Le sommet des dieux

By  | 31 août 2022 | Filed under: Histoire, Légendes

Apéro australi­en

Au cours de mes années al­sacien­nes (1998-2001), je n’ai pas la télé dans ma hutte d’étudiant, et en ce mois de jan­vi­er 2000 je sors d’une année quasi­ment vier­ge en ter­mes de suivi du ten­nis à la télévis­ion. Le seul événe­ment que j’ai suivi en di­rect est la fin­ale de la Coupe Davis entre la Fran­ce et l’Australie. Je ne vis alors le ten­nis que par pre­sse in­ter­posée. Je n’ai pas vu Agas­si re­mport­er Roland ou s’inclin­er en fin­ale de Wimbledon face à un Sampras monstrueux. Je n’ai pas vu le Kid gagn­er l’US en l’abs­ence de son rival blessé et finir n°1 mon­di­al. Mes collègues m’ont juste mur­muré qu’Agas­si est de re­tour à son meil­leur niveau et que Sampras, bien que (désor­mais) n°3 mon­di­al, n’a jamais aussi bien joué qu’au cours du semestre précédent. En ce jeudi matin de jan­vi­er, je m’autor­ise une sess­ion buis­sonniè­re pour re­joindre mes co­pains du ten­nis, avec la pro­vis­ion de bière et de cacahuè­tes. Con­for­table­ment in­stallés dans un canapé, nous as­sis­tons à ce qui nous semble alors être le plus fabuleux des duels entre Sampras et Agas­si… et cette im­press­ion ne s’est pas dis­sip­ée 22 ans après.

Sampras-Agassi

Un voile de brumes

Pour­quoi donc, alors qu’en ter­mes de qualité de ten­nis il sur­pas­se tous les aut­res, cet opus de l’Australian Open 2000 n’est-il pas perçu comme le plus beau de leurs affron­te­ments dans l’imaginaire col­lec­tif ? Et plus précisément, pour­quoi est-il à ce point éclipsé par le duel qu’ils ont livré 19 mois plus tard à l’US Open ?

Pour des raisons extra-tennistiques, et qui tien­nent, d’une part à l’ex­posi­tion médiatique par­ticuliè­re de leurs duels sur leur sol à Flush­ing Meadows, et d’autre part à la per­son­nalité com­plexe d’Andre Agas­si et à sa per­cep­tion par le grand pub­lic.

On ne s’étendra pas sur le pre­mi­er point : le pub­lic new-yorkais ayant son duel entre ses deux champ­ions a montré une pass­ion évidem­ment plus prégnan­te que le pub­lic australi­en. Et cette pass­ion était d’autant plus forte que les médias américains faisaient mont­er la sauce, jusqu’à l’exagéra­tion par­fois, en con­sidérant tous leurs op­posants comme de sim­ples éléments de décor.

Je suis tombé, sur Youtube, sur une série de rétros­pectives de l’US Open pour les années 1992, 1993 et 1994. Là où 92 et 93 font l’objet de vérit­ables comptes-rendus de l’en­semble de la quin­zaine, 94 n’est abordé que sous l’angle du par­cours d’Agas­si. An­ec­dote sig­nificative de l’écrin médiatique dont le Kid aura bénéficié (ou qu’il aura subi, c’est selon) tout au long de sa carrière, et sin­guliè­re­ment dans son pays.

Pail­lettes mises à part, le match le plus chargé d’en­jeux de toute leur rivalité re­stera sans doute la fin­ale de l’US Open 1995. Bien que décevan­te sur le plan ten­nistique, cette re­ncontre al­lait con­sacr­er le meil­leur joueur de la saison 1995, entre deux champ­ions qui s’y affron­taient pour la cin­quiè­me fois de l’année, toujours en fin­ale, et qui avaient chacun un grand titre dans la be­sace. On ferait dif­ficile­ment plus légitime comme juge de paix…

Sampras et les aut­res

Mathématique­ment, le règne de Pete Sampras com­m­ence en avril 1993 pour s’ac­hev­er définitive­ment en novembre 2000. Sur cette période, les joueurs l’ayant délogé de sa place de n°1 mon­di­al sont, dans l’ordre chronologique, Jim Co­uri­er, Andre Agas­si, Thomas Must­er, Mar­celo Rios, Car­los Moya, Iev­gueni Kafel­nikov, Pat­rick Raft­er et Marat Safin.

Pas­sons rapide­ment sur la période 1998-2000, au cours de laquel­le le trône de Sampras a été de plus en plus vacil­lant, période hélas dépour­vue de matchs chargés de grands en­jeux pour le trône. On relèvera le gros cail­lou dans la chaus­sure qu’a été Pat Raft­er… en août 1998, l’em­portant à Cin­cinnati et sur­tout en demi-finale de l’US Open. Et on rap­pellera que pour Marat Safin, de neuf ans le cadet de Pete, la fin­ale de l’US Open 2000 a les attributs d’une pas­sa­tion de pouvoir, tant l’Américain était dépassé en vites­se ce jour-là.

Men­tion­nons Thomas Must­er, ogre de la terre bat­tue entre 1995 et 1996, ne serait-ce que pour rap­pel­er que sa trajec­toire s’est faite pre­sque en para­llèle à cel­les d’Agas­si et Sampras à ce moment-là, l’Aut­richi­en glanant l’es­sentiel de ses points sur une terre bat­tue boudée par les deux Américains, alors que ceux-ci s’affron­taient sans cesse sur le dur américain et les sur­faces in­door. Rap­pelons toutefois que Thomas s’est réel­le­ment positionné dans la co­ur­se à la place de n°1 mon­di­al en re­mpor­tant le Mast­ers 1000 d’Essen en oc­tob­re 1995, bat­tant au pas­sage un cer­tain Sampras en demi-finale, 7/6 6/2. Et re­gret­tons pour finir la demi-finale de Roland Gar­ros 1995 qui n’a pas existé, celle qui aurait dû op­pos­er Must­er à Agas­si, la bles­sure du Kid en quarts con­tre Kafel­nikov ayant privé Paris d’un choc qui s’annonçait plus que pro­met­teur.

Une fois mis de côté les n°1 de cir­constan­ce et les suc­ces­seurs de Sampras, qui ont pris le pouvoir alors que le Califor­ni­en voyait ses for­ces s’amenuis­er, il ne reste que deux champ­ions poten­tiel­le­ment rivaux pour Pete : Jim Co­uri­er et Andre Agas­si. Sans pour autant que leurs places re­spec­tives dans la carrière de Sampras soient iden­tiques. Bien au contra­ire.

Co­uri­er

Le bûcheron de Dade City n’est rien de moins que le n°1 mon­di­al auquel s’at­taque Pete Sampras, en 1993, pour en­tam­er sa lon­gue période de domina­tion. L’ac­cess­ion au trône du Califor­ni­en, le 12 avril 1993, était dans l’air de­puis de longs mois et une cer­taine demi-finale de l’US Open 1992 qui les avait opposés. Malgré un coup de pompe physique durant le match, Pete éclabous­se Flush­ing de toute sa clas­se pour bout­er hors du tour­noi le n°1 mon­di­al, auquel il pose be­aucoup de problèmes, et dont il est alors sur le point… de pre­ndre la place à l’or­dinateur. Be­aucoup ont oublié ce détail, mais lorsque Sampras et Ed­berg en­ta­ment leur duel en fin­ale de l’US Open 1992, la place de n°1 mon­di­al est pro­m­ise au vain­queur. Ce sera une récupéra­tion de trône pour Ed­berg, mais c’eût été une première pour Sampras. Auteur d’un été de feu marqué par des tit­res à Kitzbühel, Cin­cinnati et In­dianapolis, Pete s’arrête à une poignée de points du trône en même temps qu’il se découv­re une haine viscérale pour la défaite. Il fin­ira l’année au second rang mon­di­al, reléguant, définitive­ment, Ed­berg à la troisiè­me place. Il faud­ra quat­re tit­res sup­plémen­taires au Califor­ni­en, début 1993, pour accéder enfin au trône. Ce qui al­imen­tera la rancœur de Jim Co­uri­er, qui vient de con­serv­er avec auto­rité sa co­uron­ne à l’Open d’Australie et reste le pat­ron dans be­aucoup de têtes. Tout le monde at­tend LE duel qui les mettra d’ac­cord.

Pete et Jim, c’est déjà une vieil­le his­toire. Amis plus que rivaux dans leur jeunes­se, ils ont par­fois joué le doub­le en­semble et par­tagé la même chambre, s’avérant bien meil­leurs qu’ils ne l’imaginaient à l’époque. C’est Jim, alors pen­sion­naire de l’académie de Nick Bol­lettieri, qui à l’été 1989 présenta Pete à un en­traineur ex­péri­menté, an­ci­en joueur des années 60, Joe Bran­di. L’as­socia­tion por­tera ses fruits dès l’US Open 1990.

Au tour­nant de deux décenn­ies, néan­moins, les deux amis découv­rent avec effroi qu’ils sont, de plus en plus, des rivaux, et que la pro­ximité ne peut être la même. Chacun dans son co­uloir, et chacun à son rythme, ils se his­sent vers les som­mets du clas­se­ment ; et si Pete dégaine le pre­mi­er en Grand Chelem, c’est Jim qui s’in­vite le pre­mi­er dans la lutte pour le trône que se dis­putent alors Be­ck­er et Ed­berg. C’est Jim qui écarte sans ménage­ment Pete en quarts de fin­ale de l’US Open 1991, pour at­teindre en­suite la fin­ale. C’est Jim, quel­ques mois plus tard, qui de­vient le pre­mi­er n°1 mon­di­al de la bande, peu après son tri­omphe à l’Open d’Australie, af­fichant une ex­cep­tion­nelle résis­tance à la pre­ss­ion. Et c’est en­core Jim qui con­ser­ve sans sour­cill­er ses deux tit­res du Grand Chelem ac­quis, à Paris en 1992 puis à Mel­bour­ne en 1993.

En ce mois d’avril 1993, il est dif­ficile de con­test­er à Sampras sa légitimité mathématique, mais il est tout aussi dif­ficile de con­test­er à Co­uri­er son statut de meil­leur joueur du monde. Il est temps pour nos duet­tistes de régler ça sur le ter­rain. Ce ne sera pas à Roland Gar­ros, où l’un et l’autre s’inclinent face à Sergi Bruguera, qui dépossède au pas­sage Jim de l’une de ses deux co­uron­nes majeures. Ce sera donc à Wimbledon.

Cette fin­ale n’al­lait pas forcément de soi au départ. Sur gazon, Pete n’a pour lui que la demi-finale de l’année précédente, où il s’était frustré de­vant le déluge d’aces que Goran Ivanisevic avait fait pleuvoir sur lui. Quant à Jim, son meil­leur résul­tat était un quart en 1991 ; n°1 mon­di­al en 1992, il avait trébuché au troisiè­me tour face à l’obscur Andreï Ol­hovskiy. Et sa nette vic­toire en demi-finale face à Ed­berg est une vraie sur­pr­ise, tant la sur­face ap­parais­sait favor­able à l’at­taquant suédois.

Outre le rap­port de for­ces sym­bolique entre les deux joueurs, l’enjeu de cette fin­ale de Wimbledon 1993 sera, comme espéré et at­tendu, la place de n°1 mon­di­al. Et si les deux hom­mes con­tinuent de se re­spect­er, ils sont désor­mais rivaux avant tout. Le duel sera d’autant plus mag­nifique que la quin­zaine lon­donien­ne aura été épargnée par la pluie, re­ndant le re­bond plus haut que d’habitude et favorisant le re­lan­ceur et les échan­ges. La vic­toire de Sampras n’en sera que plus légitime.

Ce match con­stitue une rup­ture majeure dans la carrière de Jim Co­uri­er. Alors qu’il vient de dis­put­er sept fin­ales en Grand Chelem sur dix pos­sibles entre juin 1991 et juil­let 1993, il n’en dis­putera plus aucune. Jim vient de com­prendre que Pete est en train de le dépass­er ; pour le n°1 mon­di­al qu’il était il y a peu, le con­stat est dur à en­caiss­er. Sa vic­toire à In­dianapolis au cours de l’été, qui le ramène à la première place mon­diale, est un trompe-l’œil : il décline rapide­ment, au point de sor­tir du Top Ten en 1994. Il connaîtra un net re­gain de forme en 1995, sans pour autant par­venir à menac­er les duet­tistes Sampras et Agas­si qui se par­tagent alors tous les grands tit­res – nous y re­viendrons.

Monstre de sol­idité men­tale, Jim Co­uri­er ne fut sûre­ment pas le n°1 mon­di­al le plus facile à déboulonn­er. Mais c’est précisément sur le plan ment­al qu’il va s’effrit­er, per­dant désor­mais be­aucoup de matchs sur quel­ques détails, ceux-là mêmes qu’il re­mpor­tait lorsqu’il était le pat­ron du ten­nis. Un rival, Jim, pour Pete Sampras ? Oui, le temps pour ce de­rni­er de s’em­par­er du trône et de battre son rival à la régulière à Wimbledon. Mais sur la durée du règne de Pete, Jim n’ap­paraît qu’au début.

