mal que la vic­toire ne fait de bien, écrit-il dans son auto­biog­raphie. Sans doute l’une des phrases les plus im­por­tantes et les plus sincères de son livre, comme en at­testent les hauts et – sur­tout – les bas de sa carrière. Mais une phrase qu’aucun des aut­res grands champ­ions de l’his­toire du ten­nis ne serait prêt à con­tresign­er. Pour douloureuse que soit une défaite, et bien que cer­tains d’entre eux re­ven­diquent la haine de la défaite davan­tage que l’amour de la vic­toire, aucun n’a vrillé pen­dant de longs mois comme Andre l’a fait à dater de ce 10 sep­tembre 1995. Tous s’en sont remis, sauf lui.

Ce qui fait l’originalité de la rivalité Sampras-Agassi ne tient donc, ni dans la récurr­ence de leurs affron­te­ments, ni dans la di­ver­sité de leurs jeux, ni dans les à-côtés médiatiques dont elle a été en­tour­ée. Ce n’est pas la rivalité Sampras-Agassi qui est originale, c’est Andre Agas­si lui-même qui oc­cupe une place totale­ment à part dans l’his­toire du ten­nis. A part, pour la puis­sance fin­an­cière et médiatique qu’il a représentée tout au long de sa carrière. A part, parce qu’il a débarqué sur le cir­cuit pro­fes­sion­nel doté d’un jeu révolution­naire mais lesté d’un cer­veau tour­menté au sujet de sa place dans ce monde et dans ce sport, tour­ments que ses vic­toires et ses défaites n’ont ab­solu­ment pas résolus. A part, enfin, parce qu’il nour­rissait à l’endroit de son grand rival une ob­sess­ion à nulle autre pareil­le.

Oui, Sampras et Agas­si ont été des rivaux, et pas des moindres.

Oui, les défaites d’Agas­si face à Sampras – et notam­ment à l’US Open – sont les jalons es­sentiels de leur rivalité, tout simple­ment parce qu’ils ont été vécus comme tels par la vic­time, Agas­si.

Oui, Agas­si ayant été, pour de bon­nes et de mauvaises raisons, globale­ment plus populaire que Sampras, le grand pub­lic a épousé le point de vue d’Agas­si et réserve une place de choix à leur rivalité dans l’his­toire du ten­nis.

Et oui, leur duel de Mel­bour­ne en 2000 n’oc­cupe qu’une faib­le place dans cette rivalité, tout simple­ment parce qu’elle a débouché sur une vic­toire d’Agas­si.

Reste que je ne re­gret­te pas d’avoir séché les cours ce jour-là.

About

Grand pas­sionné de ten­nis de­puis 30 ans.

Tags: ,

238 Responses to Le sommet des dieux

  1. Rubens 10 septembre 2022 at 15:33

    En regardant Khachanov hier soir, je repensais à Sam et à la saillie de Marat sur l’intelligence de jeu (voir plus haut). Et ça m’a rappelé l’unique match de rugby que j’ai jamais joué, quand j’étais à l’université, dans un contexte purement amical.

    Le « capitaine » de mon équipe, qui avait un modeste niveau de club et avait réparti les rôles, vient me voir pour m’annoncer que je serai talonneur. N’y connaissant rien, je lui demande ce qu’il faut faire. « Tu baisses la tête et tu pousses », qu’il me répond. Et il ajoute « Avant le match, penche la tête vers la droite et secoue-là un peu, puis fais la même chose du côté gauche. Ce que tu as entre les deux oreilles ne te sera d’aucune utilité ».

    Je me demandais hier si Khachanov se vidait la tête avant les matchs comme me l’avait enseigné mon camarade, parce que franchement ça ne respire pas la finesse. Rien de personnel contre Karen, qui m’a l’air d’être un bon gars, et dont la gifle en coup droit est d’une pureté hallucinante.

    • Nathan 10 septembre 2022 at 18:45

      Autrement dit, Un tennis cristallin un peu con.

      • Rubens 10 septembre 2022 at 21:36

        Khachanov est l’anti-Medvedev.

  2. Guillaume 10 septembre 2022 at 20:33

    @Sam : objectif taper la causette avec Dominic Thiem cette année ?

    • Rubens 10 septembre 2022 at 21:45

      L’Open de Rennes serait-il en train de devenir le repaire des anciennes gloires sur le chemin du retour ? Après Murray et Thiem, les Gallos peuvent envisager sereinement Federer en 2023. A moins qu’il ne préfère revenir sur le théâtre de ses exploits de jeunesse à Brest :lol:

      • Sam 11 septembre 2022 at 00:38

        L’open de Rennes s’est très judicieusement positionné en deuxième semaine de GC, il faut l’admettre.
        Par contre, @guillaume, si je tombe nez à nez avec Domi, je lui raconte quoi ? Et, en Allemand, je suis moyen…

        • Sam 11 septembre 2022 at 00:41

          En tous cas, je ne boude pas mon plaisir, et ma PLACE VIP pour le vendredi, un très bon choix de date, assurément, mais, déconne pas Domi. Un quart de Tchal’, normalement c’est à ta portée et ça serait même un peu vexant pour toi que je réserve avant ce vendredi.

  3. Jo 11 septembre 2022 at 14:46

    Bon, il est temps de se mouiller. Le monde entier attend Alcaraz, moi aussi. Je remarque que malgré sa deuxième semaine éreintante, il en a eu une première aisée et son été américain fut touristique. Afin de s’éviter toute déconvenue, Carlitos doit démarrer pied au plancher, gagner les deux premiers sets puis contrôler en trois ou quatre manches.

  4. Rubens 11 septembre 2022 at 23:37

    Cette finale nous réserve de très, très beaux échanges.

    6/4 Alcaraz, break Ruud dans le deuxième.

  5. Rubens 11 septembre 2022 at 23:50

    Un set partout. Il va falloir que Carlito fasse autre chose que des amorties quand la balle revient plus de trois fois…

    • Rubens 12 septembre 2022 at 00:08

      Je reformule : Carlito doit arrêter tout court de faire des amorties.

  6. Rubens 12 septembre 2022 at 01:02

    Et il vient de gagner le troisième en survolant le tie-break, mais contre le cours du jeu.

  7. Rubens 12 septembre 2022 at 01:43

    Yep. New champion.

  8. Sebastien 12 septembre 2022 at 03:01

    Finale moins belle que le match contre Tiafoe et plus encore que le match vs Sinner, mais des résultats prometteurs ; plus jeune N°1 mondial de l’histoire, plus jeune vainqueur de l’US Open depuis Sampras 1990, plus jeune vainqueur de Grand Chelem depuis Nadal 2005.
    J’ai apprécié son relâchement avec l’ouverture du robinet à aces notamment

    Espérons que contrairement aux monovainqueurs de GC de ces dernières années, Thiem et Medvedev, il construise sur cette victoire pour aller plus loin plutôt que de régresser

    L’année prochaine Melon sera à mon avis optimisé comme jamais, avec des pyramides au summum. Aucun Next Gen n’a son endurance.