Agas­si

Mais après tout, Sampras ayant été l’in­contest­able champ­ion de son époque, pour­quoi donc serait-il à tout prix néces­saire de lui ac­col­er un rival ? Pour des raisons de storytell­ing, sans doute. Pour l’attrac­tion naturel­le que con­stituait Andre Agas­si pour les médias, c’est une évid­ence. Pour le sur­croît d’at­ten­tion que les médias américains – toujours en avan­ce d’une guer­re sur le mar­ket­ing – ont ac­cordée à un duel 100% US, c’est une réalité. Mais il serait réduc­teur de re­streindre les re­ssorts d’une rivalité à ses as­pects extra-sportifs.

Je dois l’un de mes plus grands chocs ten­nistiques au vision­nage en di­rect du quart de fin­ale de Bercy en 1994 qui a opposé Pete Sampras à Andre Agas­si. Le spec­tacle était total, entre deux champ­ions à 100% de leurs moyens physiques et tech­niques et dont les jeux s’imbriquaient à mer­veil­le. Je découv­rais le « nouvel Agas­si », que je n’avais jamais vu aussi réguli­er en fond de court, ni aussi patient, ni aussi con­sis­tant.

Et ce fut le début d’une période qui dura un peu moins d’un an, marquée par une série de duels entre Sampras et Agas­si, période cer­tes re­strein­te dans la décen­nie 90 mais qui semble la résumer :

  • Bercy 1994, quart de fin­ale : Agas­si 7/6 7/5
  • Mast­ers 1994, demi-finale : Sampras 4/6 7/6 6/3
  • Open d’Australie 1995, fin­ale : Agas­si 4/6 6/1 7/6 6/4
  • In­dian Wells 1995, fin­ale : Sampras 7/5 6/3 7/5
  • Miami 1995, fin­ale : Agas­si 3/6 6/2 7/6
  • Montréal 1995, fin­ale : Agas­si 3/6 6/2 6/3
  • US Open 1995, fin­ale : Sampras 6/4 6/3 4/6 7/5

Précisons qu’Agas­si émar­geait au 7e rang mon­di­al à l’ouver­ture de Bercy en 1994, et qu’au Mast­ers 1994 la vic­toire de Be­ck­er sur Sampras en poule précipita ce de­rni­er vers une demi-finale face à Agas­si. Par la suite, en 1995, Sampras et Agas­si ne se sont affrontés qu’en fin­ale.

En en­globant les Super 9 (les Mast­ers 1000 de l’époque) dans les rendez-vous im­por­tants, hors terre bat­tue, seuls deux des neuf tour­nois de cette période ne débouchèrent pas sur une fin­ale (ou à défaut une con­fron­ta­tion, fin 1994) entre les deux duet­tistes : Wimbledon 1995, où Be­ck­er vint à bout d’Agas­si en demi-finale, et Cin­cinnati 1995, où Sampras s’inclina en quarts con­tre Mic­hael Stich. En amont dans l’ère Open, on ne retro­uve pas la trace d’une rivalité aussi in­ten­se sur une année. Et en 2006, lorsque Feder­er et Nadal ont com­mencé à se retro­uv­er systématique­ment le de­rni­er di­manche, les ob­ser­vateurs firent im­médiate­ment référence à cette période de 1994-1995 ; il va de soi qu’en 2006, per­son­ne n’imaginait qu’on en aurait pour be­aucoup plus longtemps avec les Fedal… La rivalité entre Sampras et Agas­si, qui a évidem­ment connu des éclip­ses, n’en a pas moins été d’une in­ten­sité ex­cep­tion­nelle, et alors inédite, pen­dant 10 mois. Cette seule réalité, même décon­nectée de la deuxième époque dorée de leurs affron­te­ments (à par­tir de 1999), dis­tin­guera Agas­si comme le prin­cip­al rival de Sampras. Sur cette période, Pete a eu un vrai op­posant, qui dis­putait peu ou prou les mêmes tour­nois que lui, qui le retro­uvait en fin­ale pre­sque à chaque fois et qui ne l’em­portait pas qu’oc­casion­nelle­ment.

La bas­cule

Telle était la situa­tion, le 10 sep­tembre 1995, lorsque, visages ten­dus, Pete et Andre pénétrèrent sur le stadium Louis Armstrong. Chacun détenait alors un titre du Grand Chelem en 1995, et l’US Open al­lait les dépar­tag­er. Cette fin­ale était espérée par le pub­lic américain, mais aussi par be­aucoup de fans de ten­nis du monde en­ti­er. Rare­ment, dans l’ère Open, un match aura ras­semblé autant d’en­jeux.

Parmi ces en­jeux, le seul man­quant à l’appel était la place de n°1 mon­di­al, qui re­sterait quoi qu’il ar­rive la pro­priété d’Agas­si quand les deux hom­mes ir­aient se co­uch­er ce soir-là. Le Kid était le tenant du titre, et sor­tait d’un été im­maculé au cours duquel il avait re­mporté quat­re tour­nois d’affilée ; il avait re­mporté leur match le plus im­por­tant, à Mel­bour­ne ; en extérieur, Sampras ne l’avait battu que dans les con­di­tions très ven­teuses d’In­dian Wells. A bien des égards, il était donc légitime de faire d’Agas­si le favori de cette fin­ale.

On connaît la suite… ou pas. L’autobiog­raphie étant un genre sujet à cau­tion, le re­gard de l’auteur doit être pris pour ce qu’il est, le re­gard de celui qui ne livre au grand pub­lic que ce qu’il veut bien lui li­vr­er. Quel­ques éléments me gênent un peu dans la vers­ion d’Agas­si à pro­pos de ce match.

Il décrit cette défaite comme un grand tour­nant négatif dans sa carrière. Mais il détail­le égale­ment sa bles­sure au pec­tor­al du di­manche matin. Si cette bles­sure est réelle, il y a évidem­ment quel­que chose de frustrant, de rageant, d’in­support­able, à ne pas pouvoir se présent­er à 100% de ses moyens pour un match aussi im­por­tant. Mais si cette bles­sure au pec­tor­al était la cause de son match assez moyen voire terne, il n’y a pas là de quoi ex­plos­er en vol comme il l’a fait, il y a juste à raval­er sa décep­tion, à con­stat­er l’évid­ence – il ne peut battre Sampras en étant di­minué – et à donn­er rendez-vous à Pete pour la pro­chaine échéance. Pour qu’une fêlure psyc­hologique soit aussi pro­fon­de qu’elle ne l’a été pour Andre au soir de ce match, il faut autre chose qu’une bles­sure.

Agas­si, à ce moment-là, a in­tériorisé l’idée que Pete était un meil­leur joueur que lui. Jamais, s’il n’avait été que blessé et di­minué, il n’aurait fait ce con­stat.

Il y a pour­tant bien des cir­constan­ces atténuan­tes au ratage du Kid ce jour-là :

  • Vain­queur de quat­re tour­nois d’affilée, aux­quels s’ajoutent les six matchs jusqu’à cette fin­ale de l’US Open, Agas­si avait connu un été très chargé. L’hypothèse de la fatigue physique est plausib­le.
  • Le par­cours pas si sim­ple d’Andre au cours du tour­noi. Avec notam­ment un Cor­ret­ja qui le pous­se au cinq sets au deuxième tour, puis deux matchs en quat­re sets ten­dus, en quarts et en demis.
  • La fixet­te sur Boris Be­ck­er, qui (selon son auto­biog­raphie) était dans le viseur d’Agas­si de­puis le début de l’été. En le li­sant, on com­prend que le mo­ment vire à l’ob­sess­ion pour Andre, qui ne rêve que de pre­ndre sa re­vanche de Wimbledon et de lui faire payer ses déclara­tions. En y par­venant non sans mal, Andre n’a-t-il pas laissé trop d’influx ner­veux, et du coup peiné à se re­mobilis­er pour le match suivant ?
  • La pre­ss­ion inhérente à la posi­tion de tenant du titre et de favori des book­mak­ers.

Autant de dif­ficultés que n’avait pas, ce jour-là, un Sampras plus frais et qui a mieux géré la pre­ss­ion inédite de ce match. Aussi chargés soient les en­jeux de cette fin­ale, il n’y avait aucune raison qu’elle soit davan­tage qu’un épisode, cer­tes im­por­tant, dans le duel au som­met que se li­vraient les deux hom­mes de­puis de longs mois. Re­mportée par Agas­si, elle aurait définitive­ment con­sacré ce de­rni­er comme le meil­leur joueur du monde. Aux yeux de be­aucoup, la vic­toire de Sampras, sur le mo­ment, n’a fait que re­battre les car­tes et re­lanc­er l’in­certitude quant à la suite des événe­ments.

L’explos­ion en plein vol

Sauf que les pla­ies ouver­tes dans le ment­al du Kid par le dénoue­ment de ce match ont com­mencé à sup­pur­er, et ont mis fin de facto à la saison 1 des gran­des manœuvres entre Sampras et Agas­si. La rivalité entre les deux hom­mes a une spécificité par rap­port aux aut­res dans l’his­toire du ten­nis, à savoir l’asymétrie dans le re­gard que chacun des deux posait sur l’autre.

Que des ques­tions men­tales vien­nent para­sit­er l’esprit d’un champ­ion s’apprêtant à affront­er un ad­versaire dif­ficile pour lui, c’est vieux comme le ten­nis. Pete savait que battre Andre était dif­ficile, qu’il de­vait se donn­er à 100% pour y par­venir et que ça ne suf­firait peut-être pas. Mais à la suite d’une défaite face à Andre, Pete re­gar­dait simple­ment, et posément, ce qui lui avait manqué pour l’em­port­er, avant de pass­er au match suivant. Sans se préoc­cup­er outre mesure du pro­chain match face au Kid, qui ar­riverait tôt ou tard et sur lequel il con­viendrait de se pench­er le mo­ment venu. Ce qui man­quait à Pete quand il per­dait con­tre Andre était d’ail­leurs souvent facile à iden­tifi­er : son pour­centage de premières bal­les était en général trop faib­le.

Rien de tel chez Agas­si, qui a vécu ses défaites face à Sampras comme autant de flèches dans le cœur. Open, pour le coup, est assez éloquent sur le décalage pro­fond entre le re­ssen­ti d’Andre Agas­si tout au long de sa carrière et ce qu’il nous a donné à voir sur le ter­rain. Dans son paysage ment­al étriqué, où son père avait fait en sorte qu’il n’y ait rien d’autre que le ten­nis comme sacer­doce et la place de n°1 mon­di­al comme ob­jec­tif, l’idée qu’un ob­stac­le majeur pour­rait se dress­er entre Andre et cet ob­jec­tif n’exis­tait ab­solu­ment pas. Lorsque cet ob­stac­le, en la per­son­ne de Pete Sampras, se matérialisa sous ses yeux ce jour-là, ce fut une révéla­tion im­pos­sible à en­caiss­er. 14 ans plus tard lorsqu’il s’at­tablera à Open, la plaie sera en­core béante.

En s’en­tourant de Gil Reyes puis de Brad Gil­bert, Andre Agas­si avait le sen­ti­ment d’avoir enfin toutes, ab­solu­ment toutes les car­tes en main pour de­venir le meil­leur joueur du monde. L’une des phrases les plus im­por­tantes d’Open, c’est l’en­courage­ment de Brad au début de leur col­labora­tion en 1994, où il prévient Andre que tirer la quin­tess­ence de son poten­tiel va lui pre­ndre quel­ques mois, qu’il es­suiera des défaites, mais qu’à un mo­ment il sen­tira un déclic dans son jeu, cette capacité à jouer le bon coup au bon mo­ment. Et Brad de con­clure que dès lors que ce déclic ar­rivera, il n’y aura plus aucune raison pour qu’Andre ne de­vien­ne pas le n°1 mon­di­al. Le point im­por­tant dans cet échan­ge, c’est que Brad ne parle à Andre que de la place de n°1 mon­di­al, alors qu’Andre n’a en tête que de dépass­er Pete Sampras ; la nuan­ce est de tail­le. Et Brad avait pre­sque raison, il lui man­quait juste la dernière pièce du puzzle, celle qui n’ap­partenait qu’à Andre : cette fixa­tion sur Sampras.

Lorsqu’Andre Agas­si re­ntre sur le court ce 10 sep­tembre 1995, il surfe de­puis de longs mois sur une vague quasi-ininterrompue de succès. Il n’a jamais été aussi fort, aussi en forme, aussi dis­cip­liné, aussi con­centré sur son sujet, aussi bien en­touré. Cette défaite, il la voit comme la démonstra­tion que, bien qu’il ait mis toutes les chan­ces de son côté, Pete est au-dessus de lui, et donc que tous ces ef­forts auront été vains. La chute en sera d’autant plus brutale.

Les vac­hes maig­res

La période 1996-1998 ap­paraît comme terne du point de vue de la lutte pour le trône mon­di­al. La faute à Andre Agas­si, sûre­ment, qui en­tame une dégrin­golade vers les abîmes du clas­se­ment. La faute aussi à une con­curr­ence pas au niveau.

Boris Be­ck­er re­mpor­te un de­rni­er grand titre à Mel­bour­ne en 1996, et livre à Sampras la plus furieuse des op­posi­tions en fin­ale du Mast­ers de la même année. Mais Boris joue là sa dernière gran­de année, son poig­net le lâche à Wimbledon et il de­vient un in­ter­mittent du ten­nis, au point que sa par­ticipa­tion à ce fameux Mast­ers 1996 re­stera longtemps in­cer­taine.