    Profitons de cette année plus riche en gluten

  9. Jo 12 septembre 2022 at 05:03

    Le roi Rafa est mort (va bien finir par mourir), vive le roi Juan Carlitos. Du reste, Vostradamus (votre humble serviteur) avait posté/prédit ceci au printemps : Alcaraz ne gagnera peut-être pas Roland-Garros cette année, mais simplement l’US Open.

    • Colin 12 septembre 2022 at 18:40

      Toujours en mode Nostradamus, « Afin de s’éviter toute déconvenue, Carlitos doit démarrer pied au plancher, gagner les deux premiers sets puis contrôler en trois ou quatre manches » => tu y étais presque !

  10. Rubens 12 septembre 2022 at 09:59

    Je voudrais souligner combien cette levée de l’US a été super. Alcaraz, Ruud, Khachanov, Tiafoe, Kyrgios, Sinner, Cilic, Ivashka, Davidovitch Fokina et bien d’autres se sont déchirés sur le terrain. Il n’y a qu’un vainqueur à la fin, mais dans ce tournoi ouvert ils ont assuré le spectacle.

    Gaël Monfils conserve haut la main le titre du joueur ayant ostensiblement refusé de combattre en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem.

    Une remarque au passage : après Del Potro en 2009, Cilic en 2014, Thiem en 2020, Medvedev en 2021 et désormais Alcaraz, l’US Open est décidément le GC le plus récalcitrant à la dictature du Big 3. Je ne me l’explique pas, mais c’est à noter.

    • Guillaume 12 septembre 2022 at 15:47

      Il y a plusieurs choses qui peuvent expliquer ça. Mais la principale pour moi est surtout que l’US a été le GC le plus récalcitrant à la dictature de Djokovic. Federer y a été largement tyrannique en son temps, Nadal a maximisé ses ouvertures plus que partout ailleurs, Murray et Waw ont pris leur part syndicale du gâteau… La grosse différence, c’est que pour ce qu’il est/était dominant sur dur, Djoko en a bavé plus qu’ailleurs à Flushing. Freiné par Roger les premières années, dominé au H2H en finales à NY par Nadal, plus quelques autres bizarreries : la demie contre un Nishi rôti en 2014, la disqualification de 2020… plus le fait que 2 de ses 3 forfaits en GC depuis le début de sa carrière ont eu NY pour cadre.

    • Colin 12 septembre 2022 at 18:53

      Voui, c’est net. Sans remonter jusqu’à Delpo et Cilic, car c’était une autre époque, ça fait maintenant trois années consécutives que l’US Open est le SEUL grand chelem à échapper aux deux Golgoths, donc il me semble que ça commence à signifier quelque chose (même si nos amis statisticiens nous diront qu’on peut difficilement tirer des conclusions à partir d’un échantillon de seulement 11 éléments).
      Guillaume donne des pistes intéressantes, mais ça n’explique pas vraiment, selon moi, l’origine de la spécificité de l’US Open par rapport aux trois autres. Pourquoi Nadal et Djoko n’y arrivent plus depuis 3 ans à NY alors qu’ils semblent programmés pour être invincibles sur les 3 autres levées ? Ou, réciproquement, pourquoi des joueurs qui apparaissent totalement impuissants à Melbourne, Roland-Garros et Wimbledon, deviennent subitement des tueurs de Golgoths à Flushing?

    • Guillaume 12 septembre 2022 at 20:39

      Ce que je veux dire, c’est que les largesses du Big 3 à Flushing sont largement dûes à Djoko. Fed ? Un quintuplé dans ses grandes années, j’appelle ça verrouiller un palmarès. Et s’il n’a plus gagné ensuite, c’est principalement la faute à Djoko (2010,2011,2015). La seule « occasion manquée » c’est peut-être 2017, où il se pointe avec bobo dos depuis Montréal. Mais à 35, 36 ans, c’est normal de caler de plus en souvent physiquement. Nadal ? Il a plus que rempli sa part du contrat : il a gagné autant à Flushing qu’à l’OA et Wim réunis. Celui qui manque significativement au palmarès par rapport à ce qu’il représente sur la surface, et représente tout court d’ailleurs, c’est Djoko et seulement Djoko.

      Pour les trois dernières années plus spécifiquement, Nadal n’en joue qu’un, Fed zéro. Et Djoko deux : celui du ball trap sur juge de ligne, et celui qui échoue à un match du Grand Chelem calendaire. Bref, pas besoin de tueurs de Golgoths quand les Golgoths ne sont pas là ou s’éliminent tout seul ! :lol: A l’arrivée, les Big 3 en question n’ont jamais perdu que 2 matchs sur les 3 éditions en question : Djoko en 2021 (Meddy) et Nadal en 2022 (Tiafoe).

    • Rubens 12 septembre 2022 at 22:36

      Oui, Djoko est le principal responsable. C’est quand même incroyable qu’à ses 9 AO répondent seulement 3 US. Mais comme le dit Guillaume, il s’est largement pénalisé lui-même.

      Toujours est-il que nous autres Gaulois serions désormais légitimes pour brocarder l’US sr le mode « Mais qui sont donc tous ces vainqueurs en carton », refrain qui allait bon train chez les Yankees dans les années 90 à propos de Roland Garros :smile:

  11. Guillaume 12 septembre 2022 at 15:37

    Un superbe tournoi, et un superbe vainqueur. Perso j’adore voir jouer Alcaraz. Il est créatif, entreprenant, a une main de folie, monte souvent au filet (et pas des points à 40/0 sur son service !), peut mettre des sacoches comme jouer la finesse… Ne lui manque que le revers à une main :smile: Même son attitude, j’aime bien. Je n’y vois pas de parallèle avec Djoko. Plutôt un ado qui, après un beau point, cherche son grand frère / mentor / père spirituel du regard : « t’as vu, t’as vu ? J’ai bien fait, non ? » moitié dans la recherche d’approbation, moitié dans le chambrage qui rebondirait sur des discours tenus par Ferrero, ou des séquences vécues à l’entraînement. Ledit Ferrero étant plus souvent qu’à son tour en mode « pff, mais qu’est-ce qu’il m’a encore fait là »…

    • Perse 12 septembre 2022 at 17:34

      En effet, Alcaraz semble ou plutôt est un talent générationnel puisque être n°1 mondial et gagner un GC sont les sommets du tennis.

      Il est en effet incroyable à voir jouer, avec une explosivité rare, une main magnifique mais également un sens tactique aiguisé pour obtenir une telle réussite. Mon seul bémol est le fait que ce soit un espagnol et ce n’est pas sa faute :)

      Pour ce qui est du tournoi, c’est effectivement l’une des plus belles éditions de récente mémoire avec des joueurs que j’ai trouvé en forme versus d’autres années où c’était le bal des éclopé.

      Il est impressionnant de constater à quel point l’émergence de Sinner et d’Alcaraz semblent avoir rendu la génération d’aspirant des Tsitsi & Zverev obsolète (sans oublier Thiem qui semble en l’espace de 12 mois pris une carrière de « journeyman »).

      Contrairement à Rubens, je serai aux anges que Sinner concrétise en 2023 parce que j’admire considérablement sa persistence, sa qualité de frappe et sa souplesse que seul surpasse l’hallucinant Alcaraz.

      —————————————–

      Chez les femmes, il est nécessaire de tirer son chapeau à Swiatek qui après un creux cet été réaffirme une suprématie assez nette sur la concurrence, là-aussi on a l’impression d’un coffre en terme de niveau de jeu par rapport au reste du champs.
      Il est dommage pour Garcia de tomber contre Jabeur qui semble être sa némésis (au même titre que Kyrgios l’est pour Medvedev ou Krajicek le fut pour Sampras) mais il n’y a que du bon à tirer de son tournoi aussi.
      Elle aussi a les cartes en main pour être une top 5 pérenne et je suis curieux de voir sa saison 2023.

    • Colin 12 septembre 2022 at 18:34

      Alors là, mon Guillaume, mon jumal, dans mes bras !!! Tu me fais bien plaisir car ce que tu écris là c’est EXACTEMENT ce que je pense. Ce petit Alcaraz devenu grand est extrêmement agréable à voir jouer, et rien, mais rien, mais alors rien du tout, en lui ne me rappelle Djokovic. Il fait un bien fou au tennis, après des générations de « nextgen » toujours prêts à se déballonner (ou à se tordre la cheville) dès qu’ils se retrouvaient face à l’un des deux cyborgs.
      Transition toute trouvée concernant la finale d’hier soir : je n’ai rien contre Ruud, évidemment, il est bien gentil ce garçon, mais il souffre d’une tare fondamentale selon moi : s’être pris 3-6 3-6 0-6 face au cyborg au pied cassé lors de sa première finale en GC, et surtout, ce 0-11 final, assez honteux quand même pour quelqu’un qui aurait pu, à un match près, devenir n°1 mondial hier soir. Dès que Ruud aura battu Nadal sur TB et Djoko sur dur on en reparlera, mais pour l’instant le seul qui fasse un vrai beau nouveau n°1 c’est bien le petit Carlito. Vamos !

    • Sebastien 12 septembre 2022 at 21:21

      Super commentaire, Guillaume, dont je cosigne chaque mot. C’est totalement ça sur l’attitude, rien à voir avec le Serbe ! Moi aussi j’adore voir Alcaraz jouer, il se passe toujours quelque chose avec lui et il a animé cet US Open comme personne avec ses coups venus d’ailleurs, sa joie de vivre, sa spontanéité.
      Il a frappé des coups droits aussi puissants que ceux de Delpo, couru presque aussi vite que Nadal 2005, tenu mentalement comme Nadal ou Djoko, tout en s’amusant. Il insiste d’ailleurs sur le côté « amusement » qu’il disait avoir un peu perdu au Canada et à Cincy.
      La pépite de la next (next) gen, à surveiller de près avec un Sinner qui devient de plus en plus fort.

  12. Rubens 12 septembre 2022 at 23:37

    Perse, il ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre tout ce que je raconte sur Sinner. Je ne me trompe pas de cible, le Béornide n’est pas non plus mon grand méchant, même s’il suscite ma causticité.

    Ce qui est vrai, c’est que je suis attentif à l’évolution du tennis de haut niveau. Et je redoute la prise de pouvoir de purs cogneurs sans imagination, qui ne l’emporteraient que par leur puissance physique et feraient disparaître toute nuance au sommet, avec la perte d’attractivité qui en découlerait pour le tennis. Sinner n’est que l’un d’entre eux, je pourrais te citer Zverev, Rublev, Khachanov ou encore FAA, dont les jeux ne me font pas rêver. Ils n’y sont pas, et il y a encore de la place pour des variations. Mais ils ne sont pas loin. Pour revenir au thème de mon article, il faut se rappeler des cris de pucelles effarouchées qui ont accompagné la finale de RG 91 entre Courier et Agassi, certains redoutant que ce déluge de puissance brute ne devienne la norme. Nous n’en étions pas encore là, et Jim et Andre étaient par ailleurs de délicats éphèbes à côté des cogneurs d’aujourd’hui :smile:

    Côté tennis féminin, je ne partage pas l’enthousiasme général (si enthousiasme général il y a). J’ai grandi avec Evert, Navratilova, Graf, Hingis. Je n’ai donc sans doute aucune prédisposition naturelle pour apprécier les matchs d’aujourd’hui. Samedi soir, au détour de mes déambulations sur le web, j’ai vu que Swiatek menait 6/2 5/4 contre Jabeur. Je me suis laissé aller à regarder la fin, en me disant que vu le score je n’en aurais sans doute que pour quelques minutes (voire quelques secondes).

    La fin a été plus longue que je ne l’espérais : 3 jeux et un tie-break. Une trentaine de points en tout. Dixit Eurosport, « la finale devenait superbe » à ce moment-là. Pour ma part, j’ai compté 2 points gagnants, 4 fautes provoquées et donc 24 fautes directes (soit 80% du total). Le tout au termes d’échanges n’ayant presque pas dépassé les 5 ou 6 frappes. A vue de nez, je dirais que la balle ne rentrait dans le terrain que deux fois sur trois en moyenne.

    Il m’a semblé que les deux joueuses tapaient à peu près aussi fort que les demi-finalistes masculins de la veille, c’est-à-dire à une vitesse où elles ne peuvent plus contrôler la balle (et où leurs homologues masculins ont d’ailleurs eux-mêmes du mal à la contrôler). Et je me prenais à rêver qu’on leur donne des raquettes d’il y a 30 ans, afin qu’elles puissent montrer au public ce qu’elles sont réellement capables de faire.

    Cette puissance que permettent les raquettes d’aujourd’hui, elle est en train d’engloutir le tennis féminin. Et elle engloutira le tennis masculin dans la foulée, à moins que le public, en masse, ne se remette à applaudir des gens qui jouent bien plutôt que des gens qui jouent vite.