Mic­hael Chang traver­se cette période en em­bus­cade ; n°2 mon­di­al la plupart du temps, il ne par­vient pas à tirer pro­fit d’un af­faib­lisse­ment physique de Sampras. Fragilis­ée par la perte de son titre à Wimbledon con­tre Ric­hard Krajicek, la place de n°1 mon­di­al de Pete ne tient plus qu’à un fil à l’ouver­ture de l’US Open 1996. Mais après un légen­daire com­bat face à Cor­ret­ja, Sampras barre la route à Chang avec auto­rité en fin­ale. Ce de­rni­er ne pro­fite même pas des ab­s­ences de son rival en­combrant, notam­ment à l’US Open 1997, où là en­core la place de n°1 mon­di­al est à sa portée. Kafel­nikov, Raft­er et Kuert­en re­mpor­tent leur pre­mi­er grand titre, sans avoir à affront­er Sampras (à Roland 1996, Kafel n’a pas battu Sampras, il a battu son cadav­re) et sans menac­er sa place de n°1 mon­di­al.

1998 sera l’année d’un duel à dis­tan­ce, pure­ment mathématique, entre un Sampras dont les for­ces déclinent et dont l’étrein­te sur le ten­nis mon­di­al se de­sser­re in­exorab­le­ment, et un Mar­celo Rios réguli­er mais ap­hone en Grand Chelem, et dont la fin­ale australien­ne en début d’année sera la seule de toute sa carrière. Alors que Pete com­m­ence à subir les ef­fets de la thalassémie, l’abs­ence d’un vérit­able rival se fait cruel­le­ment re­ssen­tir.

S’en­suit un pre­mi­er semestre 1999 où les hasards des points gagnés ou per­dus amènent Pete Sampras à portée de fusil de plusieurs joueurs. C’est ainsi que Moya, Kafel­nikov et Raft­er décroc­hent le fauteuil suprême pour une poignée de semaines chacun, sac­hant que Krajicek rate de peu l’op­portunité de se joindre à la liste.

Le re­tour du Kid

C’est donc dans un con­tex­te de gran­de in­stabilité au som­met, qui a priori ne le con­cer­ne même pas, qu’Andre Agas­si ab­or­de l’édi­tion 1999 de Roland-Garros.

Car entre déprime, ad­dic­tions, nouvel­les résolu­tions, case chal­leng­ers et dis­cip­line de moine, Andre Agas­si s’est re­construit pier­re par pier­re. Enfin résolu à jouer au ten­nis pour lui-même et non par pro­jec­tion des am­bi­tions de son père, il réussit un beau re­tour sur le de­vant de la scène en 1998, saison qu’il ter­mine à la 6e place mon­diale. Son pre­mi­er semestre 1999, plombé par son di­vor­ce avec Brooke Shields, n’en sera que plus décevant. Blessé à l’approc­he de la quin­zaine de l’ocre parisi­en, il est d’autant moins favori que sa dernière ap­pari­tion en deuxième semaine à Roland re­mon­te à quat­re ans et que la len­teur de la sur­face semble désor­mais jouer con­tre lui.

In­exis­tante en début de quin­zaine, fragile après avoir frôlé la défaite au deuxième tour face à Ar­naud Clément, la con­fian­ce du Kid de Las Vegas va gran­dir au fil du tour­noi, sur­tout après sa vic­toire pro­ban­te con­tre le tenant du titre Car­los Moya, marquée par des échan­ges d’une viol­ence inouïe. Et cette ar­mure de con­fian­ce lui sera cruciale en fin­ale pour re­mont­er un han­dicap de deux sets face à Med­vedev. Cette vic­toire in­at­tendue cat­apul­te Agas­si de la 13e à la 4e place mon­diale ; et à l’ouver­ture de Wimbledon, le Kid fait désor­mais par­tie des n°1 poten­tiels à l’issue du tour­noi.

L’été in­di­en de Sampras

Et les nos­talgiques des duels Sampras-Agassi de se réjouir de l’arrivée, tant at­tendue, de la saison 2. Ils sont loin d’imagin­er à quel point ils vont être comblés, et rapide­ment de sur­croît. D’emblée, Agas­si démontre à tous que son tri­omphe à Roland Gar­ros, aussi in­at­tendu soit-il, n’était pas un feu de pail­le, et at­teint avec auto­rité la fin­ale à Wimbledon pour y défier un Sampras alors en quête d’un sixième titre dans le Tem­ple. Ce jour sera celui de Sampras : ab­solu­ment divin du début à la fin, il ver­rouil­le ses mises en jeu pour mettre une pre­ss­ion monstrueuse sur les jeux de ser­vice d’Agas­si. Ce de­rni­er, pour­tant ex­trême­ment sol­ide, ne peut éviter une défaite en trois sets. Ce sera l’un des plus beaux matchs de la carrière de Pete.

Par un hasard du clas­se­ment, ce Wimbledon, au cours duquel Pat­rick Raft­er at­teint les demi-finales, place les trois hom­mes dans un mouc­hoir pour la place de n°1 mon­di­al… et c’est Agas­si, bien que vain­cu en fin­ale, qui émerge en tête. S’en­suit un été de faus­se in­stabilité, marqué par une – et une seule – semaine où Raft­er accède au trône suprême, marquée sur­tout par deux nouveaux duels Sampras­/Agas­si, en fin­ale de Los An­geles et en demi-finale de Cin­cinnati, tous deux re­mportés par Sampras. Deux chefs-d’œuvre mécon­nus de leur rivalité, au cours de­squels Agas­si fait mieux que se défendre mais se fait co­iff­er dans le money time. Sampras s’offre égale­ment au pas­sage une mag­nifique re­vanche sur Raft­er en fin­ale de Cin­cinnati. Le Califor­ni­en af­fiche alors un niveau de jeu hal­lucinant, son talent est à son apogée et sa puis­sance au ser­vice, à la volée, mais aussi en coup droit, sont dévas­tatrices.

Re­venu sur le trône à la veil­le de l’US Open, Pete Sampras en est alors le favori légitime, et tout le monde at­tend désor­mais de savoir si le Kid va se con­tent­er de la posi­tion de faire-valoir en fin­ale. La ques­tion re­stera sans réponse : vic­time d’une her­nie dis­cale, Sampras déclare for­fait à l’ouver­ture du tour­noi, et Raft­er ab­an­donne dès le pre­mi­er tour face à Pioline. Débar­rassé de son tour­menteur at­titré et d’un rival dan­gereux (doub­le tenant du titre), Agas­si file sans trop d’émo­tions vers un titre dont il est de­venu le grand favori. Sa place de n°1 mon­di­al ne sera plus menacée d’ici la fin de l’année, Sampras blessé ne pouvant défendre ses points de fin 1998, période où il avait enchaîné les tour­nois en Europe afin de s’as­sur­er de la place de n°1 mon­di­al en fin d’année.

For­fait à Bercy après une dif­ficile vic­toire con­tre le modes­te Es­pagnol Fran­cisco Clavet, Pete Sampras émarge au 5ème rang mon­di­al à l’ouver­ture du Mast­ers, il est à court de com­péti­tion. Dans la phase de poules, il s’incline lour­de­ment face à Dédé (6/2 6/2).

Sa montée en puis­sance n’en sera que plus soudaine. Vain­queur de Kuert­en et Lapentti en poules, puis de Kief­er en demi-finale, Pete s’offre une nouvel­le vic­toire de référence sur Agas­si en fin­ale (6/1 7/5 6/4) à l’issue d’une nouvel­le démonstra­tion de force. Eb­louis­sant de bout en bout – sur une sur­face qui lui est favor­able face à son rival – Sampras con­clut de la plus belle des manières son deuxième semestre 1999, au cours duquel il n’aura pratique­ment pas connu la défaite (ab­an­don à In­dianapolis, for­fait à Bercy, défaite sans con­séqu­ence en poules au Mast­ers). La saison 1999 a remis sur le de­vant de la scène le co­u­ple in­fern­al du ten­nis américain de la décen­nie écoulée, mais elle débouc­he sur un para­doxe : Agas­si est un n°1 mon­di­al in­con­test­able, mais Sampras l’a battu à quat­re re­prises, notam­ment en fin­ale de Wimbledon et du Mast­ers, et peut légitime­ment être en­core con­sidéré comme le meil­leur joueur du monde.

Le som­met des dieux

C’est lesté de cet enjeu que s’ouvre l’Open d’Australie du nouveau siècle. N°3 mon­di­al, Sampras se retro­uve dans la même moitié du tab­leau qu’Agas­si. Ce n’est pas une fin­ale can­nibale qui nous at­tend, ce ne sera qu’une demi-finale can­nibale. Hor­mis un troisiè­me tour WTF de Sampras où il re­mon­te un han­dicap de deux sets face à Wayne Black, les duet­tistes avan­cent sans trop d’émo­tions vers le de­rni­er carré où ils se sont donné rendez-vous.

Une pluie d’aces et des coups de mutants côté Sampras, des re­tours et des pass­ings pro­digieux côté Agas­si, tout le monde se régale de­vant la par­tie de Tet­ris, d’une in­ten­sité physique saisis­sante. Sampras bril­le de tous ses feux, la puis­sance de ses volées est phénoménale, et s’il s’écroule physique­ment au cin­quiè­me set, ce n’est pas sans avoir livré une per­for­mance de haute volée dans les duels de fond de court. Pour Sampras, l’heure n’est pas en­core à se re­pos­er se re­pos­er sur les ser­vices ad­verses une fois le break en poche, ten­dance récur­rente sur les dernières années de sa carrière. Agas­si devra re­st­er vigilant du début à la fin sur ses jeux de ser­vice, et en­caiss­er de nombreux points gag­nants du fond du court.

Le legs à la postérité de ce match reste le tie-break du quat­rième set, dont les 12 points seront tous gag­nants. Sampras y réussit deux aces sur secon­de balle, ainsi qu’un im­prob­able pass­ing croisé de coup droit en bout de co­ur­se… mais Agas­si ne lâche rien, et la qualité de ses re­tours de ser­vice fait, de just­es­se, la différence. Si l’on doit re­tenir une seule séqu­ence de la rivalité Sampras-Agassi, ce tie-break s’im­pose haut la main ; jamais leur face-à-face n’a at­teint une telle in­ten­sité.

Il n’a manqué à ce match qu’un cin­quiè­me set serré : à genoux physique­ment, Pete n’a plus rien à donn­er, et en­cais­se un 6/1 in­jus­te au re­gard du reste du match. Mais la vic­toire, ce jour-là, s’est bien of­fer­te au meil­leur des deux hom­mes, Agas­si, qui a fait de la durée du match un allié précieux et a survécu à un déluge de 37 aces.

Une douceur pour le de­ssert

Ce duel de Mel­bour­ne va sign­er, para­doxale­ment, la fin de la saison 2 des gran­des manœuvres entre Agas­si et Sampras. Le kid de Las Vegas vient de con­fort­er avec auto­rité son statut de n°1 mon­di­al et de s’ex­tirp­er de la posi­tion in­con­fort­able de vic­time préférée de son rival. Mais sa pro­pre série de succès (coiffée de trois tit­res du Grand Chelem en huit mois) va connaître un coup d’arrêt.

Quant à Pete, son de­rni­er titre à Wimbledon, quel­ques mois plus tard, a des al­lures de chant du cygne. De plus en plus sujet à des coups de pompe physiques, il est désor­mais con­damné à éco­urt­er les échan­ges (pas plus de 3-4 coups de raquet­te), ce qui aug­mente les déchets de son jeu. La jeune garde, désor­mais équipée de grands tamis, par­vient à re­tourn­er son ser­vice avec la puis­sance de l’en­voyeur. Marat Safin et Lleyton Hewitt à l’US Open, Roger Feder­er à Wimbledon, Gus­tavo Kuert­en au Mast­ers, an­éan­tissent ses es­poirs de gar­nir en­core son étagère de trophées majeurs. Et le Califor­ni­en, désor­mais ir­réguli­er, dégrin­gole au clas­se­ment.

Aussi, lorsque Sampras ter­rasse Pat­rick Raft­er à l’US Open 2001 pour s’offrir un duel face à son grand rival tout de noir vêtu, c’est pre­sque une sur­pr­ise de le retro­uv­er là. Dédé est alors un n°2 mon­di­al lorgnant claire­ment sur la place de n°1 en fin d’année. Ils se sont affrontés deux fois cette année-là, pour deux net­tes vic­toires d’Agas­si au terme de matchs oub­li­ables. Dans un grand jour au ser­vice, Sampras en­voie la sul­fateuse ce soir-là, au point que le divin chauve ne trouvera pas la moindre ouver­ture sur le ser­vice ad­verse ; mais lui-même reste très ferme sur ses en­gage­ments, tout se jouera sur les nerfs, lors des tie-breaks, et les nerfs de Pete seront les plus sol­ides.