    Et c’est pour cela que j’étais, hier soir, à fond pour Ruud. Rien de personnel contre Carlito, dont j’apprécie l’enthousiasme juvénile qu’il montre sur le terrain, et qui n’est pas l’un des bourrins que je décrivais plus haut, s’il y a un nouveau n°1 mondial je préfère que ce soit lui plutôt que Zverev ou Thiem. Mais si j’avais autour de moi des gamins qui apprennent le tennis, je leur montrerais la monumentale séquence d’1h30 au cours de laquelle, hier soir, le Norvégien a patiemment contré et étranglé la puissance adverse. Parce que quand tu es un gamin, tu dois faire face à des adultes qui tapent plus fort que toi, il faut te démerder avec ça et il y a bien des manières de s’en sortir. Alcaraz, c’est un génie, sa frappe est d’une pureté hallucinante et son jeu est très complet. S’il s’agit d’admirer du tennis, Alcaraz est parfait, mais du point de vue de la pédagogie du tennis, Casper est infiniment plus intéressant.

  13. Perse 13 septembre 2022 at 11:05

    Il y avait un article du New York Times sur la convergence des circuits en terme de vitesse de balle il y a quelques années. C’était intéressant mais je crois qu’il y avait un biais quant à la lourdeur des frappes : il y a plus d’effet chez les hommes même si les vitesses elles convergent.

    En revanche, là où il n’y a pas convergence, c’est le déplacement infiniment meilleur chez les hommes. A contrario, d’après le bouquin de Caroline Martin sur la technique du tennis (une grosse somme très intéressante), les filles ont une agressivité et une qualité de retour plus fortes.

    Pour ce qui est de la puissance pure, il est à noter que la nouvelle génération est revenue à la norme habituelle en terme de gabarit : Alcaraz, Ruud, Sinner font moins de 1.90m là où la génération des FAA, Medvedev, Khachanov etc… est au-delà du 1m95.

    Pour moi, le plus gros problème des raquettes et cordages actuelles est leur trop grande tolérance, permettant d’exécuter d’excellents coups avec des plans de frappes non-optimaux. D’un côté, cela permet des coups de défenses hallucinants mais la qualité de centrage n’est pas suffisamment récompensé.

    Il suffit de se passer du tennis des années 90 pour savoir quand une frappe est parfaite d’une autre où le joueur n’était pas bien placé.

    • Rubens 13 septembre 2022 at 12:34

      C’est exactement ça. J’ajoute une précision : la récurrence des géants tutoyant les 2m est une évolution assez récente (le début des années 2010) liée aux améliorations de la préparation physique. C’est Jerzy Janowicz, je crois, qui a fait halluciner tout le monde quand il a explosé fin 2012, parce qu’il cumulait une grande taille avec une grande souplesse dans les jambes. Zverev et Medvedev ont probablement effectué un travail spécifique aussi, en tout cas si tu leur envoies la balle dans les pieds ils sont capables de se baisser comme s’ils faisaient 1,70m.

      Mais la spécificité de notre époque, c’est effectivement que des coups mal centrés peuvent néanmoins être parfaitement placés, ce qui ajoute le contrôle à la puissance. Mais le temps de réaction en est réduit d’autant, d’où la disparition du service-volée, et d’où l’incapacité chez les filles – et bientôt, je le répète, chez les garçons – à maîtriser la puissance qu’elles génèrent malgré elles. Nous sommes en train de basculer d’une ère de l’action à une ère de la réaction, avec des schémas tactiques qui s’appauvrissent, sans même parler des blessures désormais omniprésentes dans les carrières.

      • Perse 13 septembre 2022 at 16:50

        JJ avait effectivement réalisé un tournoi extraordinaire à Bercy 2012 et a connu une saison suivante de belle tenue. Depuis, les blessures l’ont empêché de se maintenir sur l’ATP (il joue encore en Challenger) mais il a pavé la voie pour HH.

        Pour Zverev, il a régulièrement expliqué que son agilité, notamment sur les balles basses pouvait être liée à sa pratique du hockey sur gazon intensive. Au fait, personne n’a commenté à propos de son diabète ? C’est tout de même impressionnant d’avoir une telle intensité physique avec une maladie comme ça !

        Nous divergeons sur le manque de maîtrise de la puissance alors que je trouve que le tennis masculin est rarement devenu aussi attritif : le nombre d’échanges à rallonge sur toutes les surfaces m’incitent à penser que le terrain est trop petit pour les hommes.

        Après, c’est peut-être mon conservatisme qui parle mais au même titre que les raquettes spaghetti avaient interdites, j’accueillerai avec plaisir une mesure réduisant les tamis. Vu le niveau des joueurs qui arriveraient à jouer négatif avec une cuillère en bois comme on voit régulièrement des vidéos sur Instagram, cela permettrai d’éviter d’avoir des défenses démentes et il y aurait un vrai bonus à centrer la balle.

  14. MarieJo 13 septembre 2022 at 17:15

    Alacaraz a été énorme et encore j’ai raté le tiafoe et une bonne partie du Sinner…
    La finale était moins époustouflante mais y’avait largement de quoi se faire plaisir, évidemment il a raté des amorties à la pelle mais il a remporté celle qui lui donne un set donc on lui pardonne :)
    Moi qui me disais qu’après Rafa ce serait la disette côté espagnols… tout faux et tant mieux!
    J’espère que les zverev Tsitsipas et co vont enfin se bouger le cul au lieu de se trouver des excuses.
    Et Vamos Carlitos :)

  15. Colin 14 septembre 2022 at 15:57

    Godard a cassé sa raquette…
    Ayant abondamment cité Godard dans mon premier volume de l’anthologie du tennis au cinéma (Sur l’écran noir les lignes blanches), il fallait bien que j’en parle.
    Je vous partage donc le témoignage/hommage de Cathy Tanvier publié sur le site de Libé (Guillaume s’il faut supprimer le texte ci-dessous par respect pour ta consœur de Libé, tu le fais, ne te gêne pas pour moi…)

    Par Sabrina Champenois – publié le 13 septembre 2022 à 22h36
    C’est notoire, Jean-Luc Godard était passionné de sport. C’est comme ça que Catherine Tanvier, tête de pont du tennis féminin français dans les années 80, 20e mondiale au plus haut de sa carrière, en 1984, s’est retrouvée à jouer dans Film Socialisme. Une expérience indélébile qu’elle nous raconte, au téléphone, depuis Saint-Ciers-sur-Gironde où elle vit, écrit, entraîne.