Lorsque les duet­tistes pénètrent sur le Stadium ce soir-là, l’ova­tion qui les ac­cueil­le tient plus à une nos­talgie qu’à l’intérêt réel de ce match dans l’his­toire de leur rivalité. Le pub­lic, en­thousias­te et par­tagé, semble leur dire « on est ravis de vous voir, ce sera sans doute la dernière fois alors on veut juste en pro­fit­er. Et profitez-en aussi, lâchez-vous ». De fait, tout le monde en pro­fitera ce soir-là, même le vain­cu : dans les tri­bunes, le ventre de Stef­fi Graf s’ar­rondit, et le ten­nis n’est pas tout dans sa vie. Il n’est plus ques­tion de domina­tion sur le ten­nis, chacun des deux pro­tagonis­tes est juste con­scient que les oc­cas­ions de retro­uv­er son rival de l’autre côté du filet seront de plus en plus rares, et seront tri­butaires des cir­constan­ces que les tirages au sort des tab­leaux voud­ront bien leur aménager. Aussi, quand une stand­ing ova­tion ac­cueil­le le début du de­rni­er tie-break, Agas­si et Sampras, aussi pudiques l’un que l’autre, n’en sont pas moins saisis par l’émo­tion, la même émo­tion qui traver­se les tri­bunes. On est juste con­tents d’être là, et on en pro­fite.

Ce re­ssen­ti général pèse lourd dans le re­gard rétros­pectif que les fans de ten­nis posent sur ce match, cer­tes marqué par de splen­dides échan­ges, mais dont on pour­rait re­tourn­er en défaut ce qui est générale­ment présenté comme une qualité : aucun des deux joueurs, en 48 oc­cas­ions, n’a réussi à ravir la mise en jeu ad­verse, une statis­tique flat­teuse ni pour l’un ni pour l’autre.

Le pousse-café

A ce stade, Sampras ne semble plus avoir grand-chose dans la raquet­te. S’il prend une belle re­vanche sur un Marat Safin loin de son meil­leur niveau en demi-finale, c’est pour mieux se faire cueil­lir physique­ment en fin­ale, con­tre un autre nouveau venu à ce niveau, Lleyton Hewitt. Pete n’a plus d’ess­ence dans le réser­voir… et semble-t-il plus rien à donn­er si l’on en croit sa feuil­le de résul­tats les mois suivants. A une époque où tous les champ­ions – sauf Agas­si – fin­is­sent car­bonisés à 30 ans, le Califor­ni­en traine sa peine. Battu par des an­onymes lors des pre­mi­ers tours des tour­nois aux­quels il par­ticipe, il connaît en 2002 deux défaites par­ticuliè­re­ment humilian­tes sur son gazon chéri : en Coupe Davis con­tre un Alex Cor­ret­ja qui ne goûte guère le ten­nis sur herbe, puis à Wimbledon face à l’anonyme Geor­ge Bastl, qui le domine en cinq sets.

A l’ouver­ture de l’US Open 2002, Sampras doit défendre la majeure par­tie des points ATP qu’il lui reste ; en cas de défaite prématurée, c’est une plongée vers les pro­fon­deurs du clas­se­ment qui l’at­tend. Au troisiè­me tour, cinq sets lui sont néces­saires face à Rusedski, et son ad­versaire battu pro­nos­tique sa défaite au tour suivant. Entamé physique­ment, Pete sait que son pour­centage de premières bal­les sera déter­minant ; sur le ser­vice ad­verse, il se doit de pre­ndre tous les ris­ques pour éco­urt­er les échan­ges. Ce huitième de fin­ale, face à Tommy Haas, sera peut-être le mo­ment de bas­cule du tour­noi. Face au n°3 mon­di­al, Sampras se re­pose sur les jeux de ser­vice ad­verse, at­tendant quel­ques fautes ad­verses annonçant l’ouver­ture. Pete s’im­pose en quat­re sets serrés, au terme d’un match qui re­stera le brouil­lon tac­tique de sa fin­ale face à Agas­si, dont les schémas de jeu sont pro­ches de ceux de l’Al­lemand. En quarts, Pete se sent pouss­er des ailes face au jeune Andy Rod­dick qui craque totale­ment sur son ser­vice, avant une demi-finale par­faite­ment négociée en trois sets face à Schalk­en.

Voilà donc, à la sur­pr­ise générale, le Califor­ni­en à nouveau en fin­ale face à son meil­leur en­nemi Andre Agas­si, qui a fait le sale boulot en le débar­rassant du tenant du titre Hewitt en demi-finale. Contra­ire­ment à Sampras, le Kid est en­core sacrément dans le coup, ses résul­tats sont aussi réguli­ers qu’éblouis­sants et il lorgne claire­ment sur la place de n°1 mon­di­al détenue par Hewitt. Autant dire que per­son­ne ne donne cher de la peau de Sampras avant cette fin­ale, bien qu’Agas­si ne l’ait en­core jamais battu à New York.

La clé de ce de­rni­er affron­te­ment, plus que pour tous les aut­res, sera le pour­centage de premières bal­les de Sampras. Au cours de cette dernière semaine, Pete a élevé ce pour­centage, que ses nombreuses doubles-fautes n’ont pas entamé. Elevant sa mise en jeu au rang de for­teres­se im­pren­able, il peut mettre la pre­ss­ion sur le ser­vice ad­verse, quit­te à la relâcher com­plète­ment une fois le break en poche. A trois re­prises dans ce match, Pete a pris le ser­vice d’Andre, et sa vic­toire ne re­pose que sur ces trois jeux. Et notam­ment le de­rni­er break, à 4/4 au 4e, léger mo­ment de frustra­tion pour le Kid qui vient de laiss­er échapp­er plusieurs bal­les de break au jeu précédent et qui va per­dre sa mise en jeu au pire mo­ment pour lui. Sampras n’a plus qu’à ser­vir…

Une his­toire des années 90

Pete Sampras et Andre Agas­si ont été rivaux, et cette rivalité ne fut pas que médiatique ; elle re­pose sur plusieurs séries d’affron­te­ments marqués par l’enjeu de la domina­tion du ten­nis mon­di­al. Sur le mo­ment, en 1995, il était légitime d’y voir une rivalité inédite, leurs affron­te­ments répétés d’un tour­noi sur l’autre n’ayant alors pas d’équivalent au cours des années précéden­tes.

Toutefois, les chiffres de cette rivalité n’en dis­ent pas tout, ils n’en dis­ent même pas grand-chose.

L’his­toire du ten­nis a connu quel­ques rivalités mar­quan­tes pour le trône, qu’il soit of­ficiel ou of­ficieux : Kram­er, Gon­zales, Hoad, Rosewall, Laver, New­combe, Con­nors, Borg, McEn­roe, Lendl, Ed­berg, ont livré des joutes mémor­ables, tout comme le trio Fedalic au cours du XXIe siècle. Mais tous ces champ­ions, aussi différents soient leurs jeux et leurs per­son­nalités, ont en­tretenu avec une con­stan­ce re­mar­qu­able une farouc­he volonté de s’em­par­er du sceptre et de le con­serv­er.

A la liste ci-dessus, il faut évidem­ment ajout­er Pete Sampras. Mais sûre­ment pas Andre Agas­si.

Dans la con­figura­tion par­ticuliè­re qui fut celle des années 90, Sampras fut le joueur dominant, qui s’as­suma comme tel et qui, jusqu’au bout, ne se fixa pas d’autre ob­jec­tif que de gagn­er des Grands Chelems et d’ag­randir, année après année, son ar­moire à trophées. Peu lui im­por­taient ses ad­versaires, son at­titude sur le ter­rain était celle d’un champ­ion per­suadé qu’en faisant ce qu’il fal­lait, il soulèverait le trophée à la fin. Quand on y réfléchit, il faut un or­gueil démesuré pour raisonn­er de la sorte ; mais ainsi sont faits les grands champ­ions.

Le Kid de Las Vegas a-t-il sa place dans cette liste ? Oui, si l’on re­gar­de son pal­marès. Non, si l’on ex­amine de plus près le rap­port totale­ment névrotique qu’il a en­tretenu avec son sport et avec le grand rival qui s’est dressé sur sa route. Pro­grammé par son père, dès son plus jeune âge, à de­venir le meil­leur joueur du monde, Andre Agas­si a longtemps joué au ten­nis pour des raisons qui ne lui ap­partenaient pas. Et si, à plusieurs re­prises, il a en­visagé d’arrêter pure­ment et simple­ment le ten­nis, il n’a pas franchi le pas car son père ne lui avait stric­te­ment rien mis d’autre dans la tête, et il n’avait donc pas la moindre idée de ce qu’il aurait pu faire d’autre. L’idée qu’un autre joueur soit cap­able de s’in­terpos­er entre lui et la place de n°1 mon­di­al n’entrait même pas dans son im­agina­tion. Lorsque cette idée se concrétisa avec Sampras, son ob­sess­ion se détour­na de la place de n°1 mon­di­al pour s’orient­er vers ce rival. Et son échec de l’US Open 1995 fut pour lui in­sup­port­able.

Aucun autre champ­ion, pro­bab­le­ment, n’a vécu une défaite aussi dure­ment qu’Andre Agas­si ce jour-là. Par rap­port aux champ­ions cités plus haut, sa carrière au plus haut niveau se dis­tin­gue par de lon­gues éclip­ses, et notam­ment celle de 1995-1997, au cours de laquel­le le ten­nis dis­parut tout simple­ment de son champ de vis­ion. La défaite fait in­fini­ment plus de mal que la vic­toire ne fait de bien, écrit-il dans son auto­biog­raphie. Sans doute l’une des phrases les plus im­por­tantes et les plus sincères de son livre, comme en at­testent les hauts et – sur­tout – les bas de sa carrière. Mais une phrase qu’aucun des aut­res grands champ­ions de l’his­toire du ten­nis ne serait prêt à con­tresign­er. Pour douloureuse que soit une défaite, et bien que cer­tains d’entre eux re­ven­diquent la haine de la défaite davan­tage que l’amour de la vic­toire, aucun n’a vrillé pen­dant de longs mois comme Andre l’a fait à dater de ce 10 sep­tembre 1995. Tous s’en sont remis, sauf lui.

Ce qui fait l’originalité de la rivalité Sampras-Agassi ne tient donc, ni dans la récurr­ence de leurs affron­te­ments, ni dans la di­ver­sité de leurs jeux, ni dans les à-côtés médiatiques dont elle a été en­tour­ée. Ce n’est pas la rivalité Sampras-Agassi qui est originale, c’est Andre Agas­si lui-même qui oc­cupe une place totale­ment à part dans l’his­toire du ten­nis. A part, pour la puis­sance fin­an­cière et médiatique qu’il a représentée tout au long de sa carrière. A part, parce qu’il a débarqué sur le cir­cuit pro­fes­sion­nel doté d’un jeu révolution­naire mais lesté d’un cer­veau tour­menté au sujet de sa place dans ce monde et dans ce sport, tour­ments que ses vic­toires et ses défaites n’ont ab­solu­ment pas résolus. A part, enfin, parce qu’il nour­rissait à l’endroit de son grand rival une ob­sess­ion à nulle autre pareil­le.

Oui, Sampras et Agas­si ont été des rivaux, et pas des moindres.

Oui, les défaites d’Agas­si face à Sampras – et notam­ment à l’US Open – sont les jalons es­sentiels de leur rivalité, tout simple­ment parce qu’ils ont été vécus comme tels par la vic­time, Agas­si.

Oui, Agas­si ayant été, pour de bon­nes et de mauvaises raisons, globale­ment plus populaire que Sampras, le grand pub­lic a épousé le point de vue d’Agas­si et réserve une place de choix à leur rivalité dans l’his­toire du ten­nis.

Et oui, leur duel de Mel­bour­ne en 2000 n’oc­cupe qu’une faib­le place dans cette rivalité, tout simple­ment parce qu’elle a débouché sur une vic­toire d’Agas­si.

Reste que je ne re­gret­te pas d’avoir séché les cours ce jour-là.

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Grand pas­sionné de ten­nis de­puis 30 ans.

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238 Responses to Le sommet des dieux

  1. Rubens 31 août 2022 at 11:07

    Question aux tauliers : j’ai bien essayé de parfumer cette prose avec des vidéos Youtube, mais ça ne marche pas. Je me mets bien en édition HTML dans l’écriture de l’article, mais les vidéos n’apparaissent pas et le code iframe que j’ajoute disparaît après l’enregistrement. Avez-vous une solution ?

    • Guillaume 1 septembre 2022 at 14:30

      comme ceci ?

      Argh, plein de trucs à dire et pas de temps… I shall return.

      • Rubens 1 septembre 2022 at 21:39

        Merci Guillaume, c’était bien ça. Ta vidéo apparaissait bien. Sauf que j’ai essayé de mettre une deuxième vidéo, j’ai même légèrement modifié le code copié-collé de Youtube, afin de coller exactement à la syntaxe de ton iframe à toi (seul le n° de la vidéo étant différent). Résultat des courses, ma vidéo n’est jamais apparue, et la tienne a été dégagée (alors que je me suis bien gardé d’y toucher !). Je ne comprends pas pourquoi, quand j’enregistre, il me vire les iframes.

        Bon, voici l’une des petites friandises que je voulais mettre : la demi de Cincinnati de 99. Sampras en apesanteur. Mention spéciale au premier point du deuxième set, la pitchenette de passing de revers croisé à contrepied. Pitou aussi haut et aussi loin qu’il peut aller.

        Le lien est ici : https://www.youtube.com/watch?v=iLdz2mLVDc4

    • Perse 1 septembre 2022 at 14:34

      Comme d’habitude, de grands applaudissements sont mérités pour la qualité de cet article.

      J’ai adoré les réflexions sur la dynamique de la rivalité, de voir que finalement à quel point la perception s’est joué à peu de choses, et de mettre en exergue les failles mentales internes à Agassi.

      La séquence de 1994-1995 pourtant chiffre par chiffre favorable à Agassi comme tu le décortiques bien ne m’avait pas marqué autant. C’est vrai que ce match à l’US 1995 avec cette symbolique balle de 1er set est un microcosme de leur rivalité (dédicace à la vidéo de l’ATP sur la finale du Masters 1996) : un échange où Agassi commence par dominer, avant de se faire contrer une première fois avant de renverser la dynamique sans concrétiser et finalement Sampras qui gagne le jeux de positions en concluant sur un revers croisé.

      Pour ce match à l’AO, le tournoi a mis en ligne l’intégralité du match durant le confinement sur Youtube et c’est effectivement un très beau match sur le meilleur court d’Agassi.

      Ce tie-break du 4ème set est l’un des plus beaux que j’ai vu avec notamment le passing croisé de Sampras, mais le niveau d’Agassi est hallucinant également.

      Néanmoins, le tie-break du 3ème conclu 7-0 par Sampras est une séquence absolument divine du Grec (notamment un retour gagnant de revers au corps à couper le souffle) qui vaut le coup d’oeil.

      Il me semble que dans sa bio, ou peut-être celle de Gilbert, il est expliqué qu’un souci physique de Sampras avait été rapidement perçu parce que son service était particulièrement exceptionnel alors que son déplacement latéral n’était pas aussi brillant.

      Enfin, ton paragraphe sur l’orgueil démesuré des champions qui raisonnent de la façon « Le sort de la compétition est entre mes mains si je joue bien », un exemple impressionnant du genre est Rory McIllroy en golf qui est de loin le meilleur joueur de golf 17 trous sur 18, qui en a fait l’éclatante démonstration la semaine dernière en remontant 6 coups sur le dernier tour au n°1 mondial.

      • Rubens 2 septembre 2022 at 11:55

        Salut Perse,

        Effectivement, le tie-break du 3ème est un monument samprassien, Agassi ne peut que regarder passer les balles. Petite précision : Melbourne n’est pas encore, à ce moment-là, perçu comme le jardin favori d’Agassi. Il n’a qu’un titre à l’AO (il file vers son deuxième), contre deux pour Sampras. Je ne suis pas sûr que la surface soit réellement favorable à Agassi, les conditions atmosphériques oui en revanche. Agassi était plus imperméable aux fortes chaleurs que Sampras.

        Pour les baisses de Sampras, je n’ai lu ni son bouquin ni celui de Brad Gilbert, mais je ne serais pas surpris que ce soit dans le bouquin de Brad. Il avait expliqué, juste après la finale de l’AO 95, qu’au 4ème set il ne doutait plus du tout de la victoire de son poulain : « quand il (Sampras) aligne les aces, c’est qu’il est cuit ». Il est bien possible en effet qu’il l’ait aussi écrit.

        Pour l’orgueil, j’avais lu une interview à l’époque, où il disait ça. Le tout au milieu d’une interview comme il savait si bien les faire, lisse, sans aspérité. Un type hyper-modeste, mais qui lâche, au détour d’une réponse, que son raisonnement en amont de n’importe quel tournoi était « Tu dois pouvoir le gagner ». Et il ajoutait « Il n’y a aucune prétention de ma part, je vous dis juste comment je ressens les choses, c’est comme ça ». Et au vu de ses résultats, on était bien en peine de lui donner tort…

        Le seul vrai reproche que je lui ferai, c’est à propos de Pat Rafter. Pitou a eu beaucoup d’adversaires de taille, ils ne sont pas bien nombreux (hors TB évidemment) à avoir été capables de lui tailler des croupières. J’avoue ne pas avoir très bien compris pourquoi il s’est lâché à propos de Rafter :
        – l’Australien gagne l’US 97 alors que Sampras s’est incliné en huitièmes face à Korda. Rageant pour Pete, mais pourquoi ne pas s’en prendre, entre autres, à Agassi vainqueur de l’US 94 ou à Becker vainqueur de l’AO 96 ?
        – Rafter le bat à Cincinnati en 98, au cœur d’un été de feu pour l’Australien où tout lui réussit. Le match se termine dans la confusion, par un service gagnant de Rafter que Sampras voit faute. Une fois n’est pas coutume, Pitou a l’air vraiment en colère, mais l’adversaire n’y est pour rien. C’est suite à ce match qu’il se fend d’un « 10 Grand Slams », en réponse à un journaliste lui demandant ce qui les différencie. Ambiance…
        – Rafter remet le couvert 3 semaines plus tard, en demi de l’US. Pitou prend de justesse le premier set (11/9 au tie-break je crois) avant de se blesser dans le deuxième, et de finalement s’incliner en cinq sets. Là encore, c’est bien dommage pour lui, mais ce n’est pas la seule fois qu’il se blesse en cours de match.

        Manque de respect. Temporaire d’ailleurs, Pitou ayant pris son téléphone pour s’expliquer directement avec Rafter. Tout rentre dans l’ordre. Il faut dire que Rafter ne le battra plus jamais… J’avoue ne jamais avoir compris pourquoi il s’en était pris à un adversaire de la sorte, et pourquoi Rafter, qui ne me semble pas avoir été le joueur le plus désagréable de son temps.

        • Perse 2 septembre 2022 at 14:34

          A propos de la bisbille Rafter/Sampras, il me semble qu’il s’en est expliqué :

          - Sampras trouvait que Rafter était extrêmement unidimensionnel dans son jeu, et que donc le résultat devait être entièrement à sa main. Là, c’est clairement un biais mental et arrogant à l’égard de Pat Rafter qui n’y est pas pour grand chose. Simplement, Rafter n’était pas un joueur de sa catégorie, ce qu’il reconnaissait à Agassi ou Becker.

          - Après sa saillie, Sampras explique dès le lendemain qu’il voulait faire « smart-ass » et qu’il regrette d’avoir dit ça (out of character comment), en notant toutefois que les journalistes étaient peu enclins à le voir faire de l’esprit au contraire d’autres joueurs.
          Ce match de Cincinnati est d’ailleurs un peu étrange et tout à l’honneur de Pat Rafter qui fait preuve d’une grande ténacité. En effet, le premier set est une tornade samprassienne ou Rafter se fait breaker blanc (avec notamment un retour de revers pépite) et tellement démonter qu’il donne sa raquette à un ramasseur de balle ! Par la suite, il parvient à renverser le match.

          - Un autre épisode de la rivalité est un match de Coupe Davis 1997 entre les 2 où Sampras est en fusion (d’autant plus qu’il perd le premier set au tie-break avec un manque de réussite abusé), avec quelques slam dunk qui sont les coups les plus proches de la boxe vus sur un terrain de tennis.

          - Cet épisode ne demeure pas moins marquant puisque Rafter pas plus tard que cette année ou l’année dernière (quand il a repris des fonctions dans le tennis) a pu dire que lui et Sampras ne sauraient être plus différents.

  2. Rubens 2 septembre 2022 at 16:57

    « Sampras trouvait que Rafter était extrêmement unidimensionnel dans son jeu, et que donc le résultat devait être entièrement à sa main. Là, c’est clairement un biais mental et arrogant à l’égard de Pat Rafter qui n’y est pas pour grand chose. Simplement, Rafter n’était pas un joueur de sa catégorie, ce qu’il reconnaissait à Agassi ou Becker. »

    De l’arrogance en effet. Vraiment de l’arrogance. Parce que sur la période 1997-2001, Rafter est vraiment un top joueur, un monstre physique vraiment dur à passer. Un joueur unidimensionnel ne l’aurait jamais emporté sur Sampras lors de ce match de Cincinnati. Je me souviens effectivement de Rafter impuissant donnant sa raquette à la ramasseuse, mais il est bien revenu et c’est lui qui a fait le break dans le troisième. Quand a eu lieu l’incident d’arbitrage, Pat menait 5/4 40/30 et le match était pratiquement plié. Autant Agassi a eu tort de voir Sampras comme un fraudeur de GC, autant Sampras a eu tort sur toute la ligne de considérer Rafter comme un fraudeur. Dans les deux cas, c’est du mépris injustifié, doublé d’une grosse erreur d’interprétation.

    • Perse 2 septembre 2022 at 18:06

      Chacun est humain mais Sampras l’a finalement dégluti et passé la page, non sans mal certes. Tandis qu’Agassi n’a pu s’empêcher en 2009 de baver méchamment quasiment 10 ans. Dans « A champion’s mind », Sampras ne bave pas sur Rafter et reconnaît ses torts par exemple.
      Mais dans une certaine mesure Rafter était unidimensionnel par rapport à Sampras même si incroyablement fort durant 3-4 ans avant de se déglinguer l’épaule (pas tout le monde n’a la chance d’avoir des vérins hydrauliques comme Sampras).

      Et il y avait un autre élément qui l’avait agaçé aussi : durant la très bonne période de Rafter, celui-ci était très populaire et apprécié en recevant énormément d’éloges et d’attention de la part des journalistes et compagnies. Rafter était mis au même niveau que Sampras déjà 4x n°1 avec 10 GC. Sa saillie était lié à ce 2 poids 2 mesures. Dans la même mesure que Dimitrov au moindre frémissement de résultat recevait une attention gigantesque alors que bcp d’autres joueurs plus consistants n’ont jamais été chouchouté par les médias.
      Par exemple, Norrie a de fortes chances d’avoir une carrière in fine meilleure que celle de Dimitrov, or « nobody cared ».

      • Rubens 4 septembre 2022 at 23:23

        Je vois ce que tu veux dire, mais unidimensionnel, Sampras aurait pu le dire à propos de n’importe lequel de ses adversaires (ou presque). Aucun n’était aussi complet que lui. Ceci dit, voir en Rafter uniquement un serveur-volleyeur est bien réducteur. Il n’était évidemment pas un shot-maker comme Pete en fond de court, mais il était capable de magnifiques constructions de points, avec l’objectif affirmé de terminer au filet, en usant notamment de placements millimétrés. Il excellait en particulier dans l’art du contrepied, sur terre battue c’était un régal de le voir jouer. Voir en Rafter un joueur unidimensionnel, c’est à peu près aussi absurde que de dire que Sampras n’était qu’un énorme serveur (chose que j’ai entendue aussi).

        Quant au traitement médiatique favorable à Rafter, j’ignorais ce point (il a dit ça dans A champion’s mind ?), mais qu’a-t-il à dire de la différence de traitement médiatique entre lui, Sampras, et Agassi ? Pat Rafter, vu de derrière un écran, était un chic type sur le terrain. Soumis au filtre des journalistes, il était également un chic type. Mais quand tu vois son parcours, c’est un gars qui a quitté son pays très jeune, dans le cadre de programmes de tournées mondiales organisées par Tennis Australia. Un parcours qui lui a valu de tâter de la TB européenne très jeune, de dormir chez l’habitant, parfois chez des gens qui ne parlaient pas l’Anglais, et de passer des mois entiers loin de ses terres. Bref, un parcours différent sur bien des points de celui de Pitou, qui avait reconnu un jour n’avoir, jusqu’à son passage chez les pros en 88, quitté sa Californie natale que pour une poignée de compétitions nationales de jeunes (il expliquait d’ailleurs que c’est pour cette raison qu’il ne se percevait pas lui-même comme un client intéressant pour les journalistes). Au passage, tout ceci démontre la diversité des chemins possibles vers le haut niveau.

        Bref, si j’avais été journaliste, j’aurais sans doute eu avec Rafter un éventail de sujets à aborder bien plus étendu qu’avec Sampras. Et ça n’a rien à voir avec un deux poids deux mesures.

        Et si Pattoche dit aujourd’hui qu’ils ne pourraient pas être plus différents, j’aurais du mal à lui donner tort puisqu’il est, je crois (ou en tout cas a été) le responsable du haut niveau en Australie, donc un type qui donne beaucoup de son temps au partage, à la transmission et à des voyages dans le monde entier qui pourtant ne le concernent plus personnellement. Je voudrais bien dire quelque chose d’approchant à propos de Sampras, mais quand on lui demande ce qu’il fait aujourd’hui, sa réponse porte uniquement sur l’entretien de sa condition physique.

        Bref, autant je trouve rances et injustifiés les règlements de comptes d’Agassi avec Sampras dans Open, autant je trouve tout aussi rance et injustifiée la litanie de propos que tu m’apprends sur Sampras à propos de Rafter, qui lorgnent du même côté, celui de la jalousie déplacée. Je te disais plus haut que c’est là le seul véritable reproche que je pourrais faire à Sampras. Mais surtout, si Sampras devait – ou avait dû, pendant sa carrière – se lancer dans des bouffées narcissiques en se comparant avec un autre joueur, je crois vraiment que d’autres joueurs auraient été plus pertinents que Pat Rafter, joueur ayant été un beau caillou dans sa chaussure… pendant un mois de sa carrière !