    «Nous sommes en 2007. Je suis à Paris, en fin de tournée promotionnelle de mon livre Déclassée [publié aux éditions Panama, ndlr], quand soudain mon éditeur, Marc Grinsztajn, me dit : “Au fait, Jean-Luc Godard a appelé. Il souhaite vous rencontrer.” Moi : “Pardon ?” Il me confirme cette information incroyable. Je sais que Jean-Luc Godard est passionné de tennis, mais bon… Je demande pourquoi. Lui : “Ah, ça, c’est lui qui vous le dira.” Quelque temps plus tard, Jean-Paul Battaggia, le bras droit de Godard, me contacte et c’est lui qui va organiser la rencontre, chez lui à Paris.

    «Le jour venu, un 3 décembre, jour de l’anniversaire de Jean-Luc Godard, je suis terriblement impressionnée, d’autant plus qu’il y a une caméra, sur pied, et je ne suis jamais à l’aise devant une caméra. Mais je remarque que Jean-Luc l’est aussi, en fait : on est deux grands timides. Heureusement, très vite, on commence à parler tennis, et là la conversation devient complètement naturelle. J’ai affaire à quelqu’un qui connaît toute l’histoire du tennis, c’est franchement impressionnant. Il parle des grands joueurs de son époque comme Arthur Ashe et Ken Rosewall, il s’étonne que le Tchèque Tomás Berdych ne soit pas dans le top 3 mondial, il s’intéresse aussi beaucoup à la technique.

    «La conversation dure une heure et demie, et au bout d’un moment, je me demande ce que je fais là. C’est alors que Jean-Luc évoque l’idée de me prendre dans son prochain film. J’objecte que je ne suis pas actrice. Il me répond avec un petit sourire : “Mais qui vous demande de jouer ? Soyez juste vous-même.” Et c’est comme ça que je me suis retrouvée sur le tournage de la deuxième partie de Film Socialisme, qui a eu lieu chez lui, à Rolle, pendant dix-sept jours.

    «En amont, il m’a juste envoyé un petit texte “à savoir par cœur, sans intention.” Mon rôle dans le film est celui de la mère de deux enfants qui prennent le pouvoir. Une fois arrivés sur le tournage, on nous a donné un classeur, avec les grandes lignes du film, environ 70 pages. Il y avait un scénario écrit mais Jean-Luc le complétait, le modifiait, au fur et à mesure. Je l’ai perçu à la fois en ébullition, toujours en train de réfléchir, penser, chercher, très concentré. On travaillait du matin au soir mais en prenant notre temps, jamais dans la précipitation, il y avait une dimension à la fois très artisanale et très intellectuelle dans sa façon de faire. On tournait dans son appartement d’une simplicité étonnante, minimaliste, et dans un garage. Je l’ai vu, à 80 ans, s’allonger par terre pour vérifier que la lumière était celle qui voulait… Pas autoritaire, très doux et très patient avec tout le monde, il disait toujours “Ne vous inquiétez pas” quand il fallait refaire une prise. Généralement, trois ou quatre suffisaient. Parfois, je me permettais de dire que je ne comprenais pas où on allait, il se marrait…

    «Quand il n’était pas inspiré, son bras droit m’appelait au téléphone pour me demander si j’étais d’accord pour faire un tennis, et Jean-Luc passait me prendre à l’hôtel. Il venait dans sa vieille voiture pleine de cendre de cigare, et on allait jouer à dix minutes de là, dans un court couvert d’un club hyper huppé perdu entre deux vignes. Avant, on avait toujours pris un bon goûter, une tarte aux fraises, souvent avec sa compagne Anne-Marie Miéville. Il jouait en tee-shirt et pantalon de ville, le cigare éteint dans sa poche. Je faisais évidemment attention, je jouais sur lui, à une vitesse qui lui permettait de renvoyer la balle, mais lui, le lascar, faisait tout pour me balader… On a fait ça trois ou quatre fois pendant le tournage, c’était exquis.

    «A la fin du tournage, il y a eu un goûter à la pâtisserie où il avait ses habitudes et à un moment donné, je suis allée m’asseoir à côté de lui. J’avais lu quelque part qu’il avait annoncé que ce film serait son dernier. Pour l’avoir vu travailler, cet esprit en perpétuelle ébullition, je ne pouvais pas y croire. Du coup, je lui ai lancé : “Alors, comme ça, vous ne tournerez plus ?” Il a répondu que c’était vrai. Et moi, que je ne le croyais pas, donc il m’a demandé pourquoi. “Parce que vous n’arrêtez pas de penser”, j’ai dit. Il a tiré sur son cigare, il a souri. J’avais raison, il a continué de penser, de chercher. Je suis consciente d’avoir eu une chance inouïe de voir évoluer un tel artiste.»

    • Guillaume 14 septembre 2022 at 16:44

      Oh tu sais j’ai beau connaître la problématique économique derrière, j’ai un problème avec le système de paywall : dans un monde où les gens s’informent énormément sur le web, qu’est-ce qui se passera quand les médias « sérieux » se seront tous barricadés derrière des paywall et que l’info gratuite, en libre accès, sera laissée à n’importe quels types de supports ? Si l’avenir du web c’est le Monde, Libé, Figaro, AlterEco et d’autres en payant et Sputnik, RT France et FdeSouche en accès libre, les titres de presse y auront gagné, mais notre société… ?

      Quant à Godard, il y a une interview célèbre aussi de lui où il expliquait que s’il devait filmer le tennis, il opterait pour la narration d’un tournoi, prenant un qualifié au premier tour, le suivant jusqu’à sa défaite, pour suivre son vainqueur, jusqu’à sa défaite, pour suivre son vainqueur… et ainsi de suite jusqu’à arriver au champion 15 jours plus tard. Ce qui avait incité France TV a tester le procédé en 2004, je crois, partant de Julien Jeanpierre (?) au premier tour jusqu’à Gaston le dernier dimanche.

      • Rubens 15 septembre 2022 at 09:55

        Je me souviens de ce reportage ! L’un des maillons de la chaîne était d’ailleurs Mickaël Llodra, puis Tim Henman, puis Guillermo Coria. Mais j’ignorais que l’idée était de Godard. Je n’ai pas grand chose à dire sur le cinéaste lui-même, j’ai le vague souvenir de m’être ennuyé devant A bout de souffle et de ne pas avoir poussé plus avant dans son œuvre.

        • Guillaume 15 septembre 2022 at 10:37

          J’irais pas jusqu’à dire m’être ennuyé mais les tunnels de dialogues verbeux, pas spontanés du tout, entre Bebel et Seberg dans la deuxième partie m’avaient un brin sorti du film. Alors que la dimension (faussement) désinvolte, enlevée, de la mise en scène et du jeu des acteurs faisaient tout le charme de la première moitié de péloche.