        • Perse 5 septembre 2022 at 10:38

          Le parcours de Rafter est très intéressant et il y a également de nombreuses interviews sur ses initiatives mises en place lors de son passage à la fédération australienne.

          Notamment, la richesse pour lui d’avoir été sur la route dans sa jeunesse en passant chez l’habitant (apparemment, il a une tendresse particulière pour la France à ce titre d’ailleurs).

          Rafter fut effectivement un caillou pénible durant un gros mois dans sa chaussure mais au moins, ça a été évacué par la suite, il n’y a pas de réglement de compte dans son bouquin. Les quelques propos sont des articles de journalistes durant le moment, il n’est jamais revenu là-dessus par la suite.

          Quant à la différence de traitement entre Agassi et Sampras, je crois qu’il a accepté que ça faisait tourner le business, tant que le terrain était favorable, il était satisfait.

          Oui évidemment je pense que la conversation avec Rafter est probablement plus facile et étendue, mais j’ai presque envie de dire que Rafter est l’exception qui confirme la règle puisque les joueurs de tennis australiens modernes sont rarement les plus simples (de Hewitt qui était très antipathique, à la tête de con fini Tomic, Kyrgios etc…).

          • Rubens 5 septembre 2022 at 12:51

            Je suis quand même rassuré que les propos du Grec remontent au moment des faits, et que ses (tentatives de) justification ne figurent pas dans son autobiographie.

            Rafter en France, j’en avais parlé sur un fil il y a quelques mois. Un de mes copains avait eu le privilège (rétrospectif) de l’affronter et de se prendre une branlée. Sur terre battue. Des échos qui m’en sont revenus par le copain en question, le jeune homme avait vraiment la tête sur les épaules. Et notamment il était conscient que les gens qui l’hébergeaient n’avaient pas sa vie de nomade, il était peut-être le premier et le dernier Australien qu’ils rencontraient et il importait de se conduire correctement vis-à-vis d’eux afin de leur laisser une bonne image de l’Australie. Ce comportement-là, il me semble y être resté fidèle tout au long de sa carrière.

            Puisque tu parles des têtes de con Aussies, il me semble que Hewitt, insupportable sur le court, était beaucoup plus mesuré en conférence de presse. Il a eu un gros clash médiatique à l’US face à Blake (l’année où il est allé au bout), mais il passait aussi pour un type plutôt normal et amical en dehors du terrain. Je ne suis évidemment pas allé vérifier… Hewitt, je crois me souvenir qu’il connaissait Federer depuis l’adolescence, ce qui semble confirmer qu’il a aussi fait des voyages tennistiques en Europe.

            Par contre, Tomic et Kyrgios, je n’ai pas l’impression qu’ils aient été en contact avec grand chose à part des consoles de jeux…

            • Guillaume 6 septembre 2022 at 09:07

              Au détour d’un papier sur les jeunes années de Roger, il y a quelques années, j’avais découvert que le premier Federer – Hewitt remontait à une compétition de jeunes en Suisse à l’été 1996. Il avait 15 ans. Donc oui, comme Rafter quelques années plus tôt, la teigne a pas mal voyagé dans sa jeunesse (et s’est frotté à la terre européenne, accessoirement).

              C’est paradoxal comment l’éloignement (Kyrgios, Kokk en parlent bcp, Barty évidemment) semble être particulièrement devenu un fardeau pour les Australiens à une époque où les moyens d’être connectés aux siens à distance n’ont pourtant jamais été aussi nombreux. De là à penser que mieux vaut vivre son voyage à fond, en s’abstenant de regarder ce qu’on peut éventuellement manquer, plutôt qu’être connecté sur Zoom tous les soirs à se dire ‘je voudrais être avec vous’…

  3. Sam 5 septembre 2022 at 08:33

    Merci Rubens pour cet Opus, sur lequel je n’ai pour l’instant rien à dire, tout bougon que je suis en découvrant ce matin que parmi les candidats à la place de 1, nous avons dorénavant Casper Ruud. Rien de personnel, Casper, mais, sérieusement…?

    • Rubens 5 septembre 2022 at 09:47

      Casper a encore du chemin avant d’envisager de s’asseoir sur le fauteuil. Je n’ai pas le détail des calculs d’apothicaires, mais l’hypothèse Casper n°1 ne suppose-t-elle pas que Nadal et Alcaraz se vautrent rapidement ? Autrement dit, tout n’est pas non plus dans ses mains.

      Le favori me semble désormais être Kyrgios.

      • Guillaume 5 septembre 2022 at 15:14

        Nadal pour moi. De toute façon tant qu’il est dans un tableau où Djoko ne figure pas je vois pas comment il ne peut pas être le favori n°1. ça sent encore l’US Open où il ramasse la mise sans jouer personne ou seulement des survivants cadavériques (je vois bien le gagnant d’un Carlito/Sinner exténué de s’être entredéchirés 5h durant juste avant). Un grand classique :mrgreen:

        • Anne 6 septembre 2022 at 01:01

          Finalement Tiafoe aura eu la peau de Nadal. Côté course au numéro 1 mondial, Nadal peut très bien l’être malgré tout mais il faut que ni Alcaraz, ni Rudd ne soient en finale.

          Si jamais Rudd perd en finale contre un autre qu’Alcaraz alors il deviendrait numéro 1 en n’ayant remporté pas mieux que des tournois ATP 250. Chose qui n’est jamais arrivée (pas plus que sur le circuit WTA)

          https://twitter.com/josemorgado/status/1566912619021221893?s=21&t=7Y5qf1DnJTBpIMg0oty1ag et ici aussi https://twitter.com/josemorgado/status/1566917760189435904?s=21&t=7Y5qf1DnJTBpIMg0oty1ag

          • Guillaume 6 septembre 2022 at 09:17

            Vamos Carlito ! Il est l’Elu qui peut me réconcilier avec le tennis espagnol.

            • Guillaume2 6 septembre 2022 at 17:29

              Je plussoie. Une finale Kyrgios Carlito avec la victoire de ce dernier en final et la place de n°1 serait une belle histoire.
              Et heureux d’avoir éviter un 5ème titre de Nadalito qui aurait été l’égal de pas moins que Connors, Sampras et Federer. Ca m’aurait fait un peu mal……

  4. Perse 5 septembre 2022 at 10:44

    Medvedev aura finalement fait une saison assez médiocre tandis que Kyrgios aura contre toute attente partiellement réalisé son potentiel.

    Il demeure un gouffre entre le Big 2 et le reste du circuit et Nadal demeure favori pour moi. Le niveau de jeu des matchs est assez impressionnant coté masculin.

    Côté WTA Caroline Garcia continue à impressionner.

  5. Colin 5 septembre 2022 at 14:47

    Pfiou… Ce n’est pas un article, c’est un bouquin…
    Quatrième passage ici, et j’en suis à peine aux deux tiers…
    Mais je savoure.

  6. Guillaume 5 septembre 2022 at 15:07

    Bon ce sera en vrac :
    Courier d’abord, un cas que je trouve très particulier : une mainmise incontestable, une poigne de fer digne des plus grands (Big 3, Sampras, Lendl, Mc, Borg, Connors, en gros…), mais sur un laps de temps nettement plus court que les plus grands en question – on pourrait cadrer ça du printemps 91, avec Indian Wells-Miami et Roland, à la finale de Wimbledon 1993, soit 2 ans. Dans cet intervalle :
    - il est à l’affiche de 7 finales de Chelem sur 10 possibles, dont 4 titres (et les 3 absences à l’affiche de la finale : 1x sorti un tour avant en 1/2, et deux fois le cas particulier du gazon de Wim, où il se contente de 1/4 et 3T)
    - statistique que l’on peut étendre à 9 finales majeures sur 12 possibles si l’on intègre le Masters dans la dénomination de tournois ‘majeurs’ (F 91 et 92).
    - Plus une Coupe Davis en 92, un doublé IW/Miami toujours réservé, 30 ans plus tard, aux plus grands, un back-to-back à Rome, seul tournoi préparatoire à RG qu’un Ricain pouvait décemment honorer de sa présence (Monaco ? Trop loin de l’échéance parisienne ! Hambourg ? Connais pas !)
    Et puis il s’écroule, aussi spectaculairement que sa domination a été forte, et cette manière brutale de rentrer dans le rang explique sans doute aussi pourquoi il a un peu disparu des mémoires. Un profil assez unique donc, au moins concernant les n°1 du classement par ordinateur. Il est dans un entre-deux, dominant réel de son époque (ce qu’Agassi, Hewitt, Edberg ou Kuerten, pour prendre ceux qui évoluent dans les mêmes eaux au nombre de semaines n°1, n’ont pas été, ou sur des phases encore plus courtes) mais sans la durée qui d’habitude accompagne ces profils de patrons. Pour paraphraser Delpo quand il était devenu n°4 ou 5 mondial, « le meilleur des mauvais » ? Ou le moins bon des meilleurs ?

    • Rubens 5 septembre 2022 at 21:50

      Pas si en vrac que ça, puisque tu parles uniquement de Courier !

      [Au passage, je m'excuse du gâteau trop sucré qu'est cet article, mais le format série ne me semblait pas adéquat, je ne me voyais pas discutailler dans une première partie de trucs qui seraient abordés dans une deuxième partie]

      Courier donc, un cas unique. Rien à rajouter à ton commentaire, sauf pour une private joke : je soupçonne que Courier a été rapidement oublié car avec 2 AO et 2 RG, c’est quand même un peu vulgaire par rapport à 2 Wim et 2 US. Mais, et ceci explique peut-être cela, la supériorité de son jeu s’exprimait davantage sur des surfaces lentes. A l’époque, tous ses détracteurs insistaient sur son jeu de bourrin, remarque qui pouvait s’appliquer sans problème à Agassi. Courier et Agassi d’ailleurs, c’est une autre grande histoire, mais l’article me semblait assez long.

      Rentrer dans le rang de manière aussi soudaine, c’est presque unique, la seule comparaison me semble être Wilander. Sauf que le Suédois a plongé encore plus vite, et encore plus profondément, que Courier. Le bûcheron américain enchaîne en 94 deux demis en GC, jugées alors décevantes pour lui, il ne gagne pratiquement plus de tournois secondaires et se retrouve aux confins du top 15 fin 94. 95 signe un retour partiel, avec un match monumental bien que perdu face à Sampras à l’AO, qui laisse augurer un vrai retour. Promesse partiellement tenue, malgré une nouvelle grosse déception à Roland (battu en huitièmes par Costa), avec 4 titres et une dernière demi à l’US. Puis deux quarts en 96, dont le dernier, à Roland face à Sampras, qui le laisse boudeur… et définitivement déclinant.

      Le cas Courier est unique, pas vraiment comparable à d’autres comme tu le soulignes. Un vrai boss, oui, mais sur une période assez courte. La meilleure illustration de l’importance de la confiance dans le tennis de haut niveau. Ayant perdu cette confiance, il flanchait systématiquement dans le money time, là où il l’emportait quasi-systématiquement sur la période 91-93.

      • Guillaume 5 septembre 2022 at 22:32

        Tu le formules sur le ton de la blague, mais je me suis posé sérieusement la question du prestige de l’OA qui « ternirait » un peu les accomplissements de Courier aux yeux du public de l’époque. 92, 93, on reste encore proche des années sombres de l’OA, surtout vu d’Europe ou des USA. J’y ai pensé aussi pour ta question relative à la demie Agassi – Sampras de l’an 2000 : trop loin des States pour une rivalité éminemment ricaine ? C’est plus ou moins dans ces années-là que j’ai commencé à suivre le tennis et il me semble que le règne de Dédé au tournant des 2000′s a fait beaucoup de bien à l’image du tournoi. Il sortait quand même de Korda / Rios, Kafel / Enqvist… c’était bien fragile niveau palmarès, tout ça. Et Andre, légende des 90′s (l’une des deux seules, en fait) arrive pour mettre de l’ordre là-dedans (et aider à oublier que des Clément, Johansson, Schuettler s’invitent encore trop souvent le dernier jour :mrgreen: ), avant que la génération suivante, Fed, Hewitt et Safin en tête, ne fasse enfin plus de distinguo entre l’OA et les autres Chelems.

        • Rubens 5 septembre 2022 at 23:13

          Je te livrerai un ressenti personnel, qui évidemment n’engage que moi, sachant que j’ai suivi les 90′s plus que toute autre époque.

          Je n’ai pas du tout le souvenir que l’AO soit un GC au rabais dans ces années-là. Avec les finales Wilander/Cash, Lendl/Edberg, Becker/Lendl, Courier/Edberg (2 fois) et Sampras/Agassi, la question de la « valeur » d’une victoire à l’AO ne se posait même plus. Par la suite, mes recherches paléontologiques m’ont convaincu que le tournoi avait en fait comblé son retard dès 83. La période 96-99 est une période de relative instabilité au sommet du tennis. Agassi ayant plongé, il suffisait d’une sortie précoce de Pitou pour qu’une levée du Grand Chelem s’ouvre brusquement. Ca donne deux finales baroques à l’AO, mais ça donne aussi un Rafter/Rudedski à l’US, un Krajicek/Washington à Wim. Sans compter des finalistes pittoresques (Pioline, Moya, Philippoussis, Martin). Et je ne parle même pas de Roland…

          Pour te donner un ordre d’idée, la finale de l’US entre Rusedski et Rafter a suscité peu ou prou la même consternation marketingo-médiatique que celle de 2014 entre Cilic et Nishikori. Comment vendre une finale pareille à la ménagère yankee de moins de 50 ans ? Heureusement cette année-là Venus Williams atteignait la finale…

    • Kristian 6 septembre 2022 at 11:08

      Courier ne s’est pas effondre d’un coup (tout au contraire de Wilander), il a recule de maniere presque reguliere annee apres annee. Il perd la place de numero 1 en 93, puis quitte le top 10 en 94, puis le top 20 en 96, puis le top 30 en 98.. C’est une longue, tres longue descente dans l’anonymat tennistique d’un gars qui a en effet domine le tennis mondial pendant 2 ans.