  16. Bastien 14 septembre 2022 at 17:24

    Superbe commentaire hier soir, Rubens. Casper est chiant comme un gentil fantôme, mais il faut avouer que c’est ce qu’on fait de mieux en stratégie en ce moment. Ce revers banane infiniment lent qui renvoie la bomba d’Alacatraz en train de sprinter vers le filet, tout penaud à 3 cm du coin arrière droit de son terrain était d’une délectable subtilité.

    Cependant, du côté de l’homme de Murcie, il y a un sens tactique délirant de précocité (les montées au filet à contre-temps et à contre-tempo (le fait d’en tenter cinq en six points à un moment décisif) et surtout un mental tout vamosien voire pyramidal qui lui permet de s’accrocher comme une teigne dans les moments faibles et de rouler comme un bulldozer dans ses moments forts, là où le brave Casper s’effiloche quand ça compte vraiment, cf. l’affreux tie-break qu’il commet avec des balles soudainement à 3 mètres dans le décors en deux coups de raquette alors qu’il pouvait tenir 800 échanges et viser les lignes cinq minutes avant et cinq minutes après.

    J’essaie de trouver un joueur des générations précédentes à qui Ruud me ferait penser, mais je peine un peu : Hewitt, Magnus Norman ?

    • Guillaume 15 septembre 2022 at 10:06

      Oh Bastoon, ça fait plaisir de te revoir ! Ruud pour moi c’est le nouveau Ferrer. Il en a la régularité, le niveau plancher et le plafond de verre, la polyvalence, quasiment le jeu (Ferrer avait su évoluer pour prendre la balle plus tôt)… sans oublier la capacité à se liquéfier. En finale de RG, on n’attendait pas grand-chose de lui d’autre que Casper le fantôme, et puis Nadal jouant moyennement, on soulève une paupière quand il breake dans le 2e, on se dit « tiens ? » et puis non, fausse alerte, il replonge (et nous on repionce) aussi vite pour ne plus marquer un seul jeu. J’ai retrouvé ça à Flushing où il joue super bien, ou en tout cas juste, au troisième, jusqu’à se procurer ses balles de set à 6-5. Alcaraz les sauve, ok, ça arrive… Mais derrière il cochonne son tiebreak comme un grand avec des UE comme il n’avait pas dû en commettre depuis 2019.

      « L’homme de Murcie »… Me revient qu’avant cette périphrase désignait Nicolas Almagro. On parle toujours de foudre dans le bras, par contre côté variété et ciboulot avec Carlito on a basculé dans le Murcian 3.0 :lol:

      • Rubens 15 septembre 2022 at 10:18

        Guillaume, nos posts se sont croisés :lol:

      • Elmar 15 septembre 2022 at 11:26

        Avec deux finales de GC et une deuxième place mondiale, Ruud a déjà fait mieux que Ferrer sur l’ensemble de sa carrière.

        Je n’aurais pas dit ça avant son US Open, mais il n’est pas impossible qu’il rafle la mise un de ces quatre. J’ai trouvé qu’il avait fait de très nets progrès dans son jeu, au service, en revers et dans l’idée d’agression.

        Affaire à suivre.

      • Colin 15 septembre 2022 at 14:44

        Tandis qu’en vélo la périphrase « L’homme de Murcie » désigne Alejandro Valverde.
        Ça fait beaucoup d’hommes de Murcie tout ça.

        • Guillaume 15 septembre 2022 at 15:35

          et tous des puncheurs !

    • Rubens 15 septembre 2022 at 10:08

      Salut Bastien,

      Magnus Norman sûrement pas, le Suédois avait une force de frappe nettement supérieure.

      Celui auquel je pense, c’est l’une des têtes épinglées dans le légendaire traité de pouxomachie de Karim, et qui n’a jamais eu beaucoup de supporters (tout comme Ruud du reste), j’ai nommé David Ferrer. Je ne vais pas me lancer dans l’hagiographie d’un joueur ayant le double handicap d’être retraité et de ne pas avoir bercé ma jeunesse tennistique (contrairement à Wilander). Quelques lignes devraient suffire.

      David Ferrer a eu droit à un magnifique – et remarquablement juste – portrait dans le bouquin de Gilles Simon : c’était un attaquant, dans le sens où il avait un jeu très agressif s’efforçant de prendre tout de suite le jeu à son compte pour mettre progressivement l’adversaire hors de position. Mais il lui manquait la puissance phénoménale qu’avaient ses rivaux, et il se retrouvait plus souvent qu’à son tour dans la position du contreur voire du défenseur, registre dans lequel il excellait. Ruud me semble avoir un peu plus de fulgurances que Ferrer, il a réussi des accélérations phénoménales dimanche soir auxquelles Alcaraz ne s’attendait pas du tout, il a aussi des gestes plus déliés et plus naturels. Mais Ferrer me semblait meilleur en défense, notamment du côté revers où même débordé il ne se séparait pas de son revers à deux mains, s’avérant capable de passings meurtriers. En défense côté revers, le Norvégien se repose trop sur un slice assez inoffensif car bien souvent trop court. Pour le reste, leurs schémas tactiques sont presque identiques.

  17. Elmar 15 septembre 2022 at 11:23

    J’arrive bien trop tard (mais c’était compliqué d’accéder au site ces derniers temps), mais je voulais dire mon enthousiasme face à cet US Open, le meilleur Grand Chelem à mes yeux depuis bien longtemps.

    Beaucoup de formidables combats, du suspens, un niveau de jeu fantastique, des joueurs qui viennent à nouveau beaucoup au filet et bien sûr un formidable vainqueur. Il y a beaucoup de bruit autour d’Alcaraz et c’est bien normal, je participe à ce concert de louanges: il est phénoménal sur un terrain. J’adore son jeu, j’adore son mental, sa capacité à repartir au combat. Il nous a gratifié d’un tryptique Cilic-Sinner-Tiafoe qui était sidérant. La finale était un poil en-dessous, mais on a quand même eu notre lot de points hors-normes.

    Alcaraz, c’est vraiment une superbe promesse pour l’avenir du tennis. Sinner et Tiafoe ont été grand formidables aussi. Le premier sera très dangereux partout (j’espère juste qu’il n’ait pas une trajectoire à la Berdych) et le second ne me paraît pas être en mesure de jouer les premiers rôles régulièrement mais il sait désormais qu’il est capable de coups d’éclats.
    J’adore aussi suivre Murray, je suis pétri d’admiration pour lui et je le crois capable d’arriver en quart de finale de Chelem l’an prochain.
    Et puis quand même un mot sur Kyrgios qui se retrouve à un stade de sa carrière où une défaire en quarts de finale est devenu un mauvais résultat pour lui. C’est dire le chemin parcouru!

    J’espère que l’AO ne va pas doucher ce vent de fraîcheur avec une Nième finale Djoko-Nadal.

  18. Elmar 15 septembre 2022 at 15:48

    Adieu Champion.

    Tu as accompagné ma vie, de lycéen, d’universitaire, de prof, d’homme marié, de père (merci d’en avoir gagné encore quand mes enfants ont été en âge de vibrer avec moi).

    Merci pour toutes ces émotions que tu m’as fait vivre. Merci champion.

    • Guillaume 15 septembre 2022 at 15:59

      Et le Gloat a encore frappé : il va venir mourir derrière Connors au nombre de matchs pros gagnés pour 23 petits matchs (1251 vs 1274). Si on m’avait dit que celui-là lui échapperait…

      Fallait vraiment que ça n’aille pas pour qu’il renonce ainsi. Terrible à quel point la première vraie grosse blessure de sa carrière lui aura été fatale.

  19. Jo 15 septembre 2022 at 16:16

    À-Dieu.

    • Colin 15 septembre 2022 at 16:58

      Dieu et Artiste.
      God-Art.
      Le fait que l’annonce de sa retraite arrive le lendemain de la mort de son compatriote tennisophile montre bien la délicatesse du personnage. Il savait que cette annonce achèverait le vieux croulant de Rolle, donc il ne voulait pas se sentir responsable de sa mort. Quelle classe.

  20. Sam 15 septembre 2022 at 16:40

    L’espèce est présente depuis 7 000 000 d’années sur terre et nous avons eu la chance de tomber en même temps que Federer. Ça console ? Non.

  21. Achtungbaby 15 septembre 2022 at 16:47

    on savait bien que ça sentait la fin, mais ça fait quand même chier putain.

  22. Colin 15 septembre 2022 at 17:04

    Elisabeth II, William Klein, Jean-Luc Godard, Irène Papas, Roger Federer… Non mais faut que ça s’arrête là, ça commence à faire beaucoup.
    Quoique… Un dernier p’tit Poutine pour la route, ça serait pas de refus.

  23. Colin 15 septembre 2022 at 17:31

    « La Laver Cup, la semaine prochaine à Londres, sera mon dernier tournoi ATP. »
    Etrange comme déclaration non ? Depuis quand la Laver Cup est un tournoi ATP???

    • Anne 16 septembre 2022 at 22:40

      C’est un ATP event (expression utilisée par RF dans son communiqué) depuis 2019 (j’ai un doute avec 2018 mais quasi sure que c’est 2019), raison pour laquelle les matchs comptent dans les H2H officiels

    • Colin 17 septembre 2022 at 12:13

      Ah OK merci Anne j’ignorais. A partir du moment où ça ne rapportait pas de points je supposais que c’était hors ATP.

  24. Rubens 15 septembre 2022 at 17:43

    C’est Marc Rosset, je crois, qui avait annoncé qu’à l’annonce de la retraite de Roger il irait se prendre une biture jusqu’à vider le bar du coin ?

    Marco, c’est toi qui es aux manettes maintenant. Mon vol pour Genève est prêt, je n’attends plus que ton signal.

  25. May 15 septembre 2022 at 19:27

    Stupeur et tremblement,

    Qu’est-ce que j’apprends en allumant la radio en sortant d’une journée de boulot
    FEDERER ARRETE SA CARRIERE ! What!
    Je ne pensais pas, mais ça m’a fait un choc.
    De quoi quand même mettre la sphère Tennis en PLS.

    J’ai une pensée pour ses nombreux fans (pas fanatiques).
    Je ne croyais guère à son retour mais quand même, c’est la fin d’une ère.
    ¼ de siècle à fouler les courts de tennis pour le palmarès que l’on sait.
    Il va faire ses adieux dans son tournois d’exhib’ haut de gamme, c’est pas super, super mais c’est son bébé alors pourquoi pas?

    Il a tout réussit et ce avec la manière, il n’aurait pas pu faire mieux que tout ce qu’il a fait et la joie qu’il a donné à des millions d’afficionados de la petite balle jaune est sans égal. Well done Roger!

    Je pensais que Nadal allait arrêter avant Fed, lui qui s’est donné corps et âme au tennis et qui n’en sortira pas indemne.
    En découvrant la paternité, et se rendant à l’évidence qu’il ne pourra plus jouer plusieurs semaines d’affilé sans un bobo, il voudra peut-être enfin poser la raquette qui sait?

    Un petit mot sur le jeune Alcaraz, cet ado qui fait l’unanimité. Je vais attendre un peu avant de m’enflammer vraiment. Son tennis a tout pour séduire mais ne souffre d’aucune sécurité. Il est tout frais, tout neuf et en pleine ascension. Va venir le temps de stabiliser un peu tout ça et voir comment il va gagner les matches lorsqu’il ne sera pas à 100%.
    Il sait tout faire déjà à 19 ans, il peut progresser un peu au service et sur l’aspect tactique. Il peut aussi limiter les fautes directes mais c’est difficile de lui trouver une quelconque lacune. Du coup, sa marge de progression est faible, non?
    Il sera intéressant à suivre ses prochains mois, son investissement physique me pose question, pas sur qu’il s’épargne les blessures. Je ne lui souhaite pas mais ça ne présage pas d’une carrière sans pépin physique.

  26. Achtungbaby 15 septembre 2022 at 19:59

    Une pensée pour Djoko qui va devoir se taper les acclamations et la standing ovation pour Roger…

  27. Babolat 16 septembre 2022 at 00:06

    Comme Gabin, je vais m’enfoncer dans un long hiver.

  28. Sebastien 16 septembre 2022 at 02:15

    Roger, Roger, Roger, pourquoi nous as-tu abandonné ?

    C’est mon idole d’enfance qui nous quitte de manière discrète complètement opposée aux délires autour de Serena Williams.

    C’était le danseur-étoile des joueurs, on aurait dit qu’il faisait du patinage à glace sur n’importe quelle surface. Note artistique maximale, note technique maximale.

    Son visage lisse n’exprimant aucun effort ni tension au moment de la frappe, Federer est LE monument du tennis du 21ème siècle. Je n’ai jamais vu un aussi beau jeu et vraiment j’espérais le revoir pour la saison sur gazon 2023.

    P*tain de blessure ! Franchement ces s*l*pes de pyramides, faudrait les raser!

    Pour moi le vrai deuil c’est Federer 1 pas Elisabeth 2 !

    Espérons que Djokovic va se gaver de GC avec un Nadal faiblissant et des joueurs jeunes qu’il faut encore observer pour conclure quoi que ce soit.

    Alcaraz a un potentiel énorme, mais la brutalité de son jeu (certains de ses coups droits sont aussi puissants que ceux de Delpo) ses déplacements extrêmes font craindre des blessures.

    Je serais étonné que l’an prochain il n’ait pas une petite baisse le temps de digérer son année exceptionnelle.

    Melon pourrait en profiter pour retenter un Grand Chelem calendaire.

    • Sebastien 16 septembre 2022 at 02:21

      Suis trop bouleversé, je voulais écrire :

      Espérons que Djokovic ne va pas se gaver de GC avec un Nadal faiblissant et des joueurs jeunes qu’il faut encore observer pour conclure quoi que ce soit.

  29. Rubens 16 septembre 2022 at 10:35

    La tonalité générale depuis hier me conforte dans mon ressenti depuis plusieurs années. Tous ceux qui ont clamé haut et fort que Roger était le GOAT en raison de son palmarès supérieur se sont fourvoyés. Selon ce critère-là, il n’est plus le GOAT, mais tous écrivent quand même aujourd’hui qu’il l’est.

    Et c’est ici que nous quittons le domaine de la statistique pour rentrer dans celui des affects. Roger me laissera une trace indélébile, un peu en raison de son palmarès, et beaucoup en raison de son génie, de sa classe, de ses coups venus d’ailleurs, de l’apparente facilité avec laquelle il les réussissait, de sa technique naturelle et déliée, sans oubliée un comportement correct sur le terrain. Et aucun statisticien de l’ATP n’ébranlera jamais cette préférence que je lui porte.

    Et je dis aux plus jeunes qui découvrent le tennis « Regardez Roger, vous ne l’avez plus en direct mais vous avez Youtube. N’essayez pas de faire aussi bien, vous n’y arriverez pas, mais vous pouvez essayer de vous en inspirer, il y a beaucoup à copier dans sa technique. Et même si vous ne jouez pas au tennis profitez du spectacle, car oui c’est un spectacle. « 

    • Achtungbaby 16 septembre 2022 at 10:53

      pas mieux.
      On pourrait écrire des pages entières sur l’expérience vécue en regardant Fed jouer au tennis. Certains on parlé d’expérience religieuse.

      Mais pour faire court on peut aussi regarder la photo que j’ai prise dans un article 15-love de 2014 consacré aux plus beaux coups droit du tennis et qui se trouve à côté de mon pseudo.

      Cette photo dit tout.

      A ce stade de sensations les débats sur le GOAT…
      Est-ce qu’on se pose la question de savoir si Mozart est le GOAT ?
      Si Comanecci est la GOAT ?

    • Perse 16 septembre 2022 at 18:56

      C’est pour ça que mon Goat à moi c’est Petou, j’en suis un adorateur absolu, et j’admire énormément Federer. Nadal et Djokovic sont respectables de par leurs palmarès, et me dégoûtent régulièrement par leurs résultats mais je n’ai pas de plaisir à les regarder jouer.

      C’est très con mais devant la télé, je préfère regarder du Alcaraz, du Sinner, du Shapovalov, du Tsitsi (un peu moins depuis son changement d’attitude)), du Kyrgios et même du Zverev (quand il joue bien).

      Medvedev qui est un vrai albatros me divertit plus que Riri et Loulou pour tout dire.

  30. Sam 16 septembre 2022 at 11:12

    Considérer que Roger pourrait ne pas être le GOAT – ahaha – est une faute de goût.

    • Rubens 16 septembre 2022 at 12:30

      Cette question du GOAT ne m’intéresse pas en elle-même. La question de la place d’un champion dans l’histoire m’intéresse bien plus. De nombreux gamins, après avoir vu Federer à la télé, allaient dans le jardin pour poursuivre le match. En ce sens, son apport au tennis est énorme. Et il est bien supérieur à ce qu’ont apporté ses deux rivaux d’étage.

      • Achtungbaby 16 septembre 2022 at 14:25

        le coup des gamins marche pour bcp d’autres joueurs ! J’ai poursuivi le match après des Lendl/Mc Enroe, pas de « GOAT » en vue chez ces 2 là, même si l’un des deux est un artiste, au même titre que Federer.

        Mais nul doute que des gamins tapent ou tapaient en pensant à Nadal ou Djoko. D’ailleurs les jeunes tapent toujours en pensant aux cadors du moment, par définition.
        Donc sans doute qu’actuellement Alcaraz occupe l’esprit de nos chères têtes blondes…

        • Rubens 16 septembre 2022 at 14:56

          Et précisément, puisque Lendl et McEnroe ont également suscité la même chose, c’est donc bien qu’ils ont aussi laissé une empreinte indélébile, et que ça dépasse donc, et de loin, leur palmarès.

          Et évidemment que Nadal et Djoko ont aussi suscité ça. Mais au vu des réactions depuis hier, beaucoup moins que Federer.

  31. Nathan 19 septembre 2022 at 12:05

    Quand je pense que ma femme m’avait proposé une plave à la Laver Cup et que j’ai dit « trop cher ! ». Voilà, j’ai raté la sortie de Brel à l’Olympia et maintenant celle de Federer !

    Que dire ? Federer, l’être du tennis en action qui n’avait rien d’étant : la grâce, l’élégance, la fluidité, la brutalité, un déplacement aérien qui invitait à l’extase, détachement et pleurs… force et fragilité.

    Le plus beau joueur de tennis forever.

    • Rubens 22 septembre 2022 at 09:33

      Ne sois pas trop triste, il n’est même pas certain que le Maestro soit sur le court. S’il l’est, ce sera seulement pour le double avec Rafa. De toute façon, je ne suis pas sûr qu’il soit désireux de livrer le spectacle de son déclin physique, les quelques matchs qu’il a joués en 2021 étaient assez éloquents dans ce registre.

      Repose-toi. Tes séjours aux pyramides ont dû t’épuiser. Et, on ne sait jamais, prépare-toi pour janvier en Australie.

  32. Achtungbaby 23 septembre 2022 at 18:09

    je suis à la recherche d’un stream pour ce soir.
    Quelqu’un aurait ça svp ?

  33. Achtungbaby 23 septembre 2022 at 21:40

    Merci
    Tu t’es inscrit + numéro de CB ?

    • Rubens 23 septembre 2022 at 22:15

      Non, en allant directement au deuxième écran, il n’y a pas besoin de s’inscrire.

      • Achtungbaby 23 septembre 2022 at 22:59

        Oui trouvé en fouinant.
        Merci !

info login

pour le login activer sur votre profil la barre d'outils

Demande d’inscription

contactez-nous à : 15-lovetennis@orange.fr

Archives

Commentaires récents

Suivez nous sur Twitter

@15lovetennis