      De ce point de vue la, il me fait plutot penser a Roddick. Sauf que la domination de Roddick n’a dure qu’un ete, et que s’il est devenu peu apres globalement assez inoffensif, il est quand meme parvenu a rester assez longemps dans le top 10.
      Mais la logique est un peu la meme : gros physique, puissance, mental. Mais finalement un jeu assez limite qui n’evolue pas, qui ne progresse pas et de plus en plus de joueur qui passent devant

  7. Guillaume 5 septembre 2022 at 15:28

    Sampras, Agassi, Courier… Puisqu’on parle de n°1 mondiaux. C’est peu dire que le passage sur le trône de Daniil Medvedev n’aura pas été impérissable, m’enfin faut lui reconnaître une poisse certaine à toujours prendre Kyrgios très tôt dans ses tableaux : au 2e tour en Australie, d’entrée au Canada et en 8e à l’US… Si on considère que les deux avaient peu d’autres occasions de se croiser dans l’année (Kyrgios forfait pour la saison de terre, Meddy pour celle de gazon), le Daniil est pas loin d’avoir fait carton plein sur les tirages piégeux !

    • Rubens 5 septembre 2022 at 22:00

      Et c’est significatif que tu dises ça dans ce sens-là. Tu prends n’importe quel joueur, tu le mets une poignée de fois face à Medvedev dans la saison, tout le monde prendra le joueur en pitié en lui disant qu’il a vraiment eu des tirages pourris en tombant aussi souvent et aussi vite sur Medvedev. Mais on parle de Kyrgios, donc c’est Medvedev qui a eu des sales tirages !

      Le trublion ne fait qu’exprimer le potentiel qu’on lui connaît depuis 8 ans. Et je crois bien que Meddy a raison : quand il joue comme ça il rivalise en niveau avec Nadal ou Djoko. Je reste incrédule, quand même, devant sa capacité à jouer à un niveau pareil sans être concentré. Ou plutôt sans avoir besoin d’être concentré.

      • Guillaume 5 septembre 2022 at 22:15

        « C’est significatif que tu le dises dans ce sens-là » Ben oui, c’est la tête de série qui est censée être protégée dans les premiers tours, pas le 45e joueur mondial !

      • ConnorsFan 6 septembre 2022 at 04:20

        Jusqu’à maintenant, Kyrgios a toujours eu l’avantage d’être celui qui peut causer la « surprise » et perturber le tableau, étant moins bien classé que son niveau reel. Je suis curieux de voir comment il réagira si son classement s’améliore et qu’il devient un de ceux qu’on désigne comme favoris, avec la pression de devoir répondre aux attentes match après match.

  8. Rubens 5 septembre 2022 at 22:08

    Et au fait les tauliers, c’est moi ou depuis plusieurs jours le serveur de 15-love rame comme un Gasquet devant rentrer sur le court pour un match de Coupe Davis ?

    • Guillaume 5 septembre 2022 at 22:18

      nan, j’ai la même. Je m’étais dit que je purgerais mon cache et testerais un autre navigateur, mais à te lire je pense pouvoir m’en passer…

    • Colin 6 septembre 2022 at 09:08

      Sans doute la faute aux 125 vidéos invisibles dans l’article-bouquin de Rubens…

      • Rubens 6 septembre 2022 at 10:22

        Je n’ai pas réussi à en mettre une seule ! C’est un bug d’ailleurs !

        • Guillaume 6 septembre 2022 at 11:05

          dis-moi si tu en as d’autres. A ce niveau j’ai pu intégrer celles de l’OA 2000 et Cincy 99 sans problème.

  9. Jo 6 septembre 2022 at 07:44
    • Colin 6 septembre 2022 at 09:07

      Le bandeau Nike sur le crâne quasiment rasé, bien vu, c’est le même, 17 ans plus tard !
      Ceci dit Blake avait un revers à une main, ce qui rendait son exploit encore plus remarquable.

  10. Rubens 6 septembre 2022 at 10:21

    Un autre souvenir qui me revient sur Courier, c’est la chronique de l’AO 1992 dans une revue mensuelle dédiée au tennis. Le journaliste relève que tout au long de la quinzaine, le n°2 mondial Jim Courier n’a guère eu les faveurs médiatiques ou organisationnelles. Et quand on lui pose la question, Jim répond quelque chose comme « dès lors que j’ai droit à deux services et que mon adversaire n’a pas droit au couloir de double, ça m’est complètement égal de jouer sur le court n°25″. Cet opus avait été marqué par l’éclosion de Ferreira et Krajicek, tous deux demi-finalistes, et par le parcours d’un McEnroe vieillissant jusqu’aux quarts. Autant d’événements qui avaient éclipsé la finale et le vainqueur.

    Puisque la mémoire collective est au cœur de mon article-livre, cet AO 1992 est un autre révélateur du décalage entre la réalité et ce que les gens retiennent. Pas grand monde n’a retenu la finale de l’AO 92 entre Edberg et Courier, beaucoup en revanche ont été marqués par le fabuleux numéro de soliste du Suédois quelques mois plus tôt à l’US Open, sur les terres de Jim donc. La nationalité et le lieu du crime ne font rien à l’affaire : Jim Courier n’avait pas les faveurs du plus grand nombre. Il n’était pas détesté, mais il suscitait une indifférence polie, au mieux du respect. Son histoire est d’ailleurs marquée par Bollettieri, qui a manifesté assez tôt une préférence pour Agassi dans son académie. Au point de soutenir le Kid lors de leur affrontement à Roland en 89, à une époque où Courier faisait pourtant encore partie de l’académie. Le comportement de Bollettieri était finalement le même que celui du grand public (ce qui était une faute évidemment de sa part).

    Tout ça pour dire que l’oubli partiel dans lequel est relégué Jim Courier aujourd’hui n’est que l’écho de l’indifférence (relative bien sûr) qu’il a suscitée au moment de sa domination. Je ne crois pas que le personnage soit en cause, car Jim était un type assez sympa. Il n’avait pas le talent d’Agassi pour faire en sorte qu’on le regarde et qu’on parle de lui, mais Edberg et Sampras non plus n’avaient pas ce talent. Non, ce qui gênait avec Jim, c’est son jeu dépourvu de finesse, qui transpirait le travail et la discipline de moine, mais pas le talent. Le refrain est connu. Et je ne crois pas qu’un titre à l’US Open aurait modifié significativement sa place dans le cœur du public.

  11. Montagne 6 septembre 2022 at 13:06

    Des perles ces vidéos :

    Appréciez comme il se doit la traduction en sous-titres des commentaires lors du Nadal / Blake

    Le court sans couloir de double lors de la finale du Master 99. Je voudrais bien savoir si ça perturbe les joueurs cette absence de repères traditionnels.

  12. Guillaume2 6 septembre 2022 at 17:29

    Je plussoie. Une finale Kyrgios Carlito avec la victoire de ce dernier en final et la place de n°1 serait une belle histoire.
    Et heureux d’avoir éviter un 5ème titre de Nadalito qui aurait été l’égal de pas moins que Connors, Sampras et Federer. Ca m’aurait fait un peu mal……

  13. Sebastien 6 septembre 2022 at 21:14

    Encore un article fleuve chef-d’oeuvre de Rubens, bravo à notre historien bibliothécaire au clavier si facile !

    Ce soir, Casper Ruud est à moins de 500 points de la place de numéro 1 mondial, l’absence de points attribués par Wimbledon participe un peu de cela, mais c’est une configuration insolite. Alcaraz serait quand même plus crédible comme N°1… Je signerais bien moi aussi pour une finale Kyrgios – Alcaraz avec une victoire de de ce dernier, mais Sinner semble très fort et sur une excellente dynamique face à Alcaraz.

  14. Kristian 7 septembre 2022 at 08:16

    Donc si je comprends bien, si Ruud bat Khachanov et va en en finale, et dans le meme temps Alcaraz perd ce soir contre Sinner, Ruud sera numero 1 mondial lundi prochain. C’est meme plus une possibilite, c’est desormais carrement probable.

    On est dans un vrai creux historique ou on risque, comme c’etait le cas en 1998-2000, de voir une ribambelle de numero 1 ephemeres. Enfin Ruud, c’est quand meme un cas extreme vu qu’il est numero 7 aujourd’hui.

    • Anne 9 septembre 2022 at 08:58

      Dingue de se dire que si Alcaraz perd en demi-finale et que Ruud se qualifie pour la finale mais perd dans la foulée, il deviendrait numéro 1 mondial avec pour seuls titres des… ATP 250

  15. Guillaume 7 septembre 2022 at 10:05

    ceci est un message de service : d’autres parmi vous rencontrent les mêmes problèmes que Rubens ? Chargement de page très long (ça, j’y ai droit aussi), liens d’articles qui sautent, et même depuis peu impossibilité de répondre…

    • Montagne 7 septembre 2022 at 10:19

      Pour moi, temps de chargement long, mais pas d’autre inconvénient, sauf bien sur si ce message de réponse ne part pas…

    • Achtungbaby 7 septembre 2022 at 10:54

      pareil pour moi.

      Une qui ne rame pas, c’est Garcia. Incroyable la violence de ses coups. Aux 4 coins de Paris !

    • Kristian 7 septembre 2022 at 11:19

      pareil, chargement tres long. me croirerais revenu au temps de la 2G

    • Elmar 7 septembre 2022 at 11:32

      La même.
      Je ne sais plus si c’était hier ou avant-hier, je n’ai tout simplement pas pu accéder au site.

  16. Rubens 7 septembre 2022 at 12:18

    Test. Ca marche ?

    • Rubens 7 septembre 2022 at 12:19

      Guillaume, tu as fait quelque chose pour me débloquer ?

  17. Rubens 7 septembre 2022 at 12:24

    @Guillaume, à propos de Hewitt : c’est bien ce papier sur la jeunesse terrienne de Roger que j’avais en tête, mais j’ignorais qui en était l’auteur. :lol:

    Ca fait un moment, maintenant, qu’au détour de nos échanges on en revient au même questionnement, le mal-être de cette jeunesse du tennis qui souffre de l’éloignement familial et ne supporte pas la vie de nomade inhérente au circuit professionnel. Tantôt on zoome sur l’Australie qui semble avoir perdu sa culture de l’éloignement, tantôt on évoque un phénomène qui frapperait notamment les filles et expliquerait en partie l’instabilité qui règne au sommet du tennis féminin. Il est paradoxal, en effet, de constater qu’à une époque où tous les jeunes sont suspendus à leur portable et peuvent communiquer en direct avec l’autre bout du monde, l’éloignement de leur famille soit à ce point une source de fragilité émotionnelle.

    Je ne sais pas si Pat Rafter (ou Lleyton Hewitt, donc) ont évoqué leurs voyages de jeunesse dans des interviews. Mais je crois qu’en plus de leurs expériences de jeunesse, ils ont aussi en commun des responsabilités à Tennis Australia et sont en contact régulier avec les jeunes Australiens prometteurs. A ce titre, je suis vraiment curieux de voir ce qu’ils auraient à dire sur le sujet qui nous préoccupe.

  18. Rubens 7 septembre 2022 at 12:58

    Et sinon, cet US Open commence vraiment à être intéressant. Après 18 ans de triumvirat, voir enfin un GC partant dans tous les sens, ça fait quand même un grand bol d’air frais.

    J’imagine que si Casper Ruud devenait n°1 mondial en atteignant la finale, par exemple en perdant contre Rublev, les commentaires iraient bon train. Ceci étant, le Norvégien n’aura rien fait d’autre que faire de son mieux sur le terrain. Son tort est peut-être, à l’instar de Jim Courier, de ne pas avoir un jeu cochant toutes les cases de la légitimité tennistique pour prétendre s’asseoir sur le trône. Mais les mathématiques sont une discipline imparable, le système de classement est ainsi fait que gagner 100 points à 10 reprises revient à gagner 1000 points en une seule fois.

    Ma foi, que Ruud devienne n°1 mondial dans de telles circonstances me dérange moins que de voir l’ATP aphone sur les multiples zones d’ombres du Djokogate de Melbourne, et en particulier les doutes (pour ne pas dire plus) qui subsistent sur le soi-disant test PCR positif qu’il a présenté aux autorités australiennes. C’est bien l’ATP, je crois, qui a édicté un système de sanctions pour présentation de fausses attestations. La même ATP ne semble pas non plus voir le moindre problème lorsqu’un Nadal shooté aux corticoïdes se produit – et gagne – à Roland. Nous avons eu sous les yeux, lors de cet US Open, un Nadal non shooté, avec le résultat que l’on sait.

    Et côté féminin, je suis évidemment attentif au parcours de Flying Caro.

  19. Nathan 7 septembre 2022 at 17:27

    En tout cas, le site n’est pas shooté aux corticoïdes car je confirme que tout est très très long, de la connexion à la navigation.

    Mais quand c’est long, c’est bon, comme l’excellent et long article de Rubens, comme toujours, côté excellence et longueur.

    Si Alcaraz bat Sinner, alors il gagnera l’US Open et sa domination sur le tennis mondial sera très…longue aussi.

  20. Rubens 7 septembre 2022 at 22:49

    Et le festival continue : Tiafoe vient de passer en trois sets contre Rublev. Alcaraz est mon favori de raison, Tiafoe mon favori de coeur.

    • Sam 8 septembre 2022 at 08:22

      Tout pareil. Et en même temps, Rublev est assez prévisible, il ne passe jamais les 1/4. Dommage, c’était mon favori de coeur et je me reporte à présent logiquement sur le sympathique Frances.

  21. Kristian 8 septembre 2022 at 08:29

    Vu que Sinner et Alcaraz jouent depuis 5h et qu’il est 3h du mat a NY, Tiafoe est forcement favori de la demi-finale demain. Ruud est desormais tres proche de la place de numero 1 mondial.

  22. Rubens 8 septembre 2022 at 09:08

    Et Alcaraz vient de passer à nouveau en cinq sets… Je ne me hasarde plus au moindre pronostic. Le béornide est à terre, désormais tout m’ira.

  23. Guillaume 8 septembre 2022 at 09:24

    Tiafoe son niveau hier était assez jouissif. Il est dans la zone. Après on va pas se leurrer, la qualité de son revers et de sa volée indiquent un surrégime assez net. Maintenant, si ça peut durer encore deux matchs… Il a une vraie fenêtre : Carlito sera forcément dans le dur si le match s’étire en longueur en demie ; quant à la finale : Tiafoe – Khachanov c’est du 50/50, tandis que Ruud, qui aurait déjà la pancarte, jouera la place de 1 en plus du titre.

    Tournoi très sympa, en tout cas. Très rafraîchissant sur le plan du suspense et avec malgré tout son lot de grosses bastons. Un big 3 vous manque et tout est repeuplé.

    N’empêche, vous imaginez : des années qu’on se paluche sur la NextGen, ses Zverev, Fanou, FAA, Shapovalov and co… et au bout du compte, après Medvedev (pas très en vue avant ses 22,23 ans), on peut/va se retrouver avec Ruud/Kachanov/Tiafoe qui fait sauter la banque à son tour :smile:

    • Sam 8 septembre 2022 at 09:53

      Ok ok, mais…Tennistiquement parlant, tout ça est un peu pas très beau. Déjà, plus un seul R1M depuis longtemps, la messe est dite. J’aime Rublev pour son héritage Russe de la célèbre maxime de Safin « j’ai essayé de jouer intelligemment, ça ne m’a pas réussi », mais il bloque et rebloque. Ruud est transparent, Alcaraz déjà agaçant, Kacha et Tiafoe sont nettement plus sympas…Bref, allez Frances.
      Et vive l’Open de Rennes.

      • Rubens 8 septembre 2022 at 10:17

        « j’ai essayé de jouer intelligemment, ça ne m’a pas réussi »

        Juste mort de rire. Je ne la connaissais pas celle-là, mais elle est collector. Ah Marat, il faudra que je me penche de plus près sur les petits recoins de ton œuvre…

  24. Guillaume 8 septembre 2022 at 09:52

    Bon, je reviens au Guerre et paix de Rubens :lol:

    Sampras – Agassi maintenant : c’est une rivalité qui avait tout pour elle, d’un mariage d’un jeu idéal (serveur/relanceur, attaquant/baseliner) à une opposition de caractère tout aussi marquée. Elle a pourtant une grande particularité, qui explique aussi en partie l’aura du 1/4 de l’US Open 2001 : c’est la seule rivalité de géants qui n’a jamais eu son monument en finale majeure. « LE » match où tout est réuni, la qualité du jeu, l’importance de l’enjeu et l’indécision du score. Borg – Mc ont eu Wim 80 (voire la finale de l’US juste après) ; Fed – Nadal ont eu très tôt dans leur rivalité les finales de Wim 2007 et 2008 (sans parler de l’OA 2009 ou, bien plus tard, l’OA 17) ; Nadal – Djoko ont eu très vite également l’US 2011 et l’OA 2012 ; Edberg – Becker ont eu leur belle en 5 sets à Wim 90 après le 1-1 des deux années précédentes ; même les amateurs de Lendl – Wilander ont fini par avoir la finale de l’US 88… Sampras – Agassi, pour légendaire et riche en grands matchs qu’elle soit, n’a jamais eu ce rendez-vous là, celui qui synthétise tout. Des matchs de super niveau, oui (pensée pour le 1/4 de Bercy 94 qui est réellement génial), des one-man-show aussi (Sampras 99), mais des face-à-face indécis pour un grand titre… leurs 3 finales d’US Open à ce titre ont manqué d’épique, alors que les configs étaient excitantes (les Young guns en 90, l’explication des 2 patrons en 95, le dernier combat en 2002). Effectivement, la demie de l’OA 2000 et le quart de l’US 2001 ressortent assez nettement… mais c’est assez étrange de se dire que si on devait hiérarchiser les affrontements des deux plus grands champions des 90′s, on n’aurait pas mieux à se mettre sous la dent, sur le plan de l’enjeu, qu’un quart et une demie de GC (ou l’un des deux n’a pas même été au bout dans le premier cas).

    • Rubens 8 septembre 2022 at 10:41

      Ta réponse à mon Finnegans Wake :lol: me rappelle un truc que j’avais lu dans la presse américaine, je crois que c’était juste après l’US 2015 qui avait débouché sur une finale Fedjoko. Le journaliste évoquait les rivalités Fed-Djoko et Nadal-Djoko et le souffle épique qui leur était associé, en les comparant aux autres grandes rivalités de l’histoire (en gros celles que tu cites toi-même). Il y avait une grande absente : la rivalité Federer-Nadal. J’avais bien relu pour être sûr de ce que je lisais. La raison en est évidente : ça restera, pour les Américains, la grande arlésienne, leur grand manque.

      Et a contrario, il est significatif que la rivalité Becker-Edberg ait toute sa place parmi les grandes rivalités de l’histoire, quand on rappelle que lors de leurs trois finales à Wim aucun des deux n’était le n°1 mondial ! Avis personnel : je pense en plus que leur demi de Roland en 89 est leur plus beau match en GC.

  25. Elmar 8 septembre 2022 at 09:58

    Que ce fut beau!

  26. Rubens 8 septembre 2022 at 10:12
    • Perse 8 septembre 2022 at 11:22

      Et c’est complémentaire de ta somme. Décidemment que j’aime les grands récits d’Eurosport, une rubrique qui fait honneur à la profession : belle plume, sourcés et bien emmené.

      Je retiendrai la citation de Todd Martin « Autant Pete a toujours été mal à l’aise en public, autant j’ai toujours eu l’impression qu’il était aussi à l’aise dans sa peau que n’importe qui », et encore la traduction est un calque qui ne restitue pas toute la puissance de la tournure : S’il y a bien un mec bien dans sa peau, c’est Sampras.

      L’escarmouche de 2010 est bien expliquée, avec Agassi qui s’est bien fourvoyé aussi.

      Le retour d’Annacone est bien détaillé et j’ai appris plein de choses là-dessus aussi.

      ———————-

      Bien joué Alcaraz, contrairement à toi j’aurai préféré Sinner dont j’admire la persistence dans son jeu. Alcaraz est extraordinaire, mais là c’est purement mon biais basque qui s’exprime : j’en ai soupé des espagnols au tennis.

  27. Jo 8 septembre 2022 at 11:26
  28. Achtungbaby 8 septembre 2022 at 11:53

    Au secours !

    Alcaraz a le même body langage que Djoko et fini par dégager la même arrogance ! On dirait du copier/coller, c’est frappant. Beurk.

    • Anne 10 septembre 2022 at 22:08

      Voilà qui me rassure. Autant son jeu m’enthousiasme nettement plus que celui de Djoko (en même temps, avant 2010, celui de Djoko était autrement plus sympa à regarder que le mur quasi infranchissable qu’il est ensuite devenu), autant son body language, je ne peux pas. Et les commentateurs n’en parlent jamais…

  29. Guillaume 8 septembre 2022 at 15:37

    C’est parce que le jeu et le personnage indiffèrent poliment, mais en faisant la démarche de regarder les résultats de Ruud depuis un an, on se rend compte en réalité qu’une accession au trône, COUPLEE AU TITRE A NEW YORK*, ne serait pas si infamante que ça : un titre à l’US et une finale à RG en 3 Chelems joués (il était forfait en Australie), conjugués à une grosse régularité en M1000 (finale à Miami, 1/2 à Rome, Montréal et au Masters en novembre dernier), plus 4 ATP 250 au compteur dans l’intervalle… ça serait pas fédéresque ou djokovien, mais largement dans les eaux de nombreux n°1 « normaux » (Medvedev, Rios, même Kafel quand il accède au trône), voire au niveau des millésimes les plus faibles de certains géants (Sampras n°1 en 98 pour être dans le thème de l’article).

    • Rubens 8 septembre 2022 at 16:25

      100% d’accord.

      Et dans le même registre que Ruud, je crois que Berrettini est aussi un grand sous-estimé. Dans la désormais fameuse NextGen on recensait Thiem, Zverev, Shapo, Rublev, Medvedev, Tsitsipas. Quand tu regardes Berrettini qui enchaîne les quarts en GC malgré les blessures et le Covid, c’est quand même hyper-consistant au final, y compris si tu compares aux joueurs cités ci-dessus. Mais je vois bien que dans le ressenti général, la NextGen déçoit mais l’Italien, lui, ne déçoit jamais parce que personne ne l’attend jamais. Et c’est exactement pareil pour Ruud.

    • Anne 10 septembre 2022 at 22:17

      En fait, pour Ruud, cela aurait été surtout bizarre s’il l’était devenu sans remporter le tournoi, ce qui est aujourd’hui impossible. Quand on voit que certaines années remporter 2 GC et des Masters 1000 ne suffisait pas forcément pour le devenir, y arriver en n’ayant gagner « que » des tournois ATp250 , cela aurait été pour le moins étrange.

      Ceci étant dit, si joueur ne peut pas battre un autre joueur que celui qui est de l’autre côté du filet, ce n’est pas de sa faute s’il est autrement plus régulier que les autres. Et les autres n’ont qu’à faire mieux

  30. Rubens 9 septembre 2022 at 22:16

    Point de mutants entre Khachanov et Ruud pour conclure ce premier set. 7/6 pour le Norvégien.

  31. Jo 10 septembre 2022 at 10:30

    Alcaruud, ouf, l’explication pour le premier Grand Chelem et la première place mondiale aura bien lieu. Je veux un match pour la troisième place entre Tiafoe et Kyrgios (qui remplace Cracranov parce que tout le monde en a envie).

    https://www.youtube.com/watch?v=61V2EY1ypeQ

  32. Nathan 10 septembre 2022 at 11:37

    Ce gamin de 19 ans est très impressionnant. Plus il joue en 5 sets, mieux il joue ! Etonnant d’avoir une telle caisse physique à cet âge. En plus, il aurait pu plier plus tôt ses deux derniers matches. Dans un an, s’il n’est pas blessé, il sera injouable.

    Il serait logique, vu les efforts fournis, que Ruud l’emporte. Mais je n’y crois pas.

    • Jo 10 septembre 2022 at 13:12

      Si Casper Ruud remporte l’US Open, il sera en quelque sorte le Thomas Johansson de la place de numéro un mondial, à ceci près que les efforts nocturnes de Carlitos auront été chastes.

  33. Kristian 10 septembre 2022 at 15:20

    Et ben, si on m’avait dit en Janvier que la place de numéro 1 se jouerait entre Ruud et Alacaraz en finale de l’US open.. et en même temps, on ne pourra pas dire que le vainqueur l’aura volé. Même si on n’oubliera pas que Djokovic n’a joué que 2 GCs, et en gagnant Wimbledon sans points.

    • Guillaume 10 septembre 2022 at 20:29

      Si on me l’avait dit même au mois de mars, quand ils s’affrontaient en finale à Miami. Six mois, si loin…

    • Anne 11 septembre 2022 at 07:33

      Les deux Grands Chelems, c’est de sa faute s’il ne les a pas joués et Wimbledon, il y a participé en sachant qu’il n’y aurait pas de points. Et il n’a pas adapté son année pour essayer de palier un tant soit peu les points qu’il ne pourrait pas avoir par son refus de la vaccination. Il n’y a aucun astérisque à apposer à côté du nom du numéro 1 mondial de lundi ou sinon on peut aussi dire qu’il n’y avait pas Federer de la saison, que Murray a la hanche en vrac depuis 5 ans et que Nadal s’est non seulement rappelé qu’il avait mal au pied mais qu’en plus il s’est fait mal aux abdos. Sans oublier Zverev qui soigne sa cheville en vrac

